Le gouvernement face à la grève du 5 décembre : "La France va s'arrêter. Que se passera-t-il les 6, 7 et au-delà ?"

SAISON 2019 - 2020
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© Europe 1
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Ce samedi, Catherine Nay décrypte la stratégie politique d'Emmanuel Macron alors que que le président doit faire face à un climat de grogne sociale alimenté notamment par le mécontentement des gilets jaunes, des soignants ou encore des étudiants.  

Alors que le climat social se tend à l'approche du 5 décembre, Emmanuel Macron multiplie les interventions publiques : mercredi devant les maires, jeudi et vendredi à Amiens pour apaiser ou se rassurer lui-même ?

Les deux, pardi ! Après un an de manifestations de gilets jaunes, qui scandaient chaque samedi "Démission", "dégage", Jupiter a découvert qu'il était vulnérable. Un choc qui vous change un homme, et encore plus un Président. "La France, il faut la bousculer molo." C'était le credo de Jacques Chirac, qui a toujours eu peur de sa violence. Alors lui se gardait bien d'être un Président bavard : surtout ne rien dire qui pourrait jeter de l'huile sur le feu. Chaque année, il y avait les discours lors des vœux, toujours très académiques, et l'interview politique, rituel du 14 juillet. Après quoi, il faisait don de son silence à la France. Mais à l'heure des réseaux sociaux, de la parole tous azimuts, des tweets, le silence présidentiel serait interprété comme une fuite, une peur, une anomalie, une maladie, qui sait ? D'où l'ardente obligation d'occuper le terrain, de faire de la com.
Mercredi, c'était devant les maires que le Président a pris la parole. Il avait à se faire pardonner car l'an dernier, il n'était pas allé à leur congrès et cela ne leur avait pas plu du tout. 

Cette fois, Emmanuel Macron, mûri par l'épreuve du feu, tenait à témoigner combien il avait appris dans les échanges qu'il a vécus avec les maires au début de l'année. "Je me sens chaque jour un peu plus maire de la commune France", leur a-t-il lancé, façon de leur exprimer sa proximité, en préambule d'un discours qui, hélas, fut beaucoup trop long. Une heure 40. Plusieurs fois, on attendait un atterrissage, et voilà qu'il remettait les gaz. Certains maires n'ont pas attendu la fin du discours, déçus parce qu'ils n'y trouvaient pas d'annonces fortes, pas de réponses à leurs préoccupations immédiates. Mais au contraire, un message présidentiel unilatéral : "J'ai besoin de vous !" Autrement dit : "donne-moi ta montre, que je te donne l'heure." Et puis sa tirade contre les listes communautaires était superflue, parce qu'aucune vague de la sorte ne s'annonce sur le terrain, dans les communes et en parler, c'est favoriser le Rassemblement National. Le lendemain, 2.000 maires étaient reçus à l'Elysée, et François Baroin, leur président, a eu droit à un tête-à-tête de 20 minutes. Résumé d'un maire : "Le Président n'a rien gagné, mais il n'a rien perdu". Pour l'Élysée, c'est presque du positif.

Jeudi et vendredi, retour à Amiens, sa ville natale...

Amiens, le pays d'où je viens, le territoire où j'ai grandi, d'où j'ai lancé ma campagne, et le slogan "En marche". E. M comme Emmanuel Macron, très chic. Il voulait démontrer qu'il était proche des gens, prenait son temps. Nul ne peut contester, s'il est de bonne foi, les efforts présidentiels pour éloigner l'orage. L'opération était risquée de revenir devant les ex-salariés de Whirlpool. En 2017, il était venu, avec un repreneur largement aidé par l'État. Le Président redonnait de l'espoir. Las, le repreneur s'est planté, et s'est tiré avec la caisse ? La passe d'armes a été très vive. "Reconnaissez que vous avez merdé, pas vous personnellement mais l'État", s'énervait l'Insoumis François Ruffin, l'autre rock star d'Amiens, lui aussi un ancien élève de La Providence. Ce qui ne crée pas de liens, d'ailleurs.
Mais au final, après une heure et demie de palabres, le calme est revenu, une prouesse. Emmanuel Macron a donné le spectacle du courage dans l'adversité. Il sait contenir une foule en fusion. Mais il s'est engagé à investir sur le site et à créer des emplois. "Rendez-vous dans un an", leur a-t-il dit. Il a donc remis le couvert, ce qui est très risqué.

Justement, il faut que les actes suivent...

Oui, si parler est indispensable, seule l'action compte. Il faut des résultats. Le 5 décembre, la France va s'arrêter. Que se passera-t-il les 6, 7 et au-delà ? Les Français ne comprennent rien à la réforme des retraites. Tout le monde a peur. Donc, il faudra que Macron parle devant le pays, pour donner du sens à l'Acte 2 du quinquennat.

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