Rugby : le fiasco était-il évitable ?

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Rugby : le fiasco était-il évitable ?
L'annulation du match France - Irlande continue de faire polémique; d'autant que c'est la première fois qu'un tel fisaco se produit.@ REUTERS
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L’annulation à la dernière minute du match France-Irlande est une première qui intrigue.

Samedi soir, 20h55. L’arbitre de la rencontre France - Irlande, dans le cadre du tournoi des VI Nation, décide à la dernière minute de reporter le match de rugby car la pelouse est gelée, provoquant la bronca des quelques 80.000 spectateurs.

Depuis cette annulation inédite dans l’histoire du tournoi, les principaux responsables se renvoient la faute. Qui est responsable de ce fiasco ? Et surtout, ce fiasco aurait-il pu être évité ?

Fédération et comité des VI nations dos-à-dos

Le comité des VI nations, l’instance qui organise et dirige les rencontres, est la première montrée du doigt, notamment par la Fédération française de rugby. Le comité aurait dû anticiper le report de la rencontre, d’autant qu’il emploie un prévisionniste météo spécialement dédié à cette tâche. Sans réponse du comité des VI nations 24 heures avant la rencontre, la fédération française de rugby a donc estimé que la pelouse était en état d’accueillir un match.

"C’est à eux de décider, pas à moi, que ce soit vis-à-vis des assurances ou des tiers. C’est un tiers extérieur qui doit décider, pas moi", affirme le patron du rugby français, Pierre Camou. Et ce dernier de se justifier : "on pourrait m’accuser d’avoir trois blessés, quatre trucs et de ne pas vouloir jouer. Ce n’est donc pas à moi de décider, je participe mais je n’organise pas".

France Télévision y perd 130.000 euros

Visé, le comité des VI nations refuse de communiquer et de répondre à ces différents reproches. Mais il est désormais pris à partie par un autre acteur de cette soirée ratée, le diffuseur de la rencontre. Pour France Télévision, l’heure et le lieu de la rencontre étaient décidés depuis un an et demi.

Pressentant des difficultés climatiques, France Télévision a proposé jeudi d’avancer la rencontre à samedi après midi, ce qui a été refusé par le comité des VI nations. Résultat, le report de la rencontre représente une perte sèche de 130.000 euros, sans compter qu’il faudra de nouveau dépenser des frais pour produire et diffuser le prochain match.

"On aurait pu être un peu plus prudent"

"Je pense qu’on aurait pu être un peu plus prudent parce que le rugby qui se joue ici, ce sont des matchs qui coûtent beaucoup d’argent. Ce n’est donc pas quelque chose dont on peut dire, à la légère, ‘bon, voilà, cela n’a pas lieu’", rappelle Daniel Bilialian, directeur des sports du groupe France Télévision.

"Je n’accuse personne, ce que je regrette, c’est qu’il y a eu toute cette semaine de la part des organisateurs un optimisme qui n’était peut-être pas de bon aloi", résume Daniel Bilialian.

80.000 supporters lésés et excédés

Outre la fédération et France Télévision, l’annulation du match a surtout fait près de 80.000 malheureux. Un match au stade de France, c’est pour la plupart des semaines d’économies et un long voyage.

La nouvelle date de la rencontre doit être dévoilée lundi, ce devrait le premier week-end du mois de mars, c’est-à-dire le samedi 3 ou le dimanche 4 à 18heures. Mais seul le ticket du match est encore valable, puisqu’il n’existe pas d’assurance possible pour ce type de report.

"Ce n’est pas sérieux du tout"

"Il n’y a pas de défaillance, ni d’une compagnie ni d’un organisme, il n’y a rien, c’est un évènement naturel donc non-couvert par les assurances", confirme Régis, qui tient une agence de voyages à Marseille et proposait un pack à 700 euros.

"On sait tous qu’il fait froid depuis quelques jours en France mais là on prévoit deux minutes avant que le match est annulé", poursuit-il, avant de conclure, désabusé : "ce n’est pas sérieux du tout".

Sans parler des Irlandais, qui ont dépensé en moyenne 2000 euros et ne peuvent se faire rembourser leur billet d’avion ou leur hôtel. En Irlande, la presse parle ce matin encore d’amateurisme, de désinvolture et d’incompétence.