Traçabilité alimentaire : grâce à la blockchain, la transparence s'invite sur les emballages

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La blockchain est une technologie de traçabilité, inviolable, surtout connue pour supporter le bitcoin. Mais depuis quelques années, elle est utilisée dans l'alimentaire pour assurer la traçabilité des produits. Grâce à un QR code, les consommateurs peuvent tout connaître de la vie d'un poulet ou d'une carotte.

Du champ à l'assiette… en un coup de flash. Il n'est pas toujours simple de savoir d'où viennent les aliments qui composent nos repas. Comment a été élevé le poulet du dimanche ? Quand a été plantée la courgette qui l'accompagne ?Au marché, chez le boucher ou chez le primeur, une simple question permet d'avoir la réponse. C'est en revanche plus compliqué en grande surface où les étiquettes sont parfois laconiques. Un manque d'informations désormais comblé par une une nouvelle technologie, la blockchain, connue pour supporter le bitcoin. Appliquée à l'alimentaire, elle fait toute la transparence sur l’origine des produits. De plus en plus de marques et de distributeurs s'y mettent.

Flasher un QR code pour connaître la vie du produit

Pour le consommateur, la blockchain se matérialise par un QR code sur l’emballage du produit. En le scannant avec son téléphone, on est redirigé vers une page Internet offrant tout un tas d’informations sur la vie du produit avant son arrivée en rayons. "Le QR code est la partie immergée de l'iceberg. C'est une fenêtre de transparence sur la chaîne de production. Et c'est la blockchain qui supporte tout ça", explique Stefano Volpi, cofondateur de Connecting Food, une entreprise française qui met en place des blockchains pour des marques agroalimentaires, parmi lesquelles Lu, Géant Vert et Herta. 

"La blockchain permet d'enregistrer des données et de les transférer d'un acteur à l'autre de la filière. À chaque étape, on récolte les données puis on les connecte à l'étape suivante. On arrive à recréer de façon numérique toute la vie d'un aliment avant qu'il arrive dans l'assiette", ajoute Stefano Volpi. Par exemple, pour un poulet, on dispose en quelques secondes de tout un tas d'informations : son lieu de couvage, sa date d'éclosion, son lieu et ses conditions de vie, le nom de l'éleveur, son alimentation, etc.

Une trentaine de filières blockchain chez Carrefour

Preuve que l'engouement des marques est réel, Connecting Food, présent en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, et aux États-Unis, a multiplié par deux son nombre de clients en un an et son chiffre d'affaires a augmenté de 20%. Et les distributeurs ne sont pas en marge de cette évolution. Carrefour, pionnier de la blockchain alimentaire en France depuis 2018, a intégré cette technologie sur une trentaine de filières : carottes, tomates, œufs, poulet, saumon… "En tout, cela concerne 600 références produits dans nos rayons : 200 sur l'alimentaire et 400 sur le textile", détaille Garance Osternaud, responsable du programme blockchain de Carrefour.

Créer une blockchain alimentaire prend plusieurs mois, en partenariat avec les éleveurs et les producteurs. "Ils ne sont pas tous familiers avec le concept de blockchain. Donc on commence par leur expliquer et par les rassurer. En général, ils sont enthousiastes à l'idée de partager leurs bonnes pratiques avec les consommateurs mais ils ont parfois des appréhensions vis-à-vis de la technologie", explique Garance Osternaud. Pour ne pas ajouter une charge de travail aux producteurs, Carrefour, comme Connecting Food, prend en charge de A à Z l'intégration de la blockchain dans la filière.

Vérifier chaque caractéristique du produit

Le travail préparatoire est minutieux puisqu'il s'agit de collecter et de vérifier toutes les informations relatives au produit. "On peut tout tracer avec la blockchain, des produits simples comme le lait jusqu'aux produits transformés. On récupère nous-mêmes les données telles qu'elles existent. Ça peut être un papier, un tableau Excel, un document pris en photo par l'éleveur… Bien sûr, plus on avance dans la filière, plus on va vers les marques et plus l'information est standardisée et donc facile à traiter", détaille Stefano Volpi, de Connecting Food. Chaque étape de production ou de transformation ajoute un maillon à la chaîne.

Mais il ne s'agit pas juste d'empiler des informations, il faut aussi les vérifier. "Plus le produit a de spécificités, plus ça prend du temps. Pour une simple carotte, il faut tracer le semis, la mise en terre, la récolte, le conditionnement, le transport… S'il s'agit d'une carotte bio, il faut vérifier que toutes les contraintes sont bien respectées", précise Garance Osternaud, responsable du projet blockchain de Carrefour. Le coût des recherches et de l'administratif est supporté par le distributeur, le producteur ne paye rien et le consommateur non plus.

Les multiples avantages de la blockchain

Loin d'être un gadget, la blockchain alimentaire présente de multiples avantages. La transparence recrée un lien direct entre producteurs et consommateurs. Elle instaure aussi une relation de confiance dans la chaîne de production. "Ça permet de prouver que les promesses faites au consommateur sont bien réelles. On peut vérifier, en temps réel, lot par lot, que chaque produit a bien les qualités vantées par les marques", souligne Stefano Volpi. De fait, la blockchain est caractérisée par son inviolabilité : impossible de falsifier les informations.

Et les consommateurs semblent séduits par l'initiative. "On a fait un suivi du nombre de scans des QR code sur les pages Internet correspondantes et le plus intéressant c'est la durée de consultation. On voit que les gens qui scannent restent environ une ou deux minutes sur la page. Ça montre que la traçabilité les intéresse réellement", estime Garance Osternaud. Après Carrefour, Monoprix a aussi pris le tournant de la blockchain, une innovation qui sera peut-être la norme de demain.