L'Espagne bloque in extremis la vente d'un tableau pouvant être un Caravage

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La salle des ventes chargée des enchères a confirmé le retrait du tableau de la vente. 1:35
La salle des ventes chargée des enchères a confirmé le retrait du tableau de la vente. © JEFF PACHOUD / AFP
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Le gouvernement espagnol a bloqué jeudi, à quelques heures des enchères, la vente d'un tableau qui pourrait être une production du peintre italien Caravage. Cette huile sur toile, appelée "Le couronnement d'épines" a été déclarée "inexportable" et ne pourra pas sortir d'Espagne, "par mesure de précaution", ont indiqué des sources gouvernementales.

Il devait être mis à prix pour 1.500 euros. Le gouvernement espagnol a bloqué jeudi, à quelques heures des enchères, la vente d'un tableau, pensant qu'il pouvait être du Caravage, le maître italien du clair-obscur. Cette huile sur toile, appelée "Le couronnement d'épines" et considérée jusqu'alors comme l'oeuvre d'un peintre issu de l'école de José de Ribera, a été déclarée "inexportable" et ne pourra pas sortir d'Espagne, "par mesure de précaution", ont indiqué des sources gouvernementales.

"Nous allons voir si c'est un Caravage"

Une décision prise sur la base d'un rapport du musée du Prado mettant en lumière "des preuves documentées et stylistiques suffisantes" pour envisager que l'oeuvre soit de Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage. Contactée, la salle des ventes Ansorena, qui était chargée des enchères, a confirmé le retrait du tableau de la vente.

Etant donnée la "rapidité des évènements", il faudra à présent procéder à une étude technique et scientifique "approfondie" afin de déterminer, "au cours d'un débat académique, si l'attribution au Caravage est vraiment possible", ont encore souligné les sources gouvernementales. "Nous allons voir si c'est un Caravage", a confirmé, lors d'une visite dans une foire d'art contemporain à Madrid, le ministre de la Culture espagnol José Manuel Rodriguez Uribes.

Spécialiste du Caravage, Maria Cristina Terzaghi, professeure d'histoire de l'art moderne à l'Université de Rome III, a exprimé des doutes sur l'auteur de cet "Ecce Homo" et indiqué qu'il pourrait s'agir d'une toile du maître italien (1571-1610). "C’est lui", a-t-elle assuré dans les colonnes du journal italien La Repubblica. "Le manteau pourpre dont on vêtit le Christ a la même valeur que le rouge de la Salomé (avec la tête de saint Jean-Baptiste) du Prado à Madrid", du Caravage, selon elle.

"Un lien profond avec les peintures réalisées"

"Cette œuvre présente un lien profond avec les peintures réalisées" par Le Caravage "au début de son séjour napolitain", a-t-elle encore dit. Le Ponce Pilate en premier plan rappelle par ailleurs le Saint-Pierre martyr de la Madone du Rosaire, visible au Kunsthistorisches de Vienne. Le Caravage, rappelle le quotidien italien, avait peint à Rome en 1605 un "Ecce Homo" pour le cardinal Massimo Massimi.

Un tableau sur le même thème, dont la description correspond au tableau dont la vente a été bloquée, est inventorié en 1631 dans la collection de Juan de Lezcano, ambassadeur d'Espagne au Saint-Siège, et se trouvait en 1657 à Naples, dans la collection de García de Avellaneda y Haro, comte de Castrillo et vice-roi de Naples. La "Salomé", qui fait partie des biens royaux espagnols depuis 1666 et est visible au Prado, appartenait aussi à la collection du vice-roi. Les deux tableaux pourraient donc avoir quitté l'Italie pour l’Espagne avec leur propriétaire en 1659.

Une autre toile avait été découverte à Toulouse

Une autre toile découverte dans un grenier à Toulouse, en France, et attribuée par des experts au Caravage, a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années. Mise à prix pour 30 millions d'euros et estimée de 100 à 150 millions, "Judith et Holopherne" avait été vendue en juin 2019 à un acheteur étranger, 48 heures avant sa vente aux enchères, qui avait donc été suspendue. Après sa découverte en 2014, ce tableau avait été classé par l'Etat français "trésor national" afin d'empêcher là aussi sa vente à l'étranger.

Mais le manque de certitude sur son authenticité, qui a divisé les experts, et sa valeur avaient finalement joué dans la décision de l'Etat de ne pas s'en porter acquéreur. Quelques jours après la vente, l'acheteur avait été identifié par des médias comme un collectionneur d'art américain proche du Metropolitan Museum of Art.