Taubira, libre, est-elle un danger pour François Hollande ?

SAISON 2015 - 2016 , modifié à
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C'est Christine Taubira qui a inspiré Catherine Nay ce matin : elle a fait savoir mercredi dernier qu'elle quittait le gouvernement.

Wendy Bouchard : C'est la déchéance de nationalité qui l'aurait poussée à partir. Christina Taubira ne voulait pas de cette déchéance et son départ était, de ce point de vue, inévitable.

Vous notez que ce n'est pas François Hollande qui lui a demandé de partir alors qu'il aurait dû le faire avant le mois de décembre, dès lors que leur désaccord a été public. Il aurait en fait essayé de la retenir, mais aucun compromis n'étant possible, Manuel Valls présentant la révision constitutionnelle à sa place, on l'imaginait mal muette sur les banc à l'Assemblée. Une scène scène humiliante, pitoyable. Je quitte le gouvernement sur un désaccrod politique majeur, a-t-elle expliqué à la presse avant de twitter : "parfois, résister, c'est rester, parfois, résister c'est partir". En vérité, elle n'avait pas d'autre choix. Le lendemain, lors de ses vœux à la presse, Manuel Valls a rétorqué sèchement, "résister, ce n'est pas fuir, faire des discours, c'est agir". Et clac. Christiane Taubira va manquer, dit--il bien sur encore, mais la cohérence gouvernementale exigeait que chacun en tire les conséquences, re-clac, adios, et ça, sans fleurs ni couronnes. 

WB :  Et politiquement, Manuel Valls en profite, visiblement : 66% des français estiment que Christiane Taubira le renforce. En revanche, cela semble plus compliqu" pour François Hollande.

Oui, quand Manuel Valls proclame "c'est l'avenir de la France qui me préoccupe, pas l'avenir de la gauche", merci Manuel, car pour son avenir à lui le président Hollande est bien obligé de se préoccuper de la gauche. Christiane Taubira l'affaiblit, comment pourrait-il espérer gagner en 2017 si cette aile lui fait défaut et que les frondeurs complotent pour organiser une primaire.

WB :  Maintenant qu'elle est libre, est-ce que Christiane Taubira est un danger pour le Président ?

D'abord, il faut regarder les sondages, 73% des français sont satisfaits de son départ, 65% jugent qu'elle n'a pas été un bon ministre de la justice, et en 2002, elle était candidate à la présidentielle pour les radicaux de gauche alors qu'elle n'était pas membre du parti, elle a totalisé 2,32% des voix, des chiffres qui ne peuvent augurer un rôle moteur? Mais c'est vrai, elle jouit d'une grande aura à gauche, d'abord, grâce au mariage pour tous, projet controversé qu'elle a défendu de manière spectaculaire, du grand théâtre, et puis quand les frondeurs s'opposaient à la politique économique du gouvernement, elle a multiplié vers eux des signaux amoureux.

WB : Mais est-ce suffisant pour la désigner comme chef en 2017 ?

Elle se distingue du lot parce qu'elle est une grande gueule. Clivante, urticante, elle est capable d’émailler ses discours de citations à rendre jaloux un dictionnaire. Il fallait la voir aux questions d’actualité, qui s'y frotte s'y pique, les députés interpellés n'en menaient pas large. Des baffes, ça oui, elle leur en distribué, d'ailleurs, je crois que les hommes ont peur d'elle. Ce qu'elle aime, c'est la castagne. De son passé d'indépendantiste en Guyane elle a retenu que ce n'est que dans le conflit même si on le perd que l'on gagne une dignité supplémentaire. Le consensus ne fait pas partie de son vocabulaire, parce que c'est mou et dépréciatif. "Je commence toujours par dire non et après je regarde, a-t-elle confié à Michel Denisot". Si on abhorre à droite, on l'adore à gauche parce que l'agressivité alliée au talent exerce un grand pouvoir de séduction. Libre donc.

WB : Et la politique, elle va continuer ?

Elle a sacrifié sa vie de famille pour elle, elle avait même confié à Paris Match qu'elle avait quitté son mari parce qu'elle avait voulu se présenter à sa place sans l'avertir. Un caractère de cochon, c'est elle qui le dit. Elle a usé quatre directeurs de cabinet en quatre ans. "Non, je n'use pas, j'épuise", dit-elle.

WB :  Trop compliquée pour avoir un rôle politique majeur, selon vous ?

Pour être numéro, sûrement, et puis la présidentielle, elle a déjà sonné. Elle prétend vouloir sauver François Hollande, mais la gauche aura besoin d'elle, pour faire du théâtre. Et vous savez, la mise en scène, elle connait ! Vous avez vu comment elle est partie !

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