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Après la mort du jeune militant d'extrême gauche, Clément Méric, Pierre de Cossette dresse les portraits croisés des groupes extrêmes.

Invité : Pierre de Cossette, journaliste à Europe 1

Y a-t-il les violents d’un côté et les pacifistes de l’autre ? Nous les avons rencontrés hier et ce n'est pas forcément aussi simple, aussi tranché. Evidemment les idéologies sont radicalement opposées, mais il y a sur certains aspects des similitudes.

Déjà, ces polos Fred Perry, ceux de la vente privée de mercredi avec cette petite couronne de laurier brodée sur la poitrine, classiques à l'extrême droite, mais prisés aussi des militants antifascistes. Autre ressemblance physique ; les tatouages et les cheveux souvent très courts

Tout cela, on le retrouve au QG d'un mouvement skinhead, "3ème voie", des lauriers dessinés sur les tables, dans un club privé du Sud-ouest de Paris.

 

Le leader : Serge Ayoub. Fondateur dans les années 80 des Jeunesses nationalistes révolutionnaires. Ce qu'on comprend rapidement, en discutant un peu, c'est que ces groupes opposés, extrême-droite contre antifascistes, se connaissent très bien et qu'ils se renvoient la balle sur l'origine des violences. Argument de Serge Ayoub : "On ne fait que se défendre."

"Cette extrême gauche est violente. Sur leurs Facebook, leurs sites, ils incitent au meurtre et au lynchage maintenant. Dans notre organisation, nous avons une sécurité pour éviter les débordements, les problèmes, on essaie que les choses se passent bien. On ne veut pas de ça, c'est l'extrême gauche qui attaque. Ils disent à longueur de journée qu'il faut nous chasser, se battre. Ils se nomment ainsi : anti quelque chose, chasseur de. Ca a un sens, ce n'est pas anodin."

Les "chasseurs" antifascistes d'un côté, les skinheads d'extrême droite de l'autre. Les 2 camps s'observent, s'espionnent, s'accusent même de se ficher et arborent souvent la même attitude martiale.

Pour trouver ceux qu'on appelle les "antifas", nous avons traversé Paris. Devant un bar du nord-est de la capitale, une conférence de presse bien dirigée, interdiction pour les télés de filmer plupart des visages. L'un des camarades de Clément Méric qui était avec lui mercredi soir reste en retrait, ce sont des porte-parole qui parlent mais anonymes... Ambiance.

"C'est un collectif, vous mettez le nom du collectif, point barre. Quand vous faites des conférences de presse avec le FLNC, les mecs sous les cagoules ne donnent pas leur nom  ! "

Vous avez entendu cette comparaison étonnante avec les rendez-vous nocturnes dans le maquis corse.

Pour ce qui est du rapport avec l'extrême droite : il y a cette nuance soulevée par un porte-parole. Se battre avec les poings c'est, dit-il, l'apanage de l'extrême droite. Les antifascistes, eux, se battent avec les idées. Mais la bagarre n'est jamais très loin...

 

"La lutte antifasciste ne repose pas sur la violence de rue. Le but de l'antifascisme n'est pas de se battre avec l'extrême-droite, c'est leur vision à eux, basée sur le conflit, des ennemis, l'étranger, l'homosexuel, l'antifasciste. Ils sont dans ce "On se bat avec", nous sommes dans le "On se bat contre". C'est différent. Existe t-il de la violence de rue ? Quand vous combattez des gens qui se nourrissent de la violence et la pratiquent, que voulez-vous qu'il se passe ? Elle existe, mais il faut savoir d'où elle part."

La violence semble inéluctable mais elle plutôt assumée chez les antifascistes. Sur les écussons, les logos, les dessins, on voit des matraques, des lance-pierre. Prenez ce militant rencontré hier à Lyon. Se battre : aucun problème.

"On ne peut pas compter sur l'Etat pour nous protéger. Le seul mot d'ordre, c'est auto-défense. On doit se faire justice nous-mêmes parce que c'est normal ! Ils ont tué à Paris, on sait très bien qu'on ne peut pas compter sur la police pour assurer notre sécurité. A un moment, concrètement, on sera obligés de l'assurer nous-mêmes !"

Et finalement, ce qu'on comprend, au-delà encore une fois du gouffre idéologique, des antagonismes et des violences, c'est que, pour ce qui est de la communication, ces groupes ne semblent jamais aussi à l'aise. que lorsqu'il faut parler de celui d'en face.