Zubizarreta, bonne pioche pour l’OM ?

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Zubizarreta, bonne pioche pour l’OM ?
L'ancien gardien international espagnol Andoni Zubizarreta, 55 ans, a été nommé jeudi directeur sportif de Marseille.@ AFP
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Le club phocéen a engagé jeudi Andoni Zubizarreta comme directeur sportif, une fonction qu’il occupait déjà au FC Barcelone. Mais l’Espagnol a-t-il vraiment les moyens de faire décoller l’OM ?

La révolution continue à l’OM. En dix jours, le nouveau propriétaire Frank McCourt vient de s’offrir un nouveau président, Jacques-Henri Eyraud, un entraîneur ambitieux, Rudi Garcia, et désormais, un nouveau directeur sportif, Andoni Zubizarreta. L’ex-gardien vedette de la sélection espagnole a débarqué jeudi sur la Canebière, fort d’un CV impressionnant. Malgré quelques loupés qu’il traîne encore comme des casseroles, "Zubi" a toute d’une bonne pioche pour Marseille.

  • Un grand nom du foot respecté de tous

Zubizarreta, qui a eu 55 ans le 23 octobre, peut d’abord se targuer d’une carrière exceptionnelle de l’autre côté des Pyrénées. À son compteur, 126 sélections avec la Roja entre 1985 et 1998, quatre Coupes du monde disputées, et surtout un magnifique palmarès en partie acquis dans l'escouade de rêve du Barça, alignée par le légendaire Johan Cruyff, devenu entraîneur dans les années 1990.

Champion d'Espagne à six reprises, en 1983 et 1984 avec l'Athletic Bilbao, puis de 1991 à 1994 avec le Barça, le Basque a aussi remporté la Ligue des champions quand elle s'appelait encore "Coupe des clubs champions européens", en 1992... Soit un an avant l'OM. 

Résultat : il est immensément respecté en Espagne, où il jouit encore d’une solide réputation. Un atout solide pour pouvoir attirer des joueurs dans l’escarcelle phocéenne, à la manière d’un Leonardo, il y a quelques années au PSG.

Mais les Marseillais savent mieux que quiconque que le palmarès et le passé de grand joueur n'étaient pas gage de réussite managériale. Le prédécesseur de Jacques-Henri Eyraud à la présidence du club, Vincent Labrune, avait tablé sur les références de l'Espagnol Michel, milieu de légende du Real Madrid, pour faire oublier l'icône Marcelo Bielsa. Une expérience qui avait tourné au fiasco, le club assurant péniblement son maintien, avec à la clé une séparation tout sauf amiable que la nouvelle équipe dirigeante aura pour charge de solder.

  • "Zubi" directeur sportif, côté pile…

Cependant, Andoni Zubizarreta n’est pas venu pour rechausser les crampons, ni pour s’asseoir sur le banc de l’OM, mais bien en tant que directeur sportif. Là encore, son expérience semble être un atout particulièrement intéressant. À l'Athletic Bilbao, il a occupé ce poste entre 2001 et 2004, et est resté plus de quatre ans au Barça (juillet 2010-janvier 2015).

C'est sous son égide que les Catalans ont remporté le doublé Ligue des Champions-championnat d'Espagne, avec Pep Guardiola comme entraîneur. À son tableau de chasse, un bon nombre de recrutements prestigieux et surtout payants : Javier Mascherano, Jordi Alba, Marc-André Ter Stegen, mais aussi et surtout Ivan Rakitic, Luis Suarez et Neymar. De solides références - que Jacques-Henri Eyraud s'est évertué à mettre en avant jeudi dans une présentation PowerPoint - qui ne peuvent néanmoins faire oublier quelques loupés.

  • … et côté face

Car le Basque a aussi été à l'origine de plusieurs recrutements ratés lors de l'été 2014, à l’image du latéral brésilien Douglas, ou du défenseur belge Thomas Vermaelen, qui n’ont pas vraiment laissé leur trace au Barça. Autre point noir : son limogeage, début 2015, suite à la punition infligée par la Fifa pour des infractions lors de transferts de joueurs mineurs, qui interdisait le Barca de recruter jusqu'en janvier 2016.

Malgré cette rupture peu glorieuse, le solide quinquagénaire à la barbe poivre et sel, au teint hâlé et au carnet d'adresses fourni, n'en demeure pas moins un directeur sportif d'un tout autre calibre que le Belge Gunter Jacob, son prédécesseur qui avait rejoint l'OM fin juillet et s'était surtout signalé pour avoir subi deux cambriolages en deux semaines.

  • Un communiquant hors-pair

Zubizarreta n’est d’ailleurs pas hanté par les fantômes de Barcelone, où il a su faire oublier cette fin houleuse. Notamment grâce à ses qualités de communiquant. Jeudi, lors de sa présentation en conférence de presse, le néo-olympien a choisi de s’exprimer dans un français très correct –bien meilleur qu’Unai Emery, l’entraîneur du PSG, basque lui aussi et souvent raillé pour son accent. D’entrée, son aisance et sa bonhomie ont fait forte impression. "Médiatiquement, il était très présent lorsqu’il était à Barcelone", explique Henry de Laguérie, le correspondant d’Europe 1 en Espagne. "Récemment, il a été consultant sur BeIN sports Espagne, et a beaucoup impressionné par ses commentaires".

Bon client, l’ancien gardien de la Roja n’est pour autant pas du genre à faire de grandes vagues en zone mixte. "Marseille a un grand cœur, une grande âme footballistique, comme l'Athletic Bilbao et Barcelone. Il y a une grande passion avec les supporters, c'est une grande opportunité footballistique et une grande opportunité pour moi", a-t-il notamment loué lors de sa conférence de presse.

  • Un contexte qui ne devrait pas l’effrayer

Mais ces mots ne sont pas seulement destinés à brosser les supporters dans le sens du poil. Le climat marseillais, assez unique en son genre, et la passion qui entoure le club sont autant d’éléments qui semblent lui correspondre à merveille. Zubizarreta n’est pas étranger à ce type de contexte. Bilbao et Barcelone possèdent en effet une forte identité et la passion qui entoure les socios des deux clubs y est souvent tout aussi forte, comme elle peut parfois l’être à Marseille. Quant à la pression médiatique, difficile de faire pire qu’au Barça, scruté et critiqué à longueur de journée dans les quotidiens sportifs ou à la télévision.

"Je commence aujourd’hui à apprendre à être marseillais", a déclaré l’intéressé jeudi, aux côtés du président Jacques-Henri Eyraud. "Un Basque à Marseille, on va voir si ça marche ! Je connais bien la mentalité méditerranéenne, après Barcelone et Valence (où il a évolué entre 1994 et 1998), elle n’est pas nouvelle pour moi. Il n’y a pas que la technique ou la tactique, il y a le feeling. J’espère qu’on va faire un bon boulot", a-t-il souhaité.

  • L’entente avec Garcia, condition siné qua non du succès

"On", car c’est bien là le plus important. Le nouveau directeur sportif devra travailler main dans la main avec Rudi Garcia, le coach marseillais. Cette relation s’annonce comme la pierre angulaire d’un recrutement réussi. Ce qui n’a pas toujours été le cas à l’OM, autrefois pénalisé par la rivalité frontale et les prises de bec fréquentes entre l’ancien directeur sportif José Anigo et l’entraîneur Didier Deschamps, lorsque ce dernier était sur le banc, entre 2009 et 2012.

Mais cette fois, l’un et l’autre ne devraient pas se marcher sur les pieds. "Zubi" est plutôt du genre à rester en retrait. "Entraîner une équipe peut sembler passionnant mais ça ne m'attire pas. J'ai toujours pensé que mon rôle était dans l'organisation", avait-t-il d’ailleurs souligné en 2008, sur le site de la Fifa. Ce qui intéresse l'homme de 55 ans, c'est "de faire en sorte que tout soit prêt afin que les joueurs et l'encadrement technique puissent se concentrer sur le jeu". "En Espagne, il n’y a jamais de court-circuitage entre le directeur sportif et l’entraîneur, les choses sont assez bien respectées", rappelle d’ailleurs Henry de Laguérie.

Les deux hommes se sont même rencontré en amont, afin de dessiner les contours de leur collaboration. Et les premiers échanges ont visiblement été très positifs. "On a beaucoup parlé de football avec Rudi. On a évoqué nos philosophies, nos valeurs. Je crois qu’il a une philosophie très actuelle, très attractive. Il aime jouer au football. On voit le foot d’une manière assez proche", a notamment évoqué l’ancien international ibère. "Je peux lui parler en espagnol, ça peut aider", a-t-il ajouté. "Mais je dois aussi faire l’effort pour mieux parler le français". De quoi favoriser le dialogue.

  • Le porte-monnaie, principal hic

Andoni Zubizarreta va en tout cas avoir l’occasion de se mettre rapidement en action. "On a dit que le premier gros rendez-vous c'est l'été prochain, mais on a dit que janvier serait l'occasion de saisir des opportunités, d'être à l'affût. Avec Andoni, on travaille déjà sur cette fenêtre d'opportunités", a ainsi annoncé Jacques-Henri  Eyraud. "Avoir les meilleurs joueurs pour faire la meilleure équipe, c’est ma mission. Il faut écouter, attendre et ensuite, prendre les décisions", a enchaîné Zubizarreta.

Reste que les moyens financiers à sa disposition, à hauteur de 200 millions d’euros sur quatre ans, ne seront pas les mêmes qu'au Barca, et que l'absence de compétition européenne cette saison, ainsi que les contours de l'effectif actuel, ne permettront pas à Zubizarreta de jouir des mêmes arguments qu’en Catalogne pour convaincre les recrues potentielles. À lui de trouver les bons mots. Peu importe la langue.