Selfie avec Federer : "On est dans un contexte sécuritaire extrêmement délicat"

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Selfie avec Federer : "On est dans un contexte sécuritaire extrêmement délicat"
Roger Federer a réagi vigoureusement, dimanche, après qu'un ado est venu sur le court.@ Capture d'écran Eurosport
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RÉACTIONS - Europe 1 a rencontré lundi le responsable de la sécurité de Roland-Garros, au lendemain de l'affaire du selfie avec Federer.

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"Une telle chose ne doit pas survenir sur le central de Roland-Garros." Roger Federer n'a pas été tendre avec les organisateurs du tournoi parisien, dimanche. A l'issue de son succès face à Alejandro Falla, le Suisse a en effet été sollicité pour un selfie par un jeune spectateur ayant échappé aux services de sécurité.

Une entrée en matière forcément délicate pour les organisateurs du tournoi, attendus également sur ce terrain de la sécurité, deux ans après les incidents de 2013, quand un manifestant contre le mariage pour tous avait réussi à entrer sur le court lors de la finale entre Rafael Nadal et David Ferrer, et quelques mois après les attentats qui ont ensanglanté la France au mois de janvier. Jacques Le Mené, responsable de la sûreté du tournoi parisien, a accepté de revenir en exclusivité pour Europe 1 sur cet incident et sur le dispositif de sécurité porte d'Auteuil.

Si vous deviez qualifier ce qu'il s'est passé dimanche sur le central, que diriez-vous ? C'est une erreur de jugement de l'agent qui était en protection du joueur et qui a mal jugé l'intention de cet enfant qui s'est approché de Roger Federer. 

Est-ce que le contexte, première journée du tournoi, lendemain de la journée des enfants, a pu jouer dans son absence de réaction ? Effectivement, la journée des enfants est quelque chose de très festif. Les joueurs se prêtent au jeu des photographes avec le public. Ça se fait dans une bonne ambiance. L'erreur de jugement de l'agent est de ne pas avoir réussi à basculer dans le mode tournoi. Et cette erreur a énervé Roger Federer.

Est-ce que vous a été surpris de la virulence de sa réaction ? C'est un joueur qui est extrêmement sollicité, soucieux de sa sécurité. Il a déjà été importuné, ici à Roland-Garros (notamment lors de la finale 2009, ndlr) mais aussi sur d'autres tournois. On comprend aussi sa réaction, bien sûr.

Froome se paie Federer. Le vainqueur du Tour de France 2013 Christopher Froome a gentiment chambré la réaction de Federer en tweetant : "Je me demande ce que Roger Federer aurait dit au sujet de la sécurité mise en place par ASO dans l'Alpe d'Huez. Des enfants qui veulent des selfies, c'est quand vous voulez."


Est-ce que vous avez fait évoluer le dispositif de sécurité après les événements dramatiques de janvier ? Il y a une réflexion qui est menée chaque année en fin de tournoi sur les dispositifs de sécurité. On pense qu'un système de sécurité statique est voué à l'échec, donc il est amélioré chaque année. Nous changeons des choses tous les ans afin d'améliorer la sécurité du public mais aussi des joueurs. Et ne pas prendre en compte les événements de janvier, ce n'est pas possible. Effectivement, le contexte géopolitique est tel que nous avons pris des dispositions différentes, encore plus de moyens afin de sécuriser au mieux le stade, des choses qu'on ne précise pas forcément, comme nous l'avions fait il y a deux ans après les attentats de Boston (en avril 2013, ndlr). 

Il y a deux ans, un manifestant anti-mariage pour tous avait réussi à pénétrer sur le court et à approcher Rafael Nadal lors de la finale… Il y avait eu ce problème sur le court qui avait été assez vite réglé avec les équipes de sécurité puisque la personne malveillante avait été mise hors du stade très rapidement, contrairement à ce qui s'est passé hier (dimanche), où l'agent aurait dû réagir. Mais oui, il y a des dispositifs qui ont été mis en place après 2013.

Est-ce qu'il y a des personnes chargées de traquer les incivilités ou d'éventuelles banderoles déployées dans les gradins ? Ce sont des choses qui font partie du règlement intérieur. On interdit toute banderole à caractère xénophobe ou raciste. Il y a des contrôles à l'entrée et on a des équipes qui tournent dans les tribunes qui sont chargées de regarder ce qui se passe. Nous avons un appui également avec de la vidéosurveillance, des opérateurs qui surveillent les tribunes, les allées du stade mais également les abords. Nous avons également des personnes en civil, des physionomistes qui sont, pour certains, aux entrées, pour repérer les comportements suspects, mais également des personnes qui sont chargées de tourner dans les stade. Mais il y a très peu d'exclusions. Le public de Roland-Garros est assez calme et discipliné. Ce sont avant tout des gens qui aiment le tennis.

Entendu sur Europe 1
Nous avons des personnes en civil, des physionomistes qui sont aux entrées pour repérer les comportements suspects

Le règlement intérieur est très fourni en matière d'interdictions. Sont prohibés les perches à selfies, les objectifs photo de plus de 20 centimètres… Pour les perches à selfie, c'est une décision qui a été prise cette année de la part de nos homologues étrangers. Nous avons eu pas mal de remontées sur de la casse, sur le fait que ça pouvait être un objet contondant. Mais il y a beaucoup de choses interdites dans le stade. Ces objets sont détectés à l'inspection visuelle et sont mis en consigne. Et on n'a pas besoin de service plus musclé, beaucoup de choses se gèrent facilement avec la sécurité du stade.

Si vous aviez un message à adresser à Roger Federer, aux joueurs et au public pour les rassurer après l'incident de dimanche ? On est dans un contexte sécuritaire extrêmement délicat au vu de ce qu'il s'est passé en janvier, donc on est très attentif à ce qui se passe et évidemment, l'événement d'hier (dimanche) nous a contrariés. Néanmoins, on a confiance dans le dispositif de sécurité en place, qui a été éprouvé. On reste serein, et on n'a pas de message particulier à faire passer aux joueurs. Ils connaissent le dispositif et l'essentiel est qu'ils se sentent en sécurité.

Règlement intérieur. L'interdiction de pénétrer sur les courts figure à l'article 25 du règlement intérieur de Roland-Garros. Il cite l'article L 332-10 du Code du sport : "Sera puni d’une amende de 15.000 euros et d’un an d’emprisonnement quiconque, en pénétrant sur l’aire de compétition d’une enceinte sportive, aura troublé le déroulement de la compétition ou porté atteinte à la sécurité des personnes ou des biens". Si le jeune spectateur a bravé l'interdiction dimanche, il n'a pas troublé le déroulement de la compétition (le match était terminé, ndlr) ni porté atteinte à la sécurité de Federer.