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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce mercredi, il s'intéresse à Renaud Muselier qui a déclaré haut et fort qu’il avait décidé de soutenir Xavier Bertrand pour la primaire des Républicains. Celui-ci a très rapidement fait savoir qu'il ne voulait pas d'un tel soutien.

Le président de la région Provence Alpes-Côte d’Azur a déclenché une petite tempête, ce mardi, au sein de son parti Les Républicains.
Ah ça, c’est de la bonne politique à l’ancienne, celle des règlements de compte, des petites haines recuites. Celle des détestations locales que l’on dissimule derrière des grandes causes nationales. Renaud Muselier est un des hommes politiques les plus importants de la région Sud, il préside une des régions de France les plus puissantes. C’est un animal politique de la race de ceux qui savent gagner des élections difficiles, retourner des situations perdues, bref, il a du talent. Mais il a un handicap : il déteste son voisin, en l’occurrence, Eric Ciotti, le président du département des Alpes-Maritimes, qui le lui rend bien. C’est à celui qui sera le plus mesquin.

Ce mardi, donc, Renaud Muselier a déclaré haut et fort qu’il avait décidé de soutenir Xavier Bertrand pour la primaire des Républicains. Jusque-là, c’est classique. Ce qui l’est moins, c’est qu’il en profite pour démolir le candidat Eric Ciotti en l’accusant, entre autres, d’être un faux-nez de l’extrême-droite et en promettant, si celui-ci gagne la primaire, de quitter illico le parti pour rejoindre Emmanuel Macron. Bonjour l’ambiance.
Sauf que Xavier Bertrand a très vite réagit : il ne veut pas d’un tel soutien.

Vous connaissez la citation de Voltaire : « Gardez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge ». Xavier Bertrand a eu raison de repousser la main tendue par Renaud Muselier : avec de tels amis, le feu pouvait reprendre au sein de la maison Les Républicains.

Jusqu’à présent, une des réussites les plus notables de cette longue, si longue procédure mise en place pour désigner le candidat de la droite pour la présidentielle, c’est que les cinq candidats ne se sont pas déchirés entre eux. Les débats télévisés ont été de bonne tenue, les présentations devant les militants, sans être toujours sur le mode Bisounours, sont restées correctes, il n’y a pas eu de sang versé.

Quel contraste avec l’ambiance d’il y a 5 ans. Les Fillon, Juppé, Sarkozy, ne s’étaient pas épargnés, on sentait le poids des contentieux entre ces grands fauves de la politique. Ça avait d’ailleurs coûté très cher au vainqueur de la primaire, François Fillon, qui s’était retrouvé incapable de recréer une unité (même de façade) après sa très nette victoire face à Alain Juppé. Le ressentiment pesait trop lourd. Et il restera à jamais un soupçon sur l’origine de la fuite qui donnera naissance à l’affaire de l’emploi fictif de Pénélope Fillon.

Voilà pourquoi, aujourd’hui, la brutalité avec laquelle Renaud Muselier a motivé son soutien à Xavier Bertrand, et la virulence avec laquelle Eric Ciotti lui a répondu, pouvaient donner un cocktail dangereusement explosif. Et démolir les faibles chances qu’aura le (ou la) vainqueur de la primaire de rassembler son camp.

Beaucoup parmi les dirigeants des Républicains évitent de se prononcer pour tel ou telle.

Certains se dévoilent quand même, par exemple Guillaume Larrivé, le député de l’Yonne et ex-candidat à la présidence des Républicains, par ailleurs très bon spécialiste des questions de sécurité et de police, qui annonce qu’il soutiendra Valérie Pécresse (c’est une interview publiée dans l’Opinion). Mais c’est vrai, la plupart attendent d’y voir plus clair. On peut appeler ça de l’opportunisme, ou de la prudence, mais ce qui est certain, c’est que ça facilitera tous les ralliements et la création d’une dynamique à la fin de la primaire, au moment où ce sera nécessaire.

A l’inverse, si l’allumette jetée par Renaud Muselier avait allumé le feu, alors c’en était fini des (petites) chances du parti Les Républicains de jouer une carte gagnante à la prochaine présidentielle.