"Gilets jaunes" : encore un week-end noir pour l'économie

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A chaque nouvelle journée de mobilisation des "gilets jaunes", ce sont de nouvelles pertes pour l'économie française. Le tout, dans une période clé à l'approche des fêtes. Commerçants et clients tentent de se reporter sur le dimanche.

La crise des "gilets jaunes" est une "catastrophe" pour l'économie. Ce sont les mots de Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, qui s'est rendu dimanche au chevet des commerçants dont les boutiques ont été dégradées samedi, lors de "l'acte 4" des "gilets jaunes". A l'approche de Noël, les conséquences de ces manifestations sont de plus en plus lourdes pour le secteur.

Pour la Fédération du commerce et de la distribution, qui estime les pertes à 20-25%, ce quatrième samedi noir consécutif va faire basculer la facture largement au-delà du milliard d'euros de chiffres d'affaires perdu. Il y a eu encore plus de magasins pénalisés, comme à Saint-Etienne par exemple où les quatre centres commerciaux ont été obligés de fermer leurs portes. Du côté de l'Alliance du commerce, qui représentent 27.000 magasins de centre-ville, la perte d'activité pour cette seule journée, l'une des plus grosses de l'année normalement, sera d'au moins plusieurs dizaines de milliers d'euros.

"On a bien vu des casseurs qui étaient organisés pour essayer de faire leurs emplettes." Et pour Didier Kling, président de la Chambre de commerce et d'industrie Paris-Île-de-France, qui a passé son dimanche auprès de commerçants touchés, cette fois, ce sont surtout les pillages qui risquent de coûter cher. "A première vue, j'ai le sentiment que c'est à peu près le même ordre de grandeur mais il y a des scènes de pillages qui ont par contre été plus importantes parce qu'on a bien vu des casseurs qui étaient organisés pour essayer de faire leurs emplettes", analyse-t-il sur Europe 1.

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L'inquiétude grandit week-end après week-end. Les pertes de novembre ne pourront pas être rattrapées et décembre s'annonce sinistre. C'est ce que déplore un secteur qui attend avec impatience les annonces du président de la République.

Les commerçants essayent de se rattraper le dimanche... Pour la clientèle aussi, cela devient problématique avec un jour de moins dans le week-end pour faire ses achats de Noël. Résultat, de nombreux clients se sont précipités dans les grands magasins parisiens non loin des Champs Elysées ouverts ce dimanche. A deux pas des grands magasins, la vitrine de la boutique de Christophe est encore recouverte d'une protection noire. Mais une petite affiche vient rappeler que le magasin est bien ouvert.

A l'intérieur, le commerçant essaie de positiver : "Une ouverture du dimanche représente 10% de ce qu'on aurait dû faire le samedi, donc des pertes sèches. Maintenant, tout est mis en oeuvre pour essayer de booster le chiffre d'affaires, les intéressements des vendeuses et des vendeurs et garder un bon dynamisme."

... Les clients aussi. Même combat dans les grands magasins voisins. S'il n'y a pas de chiffre officiel pour ce dimanche, on nous parle d'une bonne fréquentation. Sylvie, un peu en colère, a les bras rempli de sacs pour ses courses de Noël. "Ce n'est pas fini, mais il faut bien prévoir parce qu'on se doute que samedi prochain, ça va recommencer", lâche-t-elle. 

Esther et David préfèrent quant à eux le prendre avec le sourire. "On essaye de se rattraper. On a rien fait, on a rien acheté. Tous les week-ends depuis trois semaines sont jaunes. Des 'yellow day' où on ne pouvait rien faire. On a que le dimanche pour se rattraper donc on est venu. Un peu tard je crois parce que vraiment, ça a été pris d'assaut. Mais on va essayer de se rattraper quand même un petit peu", confie Esther. Le couple se rassure, il reste du temps mais il ne serait pas contre une journée de mobilisation plus calme samedi prochain.

Les PME et TPE durement touchées également. Paris n'est pas la seule ville à être touchée par le mouvement. La nationale 113, un axe majeur entre l’Italie et l’Espagne, est régulièrement bloquée depuis trois semaines et c'est tout le secteur qui souffre économiquement avec plus d'un million d'euros de chiffre d'affaires évaporé pour les PME et TPE du secteur.

"Il y a quand même des entreprises qui vont demander à passer en activité partielle, c'est-à-dire chômage partiel pour leurs équipes. Ce sont de petits entrepreneurs, des petits commerçants, qui ne vont pas se faire de salaire sur le mois de décembre et les mois à venir si ça continue comme ça, pour pouvoir payer leurs employés. Il y a des pénuries même dans les magasins, les grandes surfaces à Arles. Il y a des rayons qui sont pratiquement vides. On ne sait pas quand est-ce que l'on sera réapprovisionné en essence, en alimentaire", évoque Loïc Aparicio, président de l'Union patronale pour le pays d'Arles dans les Bouches-du-Rhône, qui lui aussi, évoque une "catastrophe".

Europe 1
Par Aurélien Fleurot, Justin Morin et Nathalie Chevance, édité par Grégoire Duhourcau