EDITO - Black Friday : "C’est incroyable à quel point l’Etat croit devoir être une nounou pour chacun de nous"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Vendredi, c'est le début du Black Friday. Une pratique importée des Etats-Unis qui lance le coup d'envoi d'une journée de promotions exceptionnelles dans les enseignes mais aussi en ligne. Mais quand certaines voix s'élèvent contre la publicité agressive, le e-commerce et la surconsommation. Nicolas Beytout dénonce un prétexte pour "faire le bien des gens malgré eux". 
EDITO

Vendredi 29 novembre marque le début du Black Friday : 24 heures de promotions dans de nombreux magasins mais aussi en ligne. Cette pratique venue des Etats-Unis ne fait pas l'unanimité. Et surtout pas dans la classe politique française. La ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, invitée hier sur Rurope1, estimait ainsi qu'il était de son devoir d'empêcher les Français de surconsommer avec frénésie". Une déclaration qui n'a pas plu du tout notre éditorialiste Nicolas Beytout. 

"C'est le sujet du jour. Mais avant de vous dire ce que j’en pense, une petite mise au point : je ne suis pas un fan du Black Friday. Cette déferlante, ce matraquage venu des Etats-Unis, tout comme la fête d’Halloween, ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions. Mais je suis effaré par la polémique qui a enflé autour de cette opération commerciale en France. Effaré de voir que des députés ont voté, en Commission, un amendement pour stopper ce Black Friday, pour interdire la publicité en tant que pratique agressive. Peine encourue : 2 ans de prison et 300.000 euros d’amendes. On rêve. Alors bien sûr, tout ça est fait au nom d’une noble cause : c’est le e-commerce qui a importé ça en France. Le e-commerce, c’est des livraisons, et les livraisons, c’est de la pollution. Et voilà : le Black Friday est un danger pour la planète. Joli prétexte pour une mission.

"Nous sommes infantilisés en permanence" 

Une haute mission : faire le bien des gens malgré eux. Les empêcher de 'surconsommer', avec 'frénésie', dit même la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne. Mais oui, c’est bien sûr : les gens sont faibles, ils n’ont pas de volonté, les soldes sont un danger pour eux. Ils perdent leurs moyens dès qu’ils voient un prix barré, le moins 30% leur fait perdre la tête. Heureusement qu’il y a des hommes et des femmes politiques pour les protéger de leur propre faiblesse, tous ces Français inconscients. C’est incroyable à quel point l’Etat envahit notre liberté, à quel point il croit devoir être une nounou pour chacun de nous. Nous sommes infantilisés en permanence. Et puis, pardon, mais tous ces prescripteurs condescendants de notre mode de vie oublient ce qu’il s’est passé il y a un an, pendant les Gilets jaunes.

Une lame de fond né d’un problème de pouvoir d’achat, et qui a fait trembler tous ces ministres et députés. Et un an plus tard, les mêmes veulent interdire des soldes massives, qui sont un moyen pour tous les Français de préserver un peu de leur pouvoir d’achat à quelques semaines de Noël. Quel paradoxe ! Vous verrez, un jour, on surveillera ce que font les familles de leur prime de rentrée scolaire. Pour être sûr qu’ils consomment intelligemment. Au passage, tout le monde a l’air d’oublier que la consommation des ménages est un moteur essentiel pour l’économie, et pour l’emploi. Comme le disait Georges Pompidou, il y a 50 ans, à un certain Jacques Chirac : mais 'arrêtez d’emmerder les Français'."

Europe 1
Par Nicolas Beytout, édité par Mathilde Durand