Jours de repos payés pour les grévistes : quelles conséquences pour la SNCF ?

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La facture de la grève va encore s'alourdir pour la SNCF après la décision de justice rendue jeudi (photo d'illustration).
La facture de la grève va encore s'alourdir pour la SNCF après la décision de justice rendue jeudi (photo d'illustration). © CHRISTOPHE SIMON / AFP
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La justice a donné raison aux syndicats, qui contestaient la décision de la direction de considérer comme un seul mouvement les préavis de grève successifs. Un jugement synonyme de nouveaux frais pour le groupe.

 

"Dix-huit fois deux jours, c'est à dire 36 jours : c'est une seule et même grève contre la réforme du système ferroviaire", arguait dès la fin mars le patron de la SNCF Guillaume Pépy, avant même le début du mouvement social des cheminots. Depuis, en marge de la grève, un bras de fer judiciaire d'importance s'est engagé entre le groupe et les syndicats. Pour le premier, pas question de payer aux grévistes les jours de repos consécutifs aux jours de mobilisation : en plus des jours de grève, ceux-ci sont donc retenus sur les fiches de paie. Les seconds arguent qu'il ne s'agit pas d'un mouvement continu mais de grèves distinctes, avec un préavis différent à chaque fois. Le tribunal de grande instance de Bobigny vient de leur donner raison, jeudi. Une victoire à la fois symbolique pour les cheminots et lourde de conséquences pour la SNCF.  

Une dépense non anticipée par la SNCF. Le jugement contraint en effet le groupe à régler tous les jours de repos aux grévistes dont elle avait retenu le paiement. Prenant acte de cette décision, la SNCF a d'ores et déjà annoncé son intention de faire appel. Mais la procédure n'est pas suspensive : les journées devront bel et bien être payées et le montant de la dépense, non anticipée par la direction, viendra s'ajouter au coût déjà conséquent du mouvement de grève. Fin mai, l'entreprise ferroviaire l'estimait à 400 millions d'euros jusqu'à la mi-juin, soit l'équivalent d'un tiers du bénéfice net 2017 du groupe. Un chiffre prenant en compte les trains annulés, mais aussi les gestes commerciaux effectués pour compenser la grève.

La menace d'une grève prolongée. Et la facture pourrait encore s'alourdir. La décision du tribunal de Bobigny comprend également des dommages et intérêts à hauteur de 10.000 euros, à verser à chacune des organisations syndicales poursuivant le groupe. Mais surtout, elle libère une partie de la "pression financière" dénoncée par les cheminots, qui estimaient que la SNCF tentait de "les inciter à renoncer au mouvement".

Or la CGT Cheminots a annoncé sa volonté d'appeler "régulièrement à la grève en juillet et en août", au-delà de la durée de trois mois initialement prévue pour le mouvement social. Elle n'est pour l'instant pas soutenue par les autres syndicats, hormis SUD-Rail. Mais en période de vacances, l'annulation de certains trains, même en nombre réduit, contraindrait le groupe à vendre moins de billets, pesant inévitablement sur ses finances.

 

Une régularisation imminente ? 

"L'Unsa ferroviaire est très satisfaite de cette décision. Cela montre bien que l'interprétation de l'entreprise visait à perturber le mouvement de grève", a réagi à l'annonce du jugement Roger Dillenseger, secrétaire général de l'Unsa ferroviaire, qui entend "demander dès cet après-midi (jeudi) au directeur des ressources humaines d'appliquer le jugement dans les meilleurs délais". Les fiches de paie de juin étant déjà bouclées, le syndicat souhaite que la direction régularise les rémunérations sans attendre celles de juillet. Pour un salarié faisant grève depuis début avril, cela représente quelques centaines d'euros.