Sumo : le Japon perd son maître Taiho

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Sumo : le Japon perd son maître Taiho
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SUMO - Le "yokozuna" Koki Naya, surnommé Taiho, est mort à 72 ans dans un hôpital de Tokyo.

Taiho, portrait (930x620)

© MAXPPP

Le Japon a perdu l'un de ses héros. Le sumotori Kokui Naya, plus connu sur son nom de combattant de Taiho, est mort samedi d'une crise cardiaque à l'âge de 72 ans dans un hôpital de Tokyo. Taiho, qui tenait son surnom d'un oiseau mythique chinois, était devenu une icône de ce sport dans les années 1960, remportant 32 tournois lors de sa carrière, un record. "Il incarnait à lui seul l'histoire du sumo", estime Chiyonofuji, ancien champion lui aussi, qui, lui, n'a remporté que 31 titres. "Ce petit titre en plus qu'il avait gagné, c'était hors d'atteinte pour moi. C'était la mesure de sa grandeur."

Un enfant de l'île d'Hokkaido

L'histoire de Taiho se confond avec celle du Japon. Né le 29 mai 1940 sur l'île de Sakhaline, alors sous occupation japonaise, de mère japonaise et d'un père ukrainien qui avait fui son pays après la révolution bolchevique, le jeune Kokui échappe de peu à la mort lors de sa fuite en bateau pendant la Seconde guerre mondiale, comme le raconte cet hommage dans le quotidien japonais Asahi Shimbun.

Sa mère est en effet prise d'un mal de mer et la famille doit débarquer sur le chemin d'Otaru. Quelques heures plus tard, le bateau est torpillé par l'armée soviétique. Eloigné de son père (il tentera de le retrouver, sans succès, lors d'un tournoi en Russie en 1965), Taiho grandit sur l'île d'Hokkaido et multiplie les petits boulots pour aider sa mère : il coupe du bois, répare des routes, transporte du gravier ou plante des arbres. Une constante : le recours à la force physique.

A 16 ans, il commence à pratiquer le sumo et monte rapidement dans la hiérarchie. Après cinq ans de pratique, à 21 printemps, il acquiert le titre le plus prestigieux de ce sport, celui de "yokozuna". En 1962 et 1963, il reste invaincu pendant six tournois consécutifs, l'équivalent d'un Grand Chelem sur deux ans dans le tennis, un exploit qu'il renouvelle à cheval sur les années 1966 et 67. Un combattant dira de lui : "avec Kashiwado (principal rival de Taiho), c'est comme comme affronter un mur. Avec Taiho, c'est comme si j'étais absorbé par le mur".

"Kyojin, Taiho et Tamagoyaki"

Dans les années 1960, début d'une forte période de croissance économique pour le Japon, Taiho devient une figure populaire majeure. A l'époque, comme l'explique le Daily Yomiuri, une expression résume ce que les petits Japonais aiment le plus : "Kyojin (l'équipe de baseball des Yomiuri Giants), Taiho et Tamagoyaki (l'omelette japonaise)". L'association avec l'équipe des Giants ne plaisait pas vraiment à Taiho. "Si vous mettez ensemble des joueurs prometteurs, c'est une évidence que vous allez gagner beaucoup de matches. Moi, je n'ai que mon corps avec lequel je dois me battre", avait-il déclaré.

Taiho (à dr.) est battu lors de son avant-dernier tournoi :

Et Taiho ne va pas se battre avec son corps que dans les dojos. Six ans après la fin de sa carrière, il est victime en 1977 d'une attaque cardiaque qui le laisse dans un chaise roulante. A force de volonté, Taiho, qui conserva tout au long de sa vie un rôle dans le monde du sumo, parviendra à vaincre la paralysie du côté gauche de son corps. Samedi, celui qui avait été surnommé "l'invincible" a baissé sa garde, laissant le Japon pleurer un héros mais aussi un âge d'or désormais révolu. Le sumo, marqué depuis plusieurs années par des scandales à répétition, subit en effet aujourd'hui une crise des vocations.