"Et si vous respiriez un peu mieux ?" : On a lu le livre de Jean-Philippe Desbordes

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"L'idée est d’apprendre comment descendre, pas à pas, dans les replis de notre respiration profonde", propose l'ouvrage "Et si vous respiriez un peu mieux ?", qui vient de paraître.
"L'idée est d’apprendre comment descendre, pas à pas, dans les replis de notre respiration profonde", propose l'ouvrage "Et si vous respiriez un peu mieux ?", qui vient de paraître. © Alfcermed / Pixabay / Europe 1
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Dans son ouvrage, l’anthropologue et professeur d’aïkido propose une méthode pour apprendre à maîtriser sa respiration. Et donc pour apprendre à aborder le monde avec plus de sérénité.

Respirer s’apprend-il ? Existe-t-il un "art de la respiration", qui dépasse ce que chaque être humain apprend à faire dès la naissance pour sa survie ? C’est le postulat de Jean-Philippe Desbordes, anthropologue et professeur d’aïkido*, dans son ouvrage "Et si vous respiriez un peu mieux ?", qui vient de paraître aux éditions First. "L'idée est d’apprendre comment descendre, pas à pas, dans les replis de notre respiration profonde, à la manière d'un plongeur franchissant un à un les paliers de décompression", écrit l’auteur. Europe 1 a lu son ouvrage.

CE QUE L’ON Y TROUVE

Un ouvrage pratique et une philosophie de vie. L’ouvrage présente un ensemble de techniques, d’exercices et de leçons, un "chemin" pour progresser dans "l’art de la respiration", des "premiers pas" jusqu’au dernier niveau du "lâcher prise".Car selon l’auteur, la respiration n’est pas qu’une simple question de survie. Apprendre à respirer, c’est apprendre à "rester zen en toutes circonstances", à rester en paix avec soi-même et le monde, mais aussi à "changer notre perception de la douleur" pour mieux l’évacuer ou encore à ouvrir notre conscience sur chaque chose. "La respiration profonde ouvre une perception sensorielle globale de ce qui se passe autour et à l'intérieur de nous. Elle permet de voir sans rien regarder, de ressentir et de visualiser. Un peu comme le sonar des baleines", écrit Jean-Philippe Desbordes.

" L'art de la respiration a réactivé en moi ma détermination à vivre "

"Et si vous respiriez un peu mieux ?" est donc à la fois un ouvrage de développement personnel, de bien-être, de philosophie et d’éthique, une éthique basée sur la confiance en soi, l’écoute des autres et la non-violence. "Rescapé d'une longue dépression et d'une maladie psychosomatique respiratoire lourde […], l'art de la respiration a réactivé en moi ma détermination à vivre", assure encore l’auteur.

Des exercices pour tout niveau. Comment apprendre à respirer ? D’abord avec quelques principes de base relayés par l’ouvrage : inspirer lentement et profondément par le nez, en gonflant son abdomen (on peut, pour s’exercer, poser le plat de ses mains dessus), puis expirer par la bouche jusqu’à ce que l’on est évacué tout son air. Mais surtout pas à pas, à travers des exercices plus ou moins simple. Voici deux exemples basiques.

> L'assise silencieuse 

- S’assoir 15 minutes "en silence, confortablement en tailleur" ou en seiza (agenouillé sur le sol, les jambes pliées en dessous des cuisses, les fesses sur les talons)

- Pendant ces 15 minutes, se concentrer sur sa respiration puis faire "descendre nos perceptions vers le sol, comme une rivière qui s'écoule à travers nos racines"

- "Techniquement, c'est simple (d’apprendre à respirer). Lorsque tu inspires, visualise une spirale ascendante. Et dans l'expiration, visualise cette même spirale descendante. Tu te remplis, la spirale monte. Tu te vides, la spirale descend. Ainsi circule et se développe l'énergie", commente encore l’auteur, citant "un maître japonais.

> Coordonner mouvement et souffle 

- S'asseoir en tailleur ou calé sur une chaise. Prendre son pied gauche dans la main, la rotule dans l'autre. De la main droite, faire tourner le pied autour de la rotule pour se décontracter.

- Se mettre debout. Avancer une jambe. Se retourner par un mouvement de hanche, de sorte que les pieds pivotent d'eux-mêmes. Reculer une jambe.

- Faire ensuite la même chose en faisant attention à sa respiration. Inspirer, expirer, ET APRES faire le mouvement. L’idée est de se rendre compte que lorsque le mouvement du corps intervient pendant ou après une expiration, il devient plus fluide. Souvent, lorsque l'on fait un mouvement, on retient son souffle : le corps se rigidifie, peine alors à trouver l'équilibre.

- Après avoir fait cela, rasseyez-vous, prenez une minute pour méditer ce que vous venez de faire, puis essayez de voir comment vous pouvez le mettre en pratique dans votre quotidien : en ouvrant une porte, en tapant un numéro sur votre téléphone, en montant un escalier etc.

CE QUE NOUS EN AVONS PENSÉ

Ce que nous avons aimé : la pédagogie et la diversité des contenus. L’ouvrage s’adresse autant aux débutants désireux d’avoir quelques techniques simples "prêtes à l’emploi" qu’au lecteur qui cherchera à trouver une méthode sur du long terme. Il propose des techniques de base expliquées avec pédagogie et des exercices plus fins, décrits avec une grande précision.

Des métaphores (le pratiquant est tantôt un arbre, tantôt un dauphin, tantôt une rivière…) viennent tout au long de l’ouvrage éclairer le propos de l’auteur, et lui donner un certain côté poétique (sans en faire trop non plus). Jean-Philippe Desbordes incarne également ses exercices au travers d’exemples et de témoignages issus de ses propres étudiants d’aïkido*. Ainsi, certains lecteurs pourront s’identifier à Louise, ancienne gymnaste devenue "négative" et "défaitiste" après une blessure, à "Patrick", boulanger en retraite, qui ne se plaint jamais mais a pourtant une douleur au genou que les médecins n'expliquent pas, voire d’une certaine manière à ces adolescents incarcérés avec lequel l’auteur travaille, et qui ne juraient que par la violence et par la force.

Au-delà des exercices pratiques et concrets, l’auteur, fin connaisseur de la culture japonaise, nous livre une première approche claire et inspirante de la philosophie du fondateur de l'aïkido, Morihei Ueshiba, lui-même inspiré des grands classiques de la pensée traditionnelle orientale, de Confucius aux Samouraïs.

Ce que nous avons moins aimé : quelques lourdeurs et un manque. L’auteur ne s’en cache pas, son livre délivre autant une leçon de vie que des exercices pratiques. Les messages de l’ouvrage, invitant à l’humilité, à la non-violence, à l’intégrité et à l’ouverture au monde, pourront nourrir plus d’un lecteur. Mais ils prennent une place très importante, et alourdissent la lecture pour celles et ceux qui souhaiteraient simplement trouver des réponses à la promesse initiale de l’auteur : apprendre à respirer. En outre, certaines expressions, du type "énergie vitale" ou "mécanique de régulation cosmique" pourraient rebuter certains lecteurs peu familiers de la philosophie japonaise.

Enfin, d’autres expressions peuvent parfois semer un certain trouble, lorsque le livre évoque par exemple, par la bouche de Morihei Ueshiba, une "méthode de la santé suprême" ou la promesse de "conserver un esprit sain et un corps vigoureux". Car l'intention de l'auteur n'est pas de dire que "l'art de la respiration" est une solution à tous les maux, que cela guérit le cancer ou autres maladies graves. Et l'ouvrage aurait gagné à ce que Jean-Philippe Desbordes exprime cette petite mise en garde plus clairement.

* L’aikido est un art martial japonais basé sur la non-violence : pour se défendre, le pratiquant doit utiliser la force de l’adversaire. Les techniques de l’aïkido nécessitent une forte maîtrise de sa respiration. Et Jean-Philippe Desbordes a, dans sa pratique, particulièrement travaillé cet aspect, inventant même une discipline à part entière basée sur le souffle : l’aïki-thérapie.