Dans l'Ariège, un ours recherché après avoir chargé un humain

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[Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP]

À Seix dans l'Ariège, un éleveur s'est retrouvé le 7 août dernier face à un ours au comportement jugé agressif. L'animal fait depuis ce jeudi l'objet de recherches destinées à modifier le comportement de l'animal à la vue des humains.

La rencontre aurait pu tourner au drame. Le 7 août dernier, sur l’estive d’Arréou, à Seix (Ariège), un éleveur parti à la recherche d’un chien de protection disparu depuis plusieurs jours s’est retrouvé face à un jeune ours. L’animal s’est approché de l’homme et de son chien avant d’adopter, selon le témoignage recueilli, un comportement jugé agressif.

La confrontation s’est déroulée dans une zone escarpée, éloignée des chemins de randonnée. Le chien accompagnant l’éleveur a été mis en difficulté par l’ours et a fait une chute d’environ 20 mètres, selon l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS). L’éleveur, lui, a tenté de tenir l’animal à distance en criant, en gesticulant et en lançant des pierres. L'animal aurait finalement quitté les lieux, mais lentement.

Un comportement considéré comme anormal par les services de l’État

À la suite de cet incident, les services de l’État ont demandé une expertise de la situation. Les agents de l’Office français de la biodiversité (OFB), intervenus le 11 août, ont conclu à la nécessité de mettre en œuvre le protocole prévu pour les ours présentant un comportement considéré comme problématique.

La préfecture estime notamment que l'animal a manifesté une "agressivité spontanée envers l’être humain", avec une charge et des grognements. L'autre élément retenu est que l’ours ne se serait pas éloigné rapidement malgré les cris et la posture adoptée par l’éleveur. Ces éléments correspondent, selon les services de l’État, à un comportement pouvant être qualifié d’"anormal ou dangereux".

Une opération de conditionnement aversif est donc autorisée à compter de ce jeudi 13 août. Des agents spécialement formés de l’OFB vont prospecter le secteur afin de tenter de retrouver l’animal.

Des tirs de projectiles en caoutchouc

L’objectif de cette opération n’est pas d’abattre l’ours, mais de provoquer chez lui une réaction de fuite lorsqu’il se trouve en présence d’êtres humains.

Le dispositif prévoit notamment l’utilisation de projectiles en caoutchouc tirés à courte distance vers l’arrière-train de l’animal. Des munitions à double détonation peuvent également être utilisées lorsque l’ours prend la fuite. Ces moyens sont destinés à créer une expérience aversive et à modifier son comportement.

L’autorisation est valable pendant trois semaines. Les agents de l’OFB devront rendre compte des opérations réalisées, du lieu d’intervention, du comportement observé et des résultats obtenus. Des armes létales pourront par ailleurs être présentes pour assurer la sécurité des agents, mais uniquement en cas d’absolue nécessité.

Les associations de protection de la nature nuancent l’agressivité de l’ours

La décision de l’État intervient dans un contexte de forte tension autour de la présence de l'ours dans les Pyrénées.

L’ASPAS, reçue en urgence par le préfet de l’Ariège le 12 août, estime que le comportement de l’animal doit être replacé dans le contexte de la rencontre. Selon l’association, l’ours aurait lui aussi été surpris par la présence de l’éleveur dans cette zone escarpée. Elle considère que les grognements et la charge d’intimidation pourraient correspondre à une réaction défensive plutôt qu’à une volonté d’attaquer l’être humain.

L’association rappelle également que les rencontres entre humains et ours restent inhabituelles et recommande aux personnes évoluant dans les secteurs concernés de se signaler, de s’éloigner calmement de la trajectoire de l’animal et, lorsque c’est possible, d’éviter de se déplacer avec un chien.

Un nouvel épisode dans une année déjà tendue

Cet incident intervient après plusieurs épisodes impliquant des ours et des troupeaux dans les montagnes ariégeoises. En juillet, un ours avait notamment été observé pendant près de quarante minutes à proximité d’un troupeau sur le groupement pastoral du Trapech. Selon les témoignages relayés par les éleveurs, l’animal avait chargé à deux reprises les brebis malgré la présence de bergers et de chiens de protection.

L’État a par ailleurs renforcé en 2026 les dispositifs de protection des troupeaux dans les zones où la prédation est la plus importante, avec notamment la création d’un "cercle 0" destiné aux secteurs particulièrement exposés.

L’affaire de Seix marque toutefois une étape particulière : pour la première fois dans cet épisode, c’est directement le comportement de l’ours envers un humain qui motive l’intervention spécifique des services de l’État.

Désormais, les agents de l’OFB vont tenter de retrouver le jeune ours. L’enjeu sera double d'assurer la sécurité des personnes présentes dans cette partie des Pyrénées tout en évitant qu’une rencontre avec l’animal ne dégénère.