Prochaines présidentielles : quelle stratégie pour François Hollande ?

SAISON 2015 - 2016 , modifié à
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Catherine Nay revient sur la stratégie développée par François Hollande à quinze mois de la présidentielle.

 

W.B. : On est à 15 mois de la présidentielle et la stratégie Hollande suscite l'incompréhension et le pessimisme de la troupe socialiste. Ses rapports avec Manuel Valls se compliquent. Une majorité de français juge qu'ils ne partagent pas la même ligne. Où en est le couple exécutif ?... Décryptage.

Officiellement, leur entente est bonne mais la relation se complique parce qu'on arrive dans la dernière ligne droite. Quelle trace va laisser François Hollande dans l'histoire ? Il l'a redit hier à Bruxelles : s'il n'y a pas de baisse du chômage il n'ira pas à la présidentielle. Y aller ou pas ? Il est le maître des horloges. S'il renonce il pourra toujours dire j'ai été président de la République et comme le dit "un ministre ça n'est pas prêt d'arriver à un autre socialiste". Et alors quid de Manuel Valls ? Quelle marque, quel avenir ? Pas facile dès lors que sa courbe de popularité est désormais indexée sur celle du président. Il dévisse de 10 points. Lui de 8. Alors que leurs caractères sont aux antipodes. François Hollande est ferme sur une ligne perpetuellement transactionnelle. Il défend un projet, se dérobe, s'en tire par une boutade, c'est la fluctuation permanente. Manuel Valls aime agir avec une feuille de route précise et foncer sabre au clair. Il aime l'autorité, c'est un impatient et impulsif. Phrase fétiche de François Hollande : on verra... Phrase fétiche de Valls : on y va.

W.B. Et le couple exécutif a pas mal tangué ces derniers jours. C'était brouillage et brouillard.

Prenez la déchéance de nationalité. Piochez dans les propositions de la droite à la grande fureur de la gauche et ce, au nom de l'unité face au terrorisme. Manuel Valls avait le mandat d'exercer une forte pression sur les députés pour leur acheter un vote positif sur la réforme constitutionnelle. Mission réussie, reste à convaincre le sénat. Comment le faire, quand François Hollande fait entrer au parlement une députée qui a voté contre et Emmanuel Cosse qui, à peine nommé, réitère publiquement son opposition. Désormais, on doute que le processus aille à son terme. Manuel Valls a été nommé à Matignon avec un gouvernement serré et cohérent. Le voilà flanqué de trois écolos et autant de radicaux de gauche. La gauche est rassemblée mais bonjour les couacs.

W.B. Autre agacement : l'arrivée de Jean Marc Ayrault au quai d'Orsay en remplacement de Laurent Fabius...

L'ex premier ministre symbolise l'échec des deux premières années. En lui succédant Manuel Valls ne s'était pas gêné pour le souligner dans une interview à l'Obs. Explications de François Hollande : il n'y a qu'une ligne depuis 2012. Conclusions : l'actuel premier ministre n'a pas une plus value pour lui, rude. Valls ne l'a pas digéré.

W.B. Et dans la foulée du remaniement, une grosse surprise sur le terrain économique : François Hollande semble pret à engager une révolution libérale.

C'est le grand aggiornamento idéologique. La réforme radicale du marché du travail, avec des possibilités si accord de travailler jusqu'à 46 heures dans les entreprises. On va déjudiciariser les licenciements économiques, ce qui révulse Laurent Berger de lka CFDT. Les chefs d'entreprises le réclamaient depuis plus de 20 ans pour expliquer leur frilosité à l'embauche la droite aurait du le faire depuis longtemps, elle n'en a pas eu le courage. C'est une pierre blanche dans son jardin. Le projet envoyé en conseil d'état viendra en avril au parlement... C'est déjà le tollé chez les frondeurs et dans tous les syndicats... question : François Hollande ira t-il jusqu'au bout ou va t-il accepter les compromis et les concessions qui videraient le projet de son sens ? Alors : l'emploi du 49.3. On verra a t-il dit à Manuel Valls. Dans l'interview que Myriam El Khomri a donné aux Echos, texte revu et corrigé et par l'Elysée et par Matignon. Manuel Valls a fait rajouter que le gouvernement prendra ses responsabilités. La menace est claire. Ce qui aurait déplu à l'Elysée ce n'était pas le bon moment de le dire. Mais Valls lui, veut aller jusqu'au bout. "Ma voie correspond plus que jamais à ce dont le pays a besoin", a t-il dit dans l'Essonne. Besoin d'un social libéral comme moi.

W.B. Si près de la présidentielle, François Hollande serait il saisi par la fièvre Schroederienne ?

Référence au chancelier allemand Schroeder. Chancelier SPD qui avait mis fin à l'état providence sous les hauts cris de ses militants et des syndicats et ce au prix de sa défaite électorale. Mais il a redressé l'Allemagne. François Hollande a toujours plaidé que le modèle Schroeder n'était pas adapté à la France.

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