L’Eurovision, la loose à la française

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L’Eurovision, la loose à la française
@ France 3
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Malgré ses efforts, Jessy Matador a peu de chances de gagner l’Eurovision. La preuve par cinq.

Le candidat français Jessy Matador espère bien remporter l’Eurovision le 29 mai prochain. Malheureusement pour lui, ses chances de gagner restent, comme chaque année, bien minces. Le pourquoi du comment en cinq raisons (et un peu de mauvaise foi).

Parce qu’il y a le "Big Four". Le Big Four est à l’Eurovision ce que le Conseil de sécurité est à l’ONU. Le groupe des décideurs qui provoque certaines jalousies. Il est composé de la France, du Royaume-Uni, de Allemagne et de l’Espagne, qui financent en majorité le concours. Le Big Four s’est octroyé depuis 2000 le privilège d’être qualifié automatiquement pour la grande finale. Par vengeance, les autres pays ne votent donc jamais pour eux. Résultat, aucun des Big Four n’a gagné l’Eurovision depuis 15 ans. France Télévisions a préféré l’humiliation d’arriver dernier à l’humiliation de ne pas participer. Un principe qui se discute.

Parce que Jessy Matador chante en Français. Par tradition, les candidats se devaient de chanter dans leur langue d’origine. Le règlement l’a même imposé en 1966. Mais qui aurait envie d’entonner un refrain en tchèque ou de s’enthousiasmer pour une chanson en suédois ? Peu de monde. Pragmatiques (ils sont avant tout là pour gagner), les candidats ont imposé la loi de la chanson anglo-saxonne, plus universelle. Par chauvinisme (ou par son mauvais niveau en langue étrangère, personne ne sait vraiment), la France impose à ses candidats de chanter dans la langue de Molière. Un handicap de taille.

Par ce qu’on ne sait pas où se situe Jessy Matador. Pour gagner l’Eurovision, il faut soit être un vrai bon chanteur (c’est après tout un concours de chant), soit miser sur le second degré, et y aller à fond (le public est là pour s’amuser). Le problème de Jessy Matador c’est qu’il n’est ni l’un ni l’autre. Sa chanson Allez Ola hésite entre le tube de l’été et le zouk des années 80, soutenue par une chorégraphie ressemblant étrangement au Haka des rugbymen néo-zélandais. Un beau potentiel pour remporter l’Eurovision, si son interprète ne se prenait pas si au sérieux.

Regardez les répétitions de Jessy Matador pour l'Eurovision :

Parce que personne ne connaît Jessy Matador. Le vote des téléspectateurs locaux compte pour moitié dans le résultat final. Et même si les audiences françaises sont plutôt bonnes (autour de 4 millions de téléspectateurs), personne n’a envie de payer un SMS surtaxé pour défendre un inconnu. Les pays nordiques l’ont bien compris, en organisant une grosse promo autour de leur candidat. France 3 ne s’est quant à elle pas vraiment tuée à la tâche pour faire connaître Jessy Matador. Pour sortir de l’anonymat, le candidat n’a plus comme solution que de terminer dernier, une place toujours très regardée par les téléspectateurs un peu sadiques...

Parce que la loi des statistiques reste la plus forte. Les chiffres sont ici assez terrifiants. En 54 éditions, la France a gagné cinq fois, mais s’est retrouvée seulement 20 fois dans le Top 3. Ce qui lui accorde moins de 40 % de chances d’être sur le podium, loin derrière L’Irlande ou les pays nordiques. Pire, depuis 20 ans, les statistiques françaises chutent dramatiquement. Elle ne s’est ainsi pas retrouvée une seule fois dans le Top 3, a fini la moitié du temps au-delà de la quinzième place (sur 23 candidats), et est arrivée cinq fois dans les trois derniers. Dans la tête des jurés ("One point", "Ten points", ce sont eux), le candidat français est mauvais avant même d’avoir commencé à chanter.