Vendée Globe : Alan Roura, le "MacGyver" des océans

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Vendée Globe : Alan Roura, le "MacGyver" des océans
@ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
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A 23 ans, Alan Roura (La Fabrique) est devenu le plus jeune skipper à boucler le Vendée Globe, lundi. Le Suisse est devenu le chouchou du public pour son côté débrouillard, mais également son positivisme à toute épreuve.

La barbe de 105 jours a disparu mais le sourire, lui, est toujours intact. Ce sourire, c’est celui d’Alan Roura qui, à seulement 23 ans, est devenu le plus jeune navigateur à terminer un Vendée Globe. Après très précisément 105 jours, 20 heures, 2 minutes et 32 secondes passées à braver les océans, le Suisse a franchi lundi dernier aux Sables d’Olonne, la ligne d’arrivée de l’Everest des mers en 12e position. Un joli cadeau d’anniversaire un peu en avance pour celui qui fête ses 24 ans ce dimanche.

Mais surtout, une sacrée performance avec l’un des plus vieux bateaux de la flotte, mis à l’eau en 2000, et le plus petit budget de cette édition avec un peu plus de 400.000 euros. Si aujourd’hui, le Suisse se réjouit de sa performance, à juste titre, tout n’a pas toujours été facile. Loin de là.

"J’ai vendu ma moto pour payer la place de port !" Pour lui, l’aventure a démarré bien avant le 6 novembre 2016, date à laquelle il a franchi la ligne de départ du Vendée Globe. Faire partie des 29 skippers engagés dans la course était déjà une première victoire. Moins d’un an auparavant, il récupérait le bateau qui allait l’emmener faire le tour du monde, "gratuitement, contre une grosse remise en état". "On a ramené le bateau à Lorient et là, on n’avait pas une thune, on n’avait rien", raconte-t-il. "J’ai vendu ma moto pour payer la place port !"

Seul pour préparer son bateau la semaine. C’est là que le chantier a commencé. S’il avait du renfort les week-ends, Alan était tout seul à préparer son bateau la semaine, et ce pendant plusieurs mois : "Ça a été très dur parce que les sponsors sont arrivés au compte-gouttes. (…) A la mise à l’eau du bateau fin août, on s’est quand même posé des questions". Au point de remettre la participation au Vendée Globe en cause ? "Oui", avoue-t-il dans un premier temps avant de tempérer légèrement. "À ce moment-là, c’était chaud et on a eu la chance d’avoir La Fabrique qui a débarqué en devenant le sponsor principal et qui nous a sauvé le projet. Sans ça, on y serait allé quand même, mais différemment".

"Moins fatigué à l’arrivée qu’au départ". A partir du mois de septembre, les membres de son équipe étaient beaucoup plus présents mais "il fallait rattraper le retard" : "Le dernier mois, on faisait les 3/8 ! Le changement du tableau de bord a été terminé la veille du départ, on a reçu les nouvelles voiles dix jours avant… Quand le bateau est parti, certaines choses n’avaient pas été faites car on n’avait pas eu le temps. Je n’étais pas à 100% du potentiel du bateau". Résultat, Alan Roura est "parti défoncé", selon ses propres termes. "On l’a trouvé moins fatigué à l’arrivée qu’au départ", lâche même Aurélia, sa compagne.

"Là, on se dit que c’est terminé". Pourtant, le plus dur était encore à venir pour le jeune skipper. Le 2 janvier, il est passé à deux doigts de l’abandon après avoir heurté un Ofni (Objet flottant non identifié) en plein milieu du Pacifique, entre la Nouvelle-Zélande et le Cap Horn. "Pile là où il ne fallait pas péter", précise-t-il avant de raconter : "Le bateau s’est arrêté. Je suis sorti, le safran était parti, il y avait une voie d’eau dans le bateau. Là, on se dit que c’est terminé. Du coup, j’ai couché le bateau pour essayer d’évacuer un maximum d’eau. Après, on s’assoit et on réfléchit. On prend le temps, on fume une clope et on regarde. On trouve une solution, la plus débile possible car c’est la plus dangereuse, mais c’est d’aller mettre un autre safran. Dans 40 nœuds de vent, avec des vagues de 8 mètres, on y va, on tente, ça marche et 1h30 plus tard on reprend la route".

"Je me suis dérouté sur la côte brésilienne pour capter du réseau 3G". Alan n’en était pas à sa première prouesse technique depuis le début de la course. « "ai perdu ma grosse antenne pour la communication à bord, internet, etc. J’ai dû me dérouter sur la côte brésilienne en descendant l’Atlantique pour capter du réseau 3G avec mon téléphone. J’ai téléchargé un programme que j’ai installé sur l’ordinateur pour pouvoir récupérer un réseau avec un téléphone satellite. Ça faisait déjà une semaine que je n’avais plus de météo, plus de communication, rien !", confie-t-il avec cette insouciance qui le caractérise. Il n’en fallait pas plus pour que les autres skippers de la flotte lui attribuent le surnom bien mérité de MacGyver, en référence au célèbre agent de la série télé interprété par Richard Dean Anderson.

Une drôle de rencontre dans les mers du Sud. Mais il a également vécu des événements particulièrement heureux, comme cette rencontre avec Éric Bellion, autre concurrent du Vendée Globe, en plein milieu des mers du Sud le jour de Noël. "Un grand moment", qui a malgré tout failli se terminer en collision ! Alan Roura a également pris (un peu) le temps de se détendre, en faisant des dessins. Il avoue toutefois qu’il s’agissait plus d’une "attaque psychologique" contre les concurrents qui le précédaient qu’autre chose. "J’envoyais un dessin dans mon journal de bord pour qu’ils voient que, tout en les rattrapant, j’avais le temps de dessiner", lâche-t-il dans un éclat de rire. Rire, c’est un peu la marque de fabrique d’Alan Roura.