Les images permettent-elles de savoir si un animal est en état de souffrance ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Stéphane Travert affirme que les images ne permettent pas de savoir si un animal est en état de souffrance.

Vrai-Faux : le débat resurgit sur la souffrance animale.

Avec une vidéo diffusée ce matin, sur Youtube, par l'actrice Brigitte Bardot. Avec l'humoriste Rémi Gaillard, elle dénonce l'abandon d'une promesse d'Emmanuel Macron : les caméras ne seront pas obligatoires, finalement, dans les abattoirs : la loi "agriculture et alimentation" qui arrive à l'Assemblée demain n'en dit pas un mot. Un recul que justifie Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture.

"Aujourd’hui la vidéo-surveillance obligatoire n’est pas utile parce qu’on n’arrive pas à déterminer si réellement, oui ou non, l’animal est en état de souffrance".

Les images ne permettent pas de savoir si un animal souffre. Vrai ou Faux ?

C’est faux. Stéphane Travert parle d’une situation précise : cet instant où un animal est saigné, dans un abattoir. On peut le voir bouger ses membres, parfois, sans savoir s’il s'agit de souffrance ou de mouvements réflexes. Mais l’inspection vétérinaire, qui devait seule visionner ces images, sait faire la différence, et quand un animal est mal étourdit, qu'il se réveille, on peut le voir, oui, sur les vidéos. Sans compter que le parcours d'une bête au sein d’un abattoir compte bien d’autres étapes, qu'on ne peut pas toutes surveiller. Quand des aiguillons électriques par exemple, sont utilisés pendant le déchargement pour orienter les bêtes, alors qu’elles ne peuvent pas avancer (ce que la réglementation interdit), elles souffrent, et ça se voit. Quand des porcs sont entassés sur des nacelles surchargées, qu’ils paniquent et se battent, les vidéos le montrent. Quand les délais entre l’étourdissement et l’égorgement sont trop longs, on peut le mesurer sur les images. L’objectif de ces caméras de contrôle était aussi de déceler des pratiques contraires à la législation, afin de pouvoir, en interne, les redresser rapidement. C'est à cela que les vidéos servent surtout dans les pays qui les ont rendues obligatoires (Israël, la Grande-Bretagne…).

Or on sait que de tels manquements existent aussi en France. En 2016, après la diffusion de vidéos choquantes filmées dans trois abattoirs par l’association L214, le gouvernement avait ordonné des contrôles aux préfets, dans 263 abattoirs de boucherie. Un tiers d’entre eux présentaient des défauts de conformité mineurs, certains préoccupants (des faiblesses de structures, des défauts de circulation des animaux pouvant provoquer du stress, des accidents…) Et sur 15% des chaînes, des défauts d’étourdissements.

Pourquoi ce recul du gouvernement ?

On a du mal à comprendre. La loi qui devait imposer les caméras avait été votée à l’Assemblée nationale en première lecture, en 2017 : l'usage de ces vidéos était très encadré. Alors évidemment, ce n’est pas la panacée. Des images ne remplacent pas la volonté d’agir, et si personne ne les regarde, il ne se passe rien. Mais selon les professionnels britanniques, elles sont un plus, notamment en terme de prévention et de formation. Les associations voient dans ce recul une forme de conservatisme.

Le même qui pousse, selon elles, le gouvernement a reculer sur l’élevage en batterie. 69% des poules, plus de 95% des lapins, des truies d’élevage vivent en cage, en France, dans des conditions qu’une vidéo de l'association L214 vient encore de rappeler. Emmanuel Macron avait pris l'engagement d'en finir, comme plusieurs pays d'Europe, avec ce type d’élevage. Mais finalement, le projet de loi qui donne 18 mois aux filières pour faire des propositions et dans les abattoirs, c'est pareil, on choisit de faire confiance aux professionnels : un Monsieur Souffrance animale serait nommé dans chaque établissement. Un salarié, qui aura simplement bénéficié une courte formation.