Pourquoi les petites entreprises auront beaucoup de mal à verser la "prime Macron"

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© DAMIEN MEYER / AFP
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La prime défiscalisée, à hauteur de 1.000 euros maximum, imaginée l’an passé en pleine crise des "gilets jaunes", est bien reconduite cette année, mais avec de nouvelles règles. Et celle qui impose aux entreprises d’avoir d’abord signé un accord d’intéressement exclut de fait les plus petites sociétés.
REPORTAGE

Elle avait été imaginée l'an dernier pour tenter de calmer la colère des gilets jaunes. La "prime Macron", prime exceptionnelle (défiscalisée et sans cotisations patronales) de fin d'année, instaurée l'an dernier, doit être reconduite cette année. Mais il y a des changements cette année, décidés récemment : elle ne sera versée qu'en janvier et les règles du jeu ont changé. Les entreprises ne pourront profiter de la défiscalisation que si elles ont mis en place un accord d'intéressement. Une condition qui va exclure les salariés des plus petites entreprises. Exemple dans la banlieue de Lille.

"La prime, elle est partie on ne sait où"

"Ils font ça derrière le dos de tout le monde. On va se réveiller le 1er janvier en se disant ‘bah tiens elle est où la prime’ ? La prime, elle est partie on ne sait où". Warren est en colère. Ce responsable du rayon boucherie chez un traiteur de la région lilloise avait touché 1.000 euros l’an dernier. Eh bien cette année il va devoir faire une croix dessus.

"Je me suis marié en début d’année, je me suis acheté une maison et j’ai dit à ma femme ‘ne t’inquiète pas, grâce à cette prime je vais pouvoir acheter la chambre du bébé’", raconte-t-il. "Ce matin, j’apprends que ça va être beaucoup plus compliqué que prévu. On travaille et on ne sent pas récompensé à la fin de l’année."

"On n’arrive pas à comprendre, avec mes collègues"

Parce que pour pouvoir défiscaliser cette prime et la verser en janvier, les entreprises devront avoir signé un accord d’intéressement. Concrètement impossible dans la plupart des petites entreprises artisanales. "Chez nous, la prime, l’année dernière, on a donné sur l’ensemble des salariés et des apprentis 13 ou 14.000 euros. Cette année, on ne va pas les donner", explique Laurent Rigaud, le patron de Warren. "On ne vas pas commencer à demander à notre expert-comptable de mettre en place un plan de ceci ou de cela... Pour l’instant, ce n’est pas possible."

Et c’est la méthode du gouvernement que le chef d’entreprise condamne. "Ils auraient dû nous dire ‘mettez-vous en place, et dans 2-3 ans on passera à cet intéressement obligatoire’. Mais pas changer comme ça du jour au lendemain", s’agace Laurent Rigaud. "On n’arrive pas à comprendre, avec mes collègues." Car la mesure mine le moral des troupes, assure le chef d’entreprise. Qui en vient à se demander si le gouvernement veut vraiment augmenter le pouvoir d’achat des Français.

Europe 1
Par Lionel Gougelot, édité par Rémi Duchemin