Semaine cruciale pour les Européens qui doivent décider au sommet bulgare s'ils peuvent tenir debout sans les Américains

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La photo de Paris Match est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Isabelle Ory revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Isabelle Ory remplace Didier François ce lundi 14 mai 2018.

C’est une semaine importante qui commence pour l’Europe,  ses dirigeants veulent trouver une forme de riposte commune contre Donald Trump.

C’est la semaine des grandes manœuvres.  Demain, à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères français, britannique et allemands rencontrent l’iranien Zarif.  Ils vont essayer de sauver l’accord sur le nucléaire.  Ensuite, mercredi et jeudi,  les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Union, ont tous rendez-vous à Sofia en Bulgarie. Ils devaient parler Balkans, mais la relation transatlantique s’est imposée au menu. Le président du conseil européen l’a annoncé.  Donald Tusk promet une "approche européenne unie" face aux politiques de Trump sur l’Iran ou le commerce.

Et c’est vrai, les Européens vont être capables de parler d’une seule voix ?

Évidemment, on sait que ça n’est pas leur fort, mais c’est sans doute le moment où jamais. Leurs certitudes s’envolent : 70 ans de relations transatlantiques sont en train de voler en éclats sous nos yeux. Ça avait commencé avec le retrait de l’accord de Paris Puis, il y a eu les taxes américaines sur l’acier et l’aluminium, rappelons que l’Union européenne n’a toujours qu’une exemption provisoire. Et maintenant le précieux accord iranien.

À chaque fois, l’allié historique, le protecteur américain, nous a abandonnés en rase campagne. On en vient à se demander quel va être le prochain épisode : pourquoi pas la remise en cause de l’alliance militaire de l’Otan ? Après tout, depuis son élection, Trump reproche ouvertement à l’Europe de ne pas payer assez pour sa défense.

Bref, en face, les 27 (ou les 28 si on compte encore les Britanniques) doivent serrer les rangs et trouver une réponse à la hauteur.

Quelle forme pourrait prendre cette réponse ?

À Paris, on a beaucoup d’idées. Emmanuel Macron est prêt à prendre la tête de la résistance. Il l’a martelé dans son discours du Prix Charlemagne : "Ne soyons pas faible et ne subissons pas".  Concrètement Bercy a déjà dégainé des propositions pour défendre notre souveraineté économique et protéger les entreprises européennes des conséquences des décisions unilatérales de Washington

Mais est ce que les autres vont suivre ? Les Anglais font leur bagages, les Italiens vont avoir un gouvernement anti-système, l’Espagne est empêtrée dans la crise catalane, la Pologne et la Hongrie jouent une partition nationalistes. Et l’Allemagne parait toujours bien frileuse, le pied sur le frein, inquiète pour les excédents commerciaux dont dépend son économie.  

En clair, on a vu plus riant comme tableau. Mais quand l’Europe est au pied du mur,  elle est capable de réagir. Il faut espérer qu’on évite un énième compromis tiède et qu’il y ait un sursaut collectif cette semaine à Sofia. 

Et si les Européens n’y arrivent pas ? 

Ça sera vraiment le signe que l’Europe devient insignifiante, qu’elle n’est qu’un grand marché et que nous sommes incapables de peser politiquement face à ceux qui misent sur la force comme Trump, mais aussi Poutine  ou le président chinois Xi Jinping. On est vraiment à un tournant, quelque chose de très important se joue ces semaines-ci.