Talence, "la Mecque du décathlon"

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Talence, "la Mecque du décathlon"
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ATHLE - La ville accueille ce week-end l'un des plus prestigieux meetings d'épreuves combinées.

En 1992, l'Américain Dan O'Brien améliorait le record du monde du décathlon (vieux de huit ans) dans un cadre atypique : le stade Pierre-Paul Bernard (ex-parc municipal des Sports de Thouars), à Talence. L'exploit de l'Américain faisait entrer le Décastar, meeting consacré aux épreuves combinées, dans une autre dimension. Vingt ans plus tard, le meeting est toujours là (la 36e édition a lieu samedi et dimanche) et la passion pour le décathlon et l'heptathlon toujours aussi vive dans cette ville proche de Bordeaux qui compte à peine plus de 40.000 habitants. Mais pourquoi Talence ?

Guy Drut présent à la première édition

Guy Drut en 1976 (930x1240)

© MAXPPP

"Pierre Darrière, directeur technique régional, prof d'EPS et ancien décathlonien, a d'abord créé une association des épreuves combinées de Talence, notamment pour l'entraînement des jeunes", explique à Europe1.fr Jean-Paul Durand, septuagénaire motivé et président de l'association qui organise le meeting. "Puis une petite réunion s'est montée. Le Décastar, qui n'avait pas encore ce nom à l'époque, a pris son envol en 1976, avec la présence parmi les athlètes de Guy Drut (photo), ami de Pierre Darrière et qui avait promis de venir à Talence s'il était champion olympique à Montréal."Si la première édition, boostée par la présence de Guy Drut, a eu lieu en 1976, le Décastar se tient chaque année sans interruption depuis 1987. Il est organisé par une association à but non lucratif et géré le temps d'un week-end par une équipe de 350 bénévoles.

Pendant deux jours, plus de 10.000 spectateurs, pour la plupart amoureux d'athlétisme, se régalent chaque fin d'été des exploits des "Hercule" des temps modernes qui s'affrontent sur dix épreuves lors du décathlon (100 m, saut en longueur, lancer du poids, saut en hauteur, 400 m, 110 m haies, lancer du disque, saut à la perche, lancer du javelot et 1.500 m) et sur sept lors de l'heptathlon féminin (100 m haies, saut en hauteur, 200 m, lancer du poids, saut en longueur, lancer du javelot et 800 m). Le Décastar, inscrit au challenge mondial de la Fédération internationale depuis 1998, est l'un des deux ou trois plus grands meetings d'épreuves combinées.

Une piste ouverte au public

Romain Barras en 2010 (930x620)

© MAXPPP

"C’est la Mecque française du décathlon", abonde au micro d'Europe1.fr Romain Barras, champion d'Europe de la spécialité en 2010 (ici au Décastar quelques semaines plus tard, photo). "Götzis (en Autriche) reste le plus gros meeting en termes de niveau mais Talence est la grande fête du décathlon. L’ambiance y est particulière, chaque athlète peut ainsi sauter sur son morceau de musique préférée." Lors du concours du saut à la perche, la piste est même ouverte au public. "L’organisation est propice à la rencontre avec les spectateurs, il y a des dédicaces, les jeunes viennent aussi pour ça." Talence brille non seulement par son atmosphère singulière mais également par un plateau relevé, où les engagés, sauf exception, ne touchent pas de prime à la participation.

Si Barras ne sera pas là cette année (il soigne une pubalgie et espère être de retour au top pour les Mondiaux de Moscou, l'an prochain), le vainqueur de l'an dernier, le Belge Hans Van Halphen, sera présent, tout comme le champion du monde juniors français, Kévin Mayer. Chez les femmes, à l'exception de la championne olympique Jessica Ennis, toutes les meilleures seront en lice, dont la Française Antoinette Nana-Djimou. Comme le perchiste Jean Galfione l'avait fait en 1996, le triple sauteur Benjamin Compaoré sortira de son épreuve de prédilection pour se frotter aux dix épreuves.

Un décathlon, un heptathlon, mais pas seulement

Affiche du Décastar (930x1240)

© Décastar

"Ce qui fait la spécialité du Décastar, c'est également ces possibilités d'engagement plus souples, pas uniquement centrées sur l'élite, avec une forme de pédagogie et de nombreux entraîneurs des épreuves combinées présents en tribunes", précise le consultant Europe 1 Jean-Claude Perrin. Ce week-end, outre les deux épreuves majeures, il y aura également un quadrathlon pour les jeunes ainsi que plusieurs courses pour les handicapés.

Un seul mot d'ordre : la fête, celle de l'athlétisme et des épreuves combinées. "Les gens qui viennent voir le Décastar, ce sont des aficionados, des gens qui connaissent. On ne vient pas forcément voir Romain Barras, Roman Sebrle (champion olympique à Athènes, en 2004) ou Trey Hardee (double champion du monde en titre), ou un athlète en particulier, on vient voir un décathlon. C’est long. C’est vraiment une pièce de théâtre en dix actes alors que, dans les meetings, on vient voir Bolt, Isinbaeva ou Teddy Tamgho. Là, on vient d'abord pour le sport en lui-même." Et à la question de savoir s'il sera à Talence l'année prochaine, Barras n'hésite pas : "quand on est décathlonien, français et en bonne santé, on ne peut pas dire non au Décastar. C’est une évidence."