Myriam El Khomri, de l'anonymat à la tempête médiatique

SAISON 2015 - 2016
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Inconnue du grand public il y a encore quelques mois, Myriam El Khomri est désormais en première ligne sur la réforme du code du travail, la réforme la plus contestée du quinquennat.

W.B. : Myriam El Khomri. Son nom est désormais associé à la réforme sociale la plus contestée du quinquennat. Le plus dur a commencé cette semaine avec le début de la discussion au parlement. Après deux jours, aucun des quelques 5 000 amendements déposés n'a encore été défendu. On s'interroge, qu'est-elle allée faire dans cette galère ?

C.N. : Benjamine du gouvernement, Myriam El Khomri, 38 ans, est depuis six mois en première ligne sur la réforme du code du travail, c'est-à-dire au poste le plus exposé du gouvernement. Son nom, inconnu du grand public, figure désormais en grandes lettres sur les banderoles des manifestants. Son nom, tout le monde a appris à le prononcer. Les opposants de gauche ou de droite ne se privant pas de l'égratigner à plaisir. El Khomri comme El Khonnerie ! "J'avais l'habitude au lycée", dit la ministre pour évacuer ce désagrément. Il n'empêche, elle doit défendre une loi qui porte son nom sans qu'elle en soit l'auteur ni qu'elle ait participé à son élaboration. Du jamais vu dans l'histoire politique.

W.B. : Comment en est-elle arrivée là ?

C.N. : Rien ne l'y prédestinait, en effet. En tout cas, pas sa connaissance du code du travail ni son expérience dans l'entreprise. Même si elle s'est plu à dire qu'elle n'était pas coupée des réalités, qu'elle avait été vendeuse, hôtesse d'accueil, et que son père était commerçant... Un peu léger tout de même. C'est François Hollande qui est venu la chercher en août 2014. Elle était adjointe à la Maire de Paris après avoir fait ses classes avec Bertrand Delanoë. Elle s'occupait de sécurité. On lui offre un secrétariat d'Etat à la ville… Banco, elle accepte. D'où une brouille définitive avec Anne Hidalgo. Mais quand vient le temps de remplacer François Rebsamen reparti à Dijon pour cause de non cumul de mandat, qui tenait la corde ? Emmanuel Macron qui aurait voulu rattacher le travail à l'économie pour en faire un méga ministère. Manuel Valls s'y est opposé. Refusant de faire ce cadeau à son rival. Pas de loi Macron 2. Il croyait le punir, il l'a au contraire préservé. S'il était aujourd'hui aux manettes, il n'aurait pas le loisir de lancer son mouvement "En Marche".

W.B. Mais alors qui et pourquoi a-t-on songé à Myriam El Khomri pour prendre le poste ?

C.N. : Notre consœur Pauline Delassus qui vient d'écrire un livre sur Julie Gayet révèle que ce serait elle qui aurait suggéré son nom au Président. Pourquoi ? Pour l'image. Jeune, femme, avec un nom qui sonne la diversité : trio gagnant. Mais Myriam El Khomri aurait pu refuser. Or, elle accepte malgré les amis qui la mettaient en garde. Ce qui veut dire qu'elle ne doute pas d'elle, qu'elle ne manque pas d'ambition ou de naïveté... Rayez la mention inutile. Et côté gouvernement, n'était-ce pas irresponsable de confier une telle charge à une novice ? Voire un brin pervers de la prendre ainsi en otage. Là encore, rayez la mention inutile...

W.B. Les débuts ont été très difficiles. On se souvient de sa bourde chez Bourdin, piégée sur une question sur le nombre les CDD...

C.N. : On souffrait pour elle. Une séquence humiliante qui renforçait la conviction que la marche était trop haute pour elle. Mais, chacun le reconnaît, elle s'y est mise. C'est une laborieuse. Et même qu'elle a fait des progrès. On l'admire aussi de ne pas se laisser démonter. Impavide sous les coups qui pleuvent de toute part. Toujours zen, soeur sourire, un peu trop béat parfois. Mais avec un discours rafraîchissant : "Je suis là pour agir, pour faire reculer le chômage, c'est ma réalité." A la tribune de l'Assemblée, où elle a présenté son texte, elle dit vouloir faire du bien au pays sur le ton de l'infirmière qui vient faire sa piqûre. Sa réussite c'est qu'on l'aime bien. A gauche mais aussi à droite, où on dit c'est une chic fille, sympathique avec tout le monde et en progrès.

W.B. : Et au final, que va-t-il rester de la loi El Khomri ?

Ça ne dépend plus d'elle. L'exécutif a le choix entre deux mauvaises solutions. Soit accepter un maximum d'amendements, quitte à dénaturer l'objet même de la loi, soit tenir bon et utiliser le 49.3. La ministre a juré qu'il n'en était pas question. Mais hier, sur Public Sénat, Manuel Valls laisse entendre qu'il refuse d'abandonner l'usage de cette arme...

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