Coronavirus : pourquoi l'union nationale ne tient pas

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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La confiance des Français dans la gestion de la crise par le gouvernement atteint un niveau extrêmement faible. Et pour l'éditorialiste Nicolas Beytout, il n'y a rien de surprenant à ça, car les partis sont désunis face à cette crise sanitaire unique.

Dans sa guerre contre l’épidémie de coronavirus, le gouvernement a encore perdu un peu du soutien des Français.

Oui, tous les sondages continuent à mettre en valeur ce double phénomène qu’on a déjà évoqué ensemble : la cote de popularité personnelle d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe est au plus haut depuis le début du quinquennat, mais la confiance dans leur gestion de la crise continue à décrocher.

A vrai dire, ce n’est pas très étonnant : cette cote de confiance est en partie indexée sur la disponibilité des masques et des tests, et sur le nombre de morts. Tant que ce chiffre macabre augmentera, tant que le pic de l’épidémie ne sera pas en vue, les inquiétudes de la population vont rester considérables.

Plusieurs sondages mettent également en avant les doutes des Français sur la sincérité du gouvernement…

Oui, et c’est beaucoup plus préoccupant. Une étude de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès montre par exemple qu’un quart des Français pense que le virus a été fabriqué artificiellement, en Chine. Certains disent qu’il a échappé à leurs concepteurs, d’autres pensent carrément que ce virus a été diffusé intentionnellement. Conséquence, plus d’un tiers des Français est certain que le gouvernement leur cache des choses, leur ment volontairement. Et c’est parmi les électeurs du Rassemblement national que cette proportion est la plus importante. Marine Le Pen s’en sert d’ailleurs pour affaiblir Emmanuel Macron : c’est simple, elle accuse le gouvernement de mentir sur "absolument tout, sans aucune exception". Quant à l’origine du virus, elle explique qu’il n’y a pas de raison de ne pas douter sur ce qui s’est passé en Chine, que c’est une question de bon sens…

Bon, une fois de plus, on se rend compte qu’on est loin de l’union nationale…

Eh oui, c’est l’union impossible. A plusieurs reprises, un mouvement de cohésion nationale face au coronavirus s’est pourtant esquissé. Mais il n’a jamais tenu que quelques heures. Depuis dimanche, plusieurs personnalités de droite et de gauche, Xavier Bertrand, Olivier Faure, François Bayrou, avaient proposé de renvoyer à l’après-crise le bilan du travail gouvernemental. Mais il se trouve toujours quelqu’un pour refuser ce genre de trêve. Et ce quelqu’un, à chaque fois, c’est Marine Le Pen.

Et ça vous paraît très étonnant ? Je veux dire : il y a des exemples chez nous d’union nationale ?

Hormis les périodes de guerre (de vraie guerre), non, ça ne tient jamais. Les attentats, qui sont une forme de guerre n’ont suscité d’union nationale que pendant un temps. Et pour ce qui est de l’indulgence des politiques entre eux, de leur retenue, il faut toujours garder en mémoire ce que Jacques Chirac avait dit après le suicide de Pierre Bérégovoy. C’était il y a plus de 25 ans, et la mort de l’ancien Premier ministre avait provoqué une onde de choc considérable. Et certains avaient expliqué que la politique ne serait alors jamais plus comme avant. Ce à quoi Jacques Chirac avait sèchement répondu qu’évidemment, ça ne tiendrait que l’espace d’un instant. C’est lui qui avait eu raison. Et il aurait encore raison aujourd’hui.