Combien faut-il (vraiment) de croissance pour baisser le chômage ?

Selon l'Unedic, le nombre de chômeurs augmentera de 140.000 d'ici à 2015. Principale explication : une croissance atone.
Selon l'Unedic, le nombre de chômeurs augmentera de 140.000 d'ici à 2015. Principale explication : une croissance atone. © MAXPPP
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LA QUESTION - Selon de nombreux économistes, il faut 1,5% de croissance pour créer de l'emploi en France. Mais...

Quand pourra-t-on espérer une baisse durable du chômage ? Pas tout de suite, à en croire l'Unedic. L'organisme qui gère l'assurance chômage a prévu lundi une poursuite de la hausse du nombre de demandeurs d'emplois, avec 44.000 chômeurs sans activité en plus d'ici à la fin de l'année et 96.000 en 2015.

Principale explication : une croissance atone. Celle de la France a été nulle les deux derniers trimestres. Et la prévision officielle du gouvernement est de 0,4% pour 2014. Mais à partir de quel taux le marché de l'emploi pourra-t-il vraiment espérer retrouver des couleurs ?

Le fameux seuil de 1,5%. Le chiffre de 1,5% de croissance est régulièrement cité dans la presse. Plusieurs économistes et instituts, dont l'OFCE, l'assurent en effet : il s'agit du taux minimum pour que l'activité crée de l'emploi. Dans un tel contexte, les entreprises seraient assez dynamiques pour absorber l'augmentation de la population active. Ce seuil est tiré de la loi d'Okun, qui peut se résumer ainsi : en fonction du coût du travail, de la productivité des salariés et de la hausse de la population, chaque pays dispose d'un taux de croissance créateur d'emploi qui lui est propre. Et selon l'OFCE, aujourd'hui, en France, chaque point au-dessus ou en dessous du seuil de 1,5% diminue ou augmente le nombre de demandeurs d’emploi de 250 000 sur une année.

Un seuil malléable… Ce seuil de croissance n'a pas toujours été le même au cours de l'histoire. Dans les années 80 par exemple, la croissance de quelques 2,5% n'a pas empêché le chômage de passer de 3,5% (fin des années 70) à 9,1% (1987). Et pour cause : la population active a parallèlement cru de 0,9% par an et la productivité, c'est-à-dire l'efficacité des salariés en fonction de leur temps de travail, a bondi de 2,1% par an durant cette période.

… Sur lequel l'Etat a une influence. Principale conclusion : ce seuil de 1,5% de croissance n'est pas figé. Le gouvernement peut donc avoir une influence dessus. En investissant sur des projets à long terme par exemple, l’État peut créer de l'emploi pour une croissance qui ne se ressentira que plus tard.

"Le seuil de croissance créateur d’emploi peut être modifié. Soit par des réformes structurelles, par exemple sur le coût du travail, soit par des politiques de l’emploi, comme avec les contrats d’avenir et les contrats de génération", explique aussi Mathieu Plane, économiste à l'OFCE cité par Libération.

Le gouvernement peut encore favoriser le temps partiel, où réduire encore la durée légale de travail : si les salariés travaillent moins, ils laisseront la place à d'autres. Selon Pierre Larrouturou, économiste et président du collectif Roosevelt 2012, interrogé par Le Monde, "un mouvement général vers la semaine de quatre jours pourrait créer 1,6 million d'emplois". Mais cela impliquerait de baisser le pouvoir d'achat des salariés, ou la compétitivité des entreprises.