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Ce samedi, Catherine Nay décrypte l'arrivée au pouvoir de Giuseppe Conte, le nouveau président du Conseil italien.

Bonjour Catherine,

Bonjour Wendy, bonjour à tous.

Trois mois après les élections législatives, le Président italien Mattarella a enfin confié à Giuseppe Conte le soin de former un gouvernement. Pour les Italiens, c'est un parfait inconnu.

L'arrivée d'un président du Conseil sans aucune expérience politique n'est pas une première en Italie. La nouveauté, cette fois, c'est qu'à peine désigné, on s'interroge sur sa capacité à avoir la main sur un gouvernement où vont figurer les poids lourds de cette coalition inédite : les chefs du Mouvement Cinq Etoiles anti-système et de la Ligue souverainiste d'extrême-droite, Luigi Di Maio et Matteo Salvini. Ces deux-là, qui rêvaient d'être président du Conseil, seront les tuteurs de Giuseppe Conte, que les éditorialistes italiens décrivent déjà comme une marionnette ou un homme de paille, alors que la constitution lui offre de vrais pouvoirs. On verra si l'homme a du caractère et arrive à s'imposer.

Son premier discours au Quirinal, après deux heures d'entretien avec le Président de la République, n'a duré que quatre minutes. Il a promis de respecter les orientations européennes. A-t-il fait bonne impression ?

Il est arrivé en taxi, mais entouré de motards. Giuseppe Conte, 53 ans, taille moyenne, mince, une mèche brune à la François Fillon, en costume bleu marine de bon faiseur, cravaté, souriant. Un homme comme on en voit des milliers en Italie. Il parle lentement : l'accent des Pouilles dont il est originaire, une voix de feutre ça n'est pas un tonitruant. La presse italienne a enquêté sur ce professeur de droit à l'Université de Florence, apprécié de ses élèves et de ses collègues. Il confessait jadis avoir le cœur au centre gauche. On ne connaît pas vraiment ses opinions. Il avait accepté, il y a trois ans, l'offre du Mouvement Cinq Etoiles de participer à une commission d'enquête, mais il n'est pas adhérent. Seule petite tache : avoir truffé son CV très fourni de mensonges. Il prétendait avoir suivi des cours dans l'Université de New-York, Pittsburgh, Malte. On ne trouve nulle trace de lui dans les archives de ces universités. Il se disait aussi expert au sein d'un Social Justice Group de l'Union Européenne, qui n'existe tout simplement pas. Voilà pourquoi le Président Mattarella a réfléchi deux jours avant de finir par accepter, avec "réserve", de le désigner.

Il va être à la tête en gouvernement en totale rupture avec l'histoire de la démocratie italienne.

Giuseppe Conte se heurte déjà à des difficultés pour former le gouvernement. Hier, après s'être rendu, toujours en taxi, à la Banque d'Italie, où il est resté deux heures, il est retourné au Parlement pour conférer avec ses deux tuteurs. La principale pierre d'achoppement concerne le ministère de l'économie et des finances. Avec l'accord de Luigi Di Maio, Matteo Salvini s'entête à vouloir le confier à Paolo Savona, grand europhobe qui clame son aversion de l'euro. Le Président Mattarella s'oppose à sa nomination et dénonce ce dictât inadmissible sur Giuseppe Conte, qui est contraire à la Constitution.

Mais il y a surtout le programme économique qui est à très hauts risques.

Il a tout pour plaire aux Italiens, avec des baisses d'impôts pour les particuliers et les entreprises. Il ne resterait que deux barèmes : 15% et 20%. Un revenu de citoyenneté de 780 euros par mois pour une dizaine de millions d'Italiens. C'est la relance par la consommation. Le programme est chiffré entre 110 et 130 milliards d'euros sur quatre ans, sans que l'on sache comment il sera financé. Or l'Italie est le pays d'Europe le plus endetté après la Grèce : 130% de son PIB. On voit mal comment la 3ème économie de la zone euro pourrait appliquer ce programme, tout en promettant de respecter, comme l'a promis Giuseppe Conte, les règles européennes.

En revanche, Bruxelles pourrait voir d'un bon œil la volonté de la Ligue de rapatrier en masse les migrants illégaux.

Une des raisons du vote des Italiens pour la Ligue et le Mouvement des Cinq Etoiles, c'est pour clamer leur opposition à l'Europe qui les a laissés tomber et n'a rien fait pour les aider dans cette vague migratoire qui les submerge. La difficulté, c'est que les pays d'origine renâclent à faire revenir chez eux ceux qui sont partis. Quelle est la solution ?