À la Une : bombardements

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

La revue de presse avec Marion Lagardère.

"Depuis cinq jours, les bombardements ne cessent pas. Les gens restent assis au rez-de-chaussée ou dans les sous-sols. Certains ont creusé des abris souterrains. Mais même là, on est blessé ou tué." C’est le photographe de l’AFP basé à Damas en Syrie, Abdulmonam Eassa, qui raconte sur le site Making-Of "l’enfer de la Ghouta".

Par exemple ce bombardement, jeudi dernier, alors qu’il suivait des secouristes : "J’étais submergé par la peur, mais j’ai réalisé que ça ne changerait rien, alors je suis resté, et j’ai pris rapidement ces photos. Après une frappe, dit-il, l’air est rempli par la peur. Celle des gens, celle des secouristes aussi. La vie est devenue effrayante, pleine de sang."

Et le journaliste raconte comment il travaille, "J’ai vu tant de choses affreuses, j’ai photographié des proches et des amis blessés. Hier en rentrant, je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. J’ai transmis mes photos, et je me suis effondré dans le sommeil. Et c’est un nouveau bombardement qui m’a réveillé."

Sur tous ses clichés, il y a des enfants, en pleurs, en sang, seuls, dans les bras d’adultes. Ou dans des linceuls, comme sur cette photo prise dans un hôpital de fortune : trois enfants de 9-10 ans qui regardent le visage d’un quatrième émergeant d’un drap blanc.

Ça se passe en ce moment, et c’est à lire sur le site Making-Of de l’AFP. Mais aussi dans Paris Match, où l’on retrouve justement les photos d’Abdulmonam Eassa pour illustrer un reportage de Flore Olive intitulé "Syrie : sauve qui peut"

"Cela fait bientôt sept ans que la guerre s’est déclenchée, résume Jean-Christophe Ploquin dans l’édito de La Croix, 13 millions de personnes, dont près de la moitié d’enfants, ont besoin d’aide humanitaire. Et à l’ONU, les "pays qui comptent" sont incapables de s’accorder sur un intérêt commun, intérêt qui serait d’abord celui de la population syrienne.  Il est temps pour Moscou de reconnaître que sa tentative de créer un processus de désescalade est un échec." Et La Croix de plaider, une fois encore, une énième fois, pour "l’ouverture de discussions sur une transition politique."

Retour en France, où ce matin, c’est le visage d’une enfant, de Maëlys, qui fait la Une.

Maëlys et les "aveux" de Nordhal Lelandais, en Une du Dauphiné, des DNA, de l’Est Républicain, Midi Libre, le Progrès, la Dépêche, Sud-Ouest, la Provence ou encore le Parisien. Le Parisien qui comme beaucoup d’autre est allé interroger les habitants de Pont-de-Beauvoisin, cette petite ville d’Isère "qui attendait la vérité", écrit Serge Pueyo.
"On attendait tous qu’il avoue", raconte Sylvie. "Tout le monde ici était persuadé qu’il était coupable", ajoute Pierre, on se sent tous concernés, on est tous père ou mère, dit-il, ce que vivent les parents est inhumain". Comment ne pas se laisser submerger ? Comment garder une distance raisonnable avec ce qu’on appelle "un fait divers" ? Des questions auxquelles l’historien Ivan Jablonka apporte quelques réponses, c’est dans une interview accordée à l’Obs.
L’auteur de "Laëtitia ou la fin des hommes", prix Médicis en 2016, explique : "un fait divers, c’est d’abord ce fait réel qui nous plonge dans un quotidien qui pourrait être le nôtre, quelque chose qui nous sidère.
Mais, un fait divers c’est aussi une construction médiatique. Pour les journaux et les télés, c’est une histoire à vendre." Ivan Jablonka prend en exemple le meurtre de Laetitia, à Pornic en 2011, mais aussi ceux de Gregory, Fiona et Alexia Daval.
"Ces affaires révèlent plusieurs aspects de la noirceur d’âme, dit-il, c’est ça qui fascine dans un fait divers mais une chose est fondamentale : ne pas se faire les justiciers d’un procès qui n’a pas encore eu lieu". Une interview pour prendre un peu de distance à lire dans l’Obs.

Et puis, autre titre ce matin, la réforme du Bac

Et avec elle le sacre de Jean-Michel Blanquer qui séduit visiblement tout le monde. Il est "l’atout réformateur de Macron", d’après Le Figaro. L’artisan "du big bang de l’éducation", pour les Echos. "Celui qui fait le pari de changer l’école", pour La Croix, "Il décroche son bac politique", nous dit L’Opinion.
Jean-Michel Blanquer, rebaptisé "nouvelle star", en couverture de Valeurs Actuelles. Et "Vice-président" en Une du Point.

Même Laurent Joffrin dans Libération salue un "homme habile", auteur d’une réforme du bac faite de "bon sens". "On voit, écrit-il, que les opposants à la réforme ont du mouron à se faire pour mobiliser". C’est confirmé : le clivage droite-gauche a pris un coup. A la fin, seul l’Humanité voit dans cette réforme une "casse du bac" et un risque "d’aggravation des inégalités entre les jeunes".

Les jeunes : qu’en pensent-ils ? Que veulent-ils ? La presse ne les a pas interrogé ce matin, ni sur le Bac, ni sur le retour du service militaire d’ailleurs.
En revanche, le supplément des Echos,les Echos Start nous dévoile leur priorité : "trouver un métier qui ait du sens". "D’après une enquête BVA, écrit le journal, trois quart des moins de 35 ans sont en quête d’un job qui soit source d’épanouissement", autrement dit un travail "qui améliore la vie des gens", et qui se "soucie de l’environnement". Dossier donc de 6 pages pour piocher quelques idées de métiers, par exemple, ceux de l’Economie Sociale et solidaire, ou ceux, nous disent les Echos, "qui vont sauver la planète".

Interroger le sens de que l’on fait, c’est justement ce que propose de faire Philosophie Magazine. Dont le dernier numéro va parler à tout le monde.

Oui puisqu’il pose cette question : "être ou ne pas être carnivore : l’éthique est dans le steak". "Il fut un temps, écrit le magazine, où il était impossible de réunir autour d’une table un communiste et un libéral. Dorénavant, le clivage passe autour de ce que vous mettez dans votre assiette. Dites-moi comment vous mangez, je vous direz qui vous êtes."

Et Philosophie énumère quelques chiffres :
- 60 milliards d’animaux terrestres abattus chaque année pour nourrir l’humanité,
- 1.000 milliards de poissons sont pêchés, sachant qu’un tiers des terres cultivables sert pour l’élevage et 40% des céréales produites nourrissent des animaux.

"Alors que voit un carnivore lorsqu’il se regarde en face ?"  

"Trois choses, répond Alexandre Lacroix : l’impact ravageur de l’élevage sur l’environnement, la nocivité d’une trop grande consommation de viande sur notre organisme, sans oublier le fait de cautionner la mise à mort massive d’animaux.
Pourtant, dit-il, protéger la nature en renonçant à notre condition de carnivore, peut sembler contre-nature. Mais si la morale est la capacité à décider du bien et à réformer sa conduite, alors le débat mérite d’être ouvert".

Voilà dossier donc dans Philosophie Magazine, 22 pages de matière à penser. Ou plutôt 23, puisque la couverture, avec sa photo de vachette au regard irrésistible a quasiment valeur d’argument.