Maurice Herzog, l'histoire d'une ascension
Maurice Herzog, l'histoire d'une ascension | ©MAXPPP

L'alpiniste français est mort à 93 ans. Europe1.fr revient sur l'ascension de l'Annapurna.

Il reste une image : tout en haut de l'Annapurna, un drapeau français accroché au bout de son piolet. Là, sur le toit du monde, Maurice Herzog construit à jamais sa légende. Celle du premier homme à avoir franchi la fameuse barre des 8.000. A 31 ans, il devient un héros national. Retour sur une incroyable ascension qui sera magnifiée, avant d'être remise en question bien des années plus tard.

Un calvaire d'ascension

Résistant pendant la Seconde guerre mondiale, ce militaire (capitaine du 27ème bataillon de chasseurs alpins) est désigné en 1950 par la Club Alpin Français comme chef d'expédition pour l'Annapurna. Avec Louis Lachenal et sept autres compagnons de cordée, ils s'attaquent à un des monstres de l'Himalaya. Pendant de longues semaines, les neuf hommes vont vivre un enfer. Dans des conditions météorologiques très compliquées, un froid glacial et beaucoup de vent, Maurice Herzog et ses partenaires avancent dans l'inconnu. Pas de GPS ni d'ordinateur à distance pour les guider, seulement de vieilles cartes souvent erronées.

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Le 3 juin 1950, Maurice Herzog atteint enfin le sommet. Totalement impensable pour des alpinistes actuels, il agite le bleu-blanc-rouge à 8.091 mètres, sans oxygène ! L'exploit aura un écho très important dans le monde entier. Et dans la France de l'après-guerre, qui sortait de grandes souffrances, "notre exploit devait être celui de la nation, nous grimpions avec au coeur la pensée du pays et de toute la jeunesse que nous représentions", disait-il. Dix ans plus tard, tous les sommets de plus de 8.000 mètres étaient vaincus.

Plusieurs doigts gelés et amputés

Mais Maurice Herzog paiera très cher son exploit. Lors de la redescente, l'équipée affronte des conditions climatiques encore plus difficiles."Mes membres ont été gelés au sommet de l'Annapurna", racontait-il sur Europe 1, au micro de Jacques Pradel en 2007. "Lors de la redescente, on s'est protégés dans une crevasse. Mes camarades avaient retiré leurs chaussures pour se frictionner leurs doigts de pied. Mais une coulée de neige les a complètement recouvertes. J'ai ratissé avec mes doigts pour retrouver les chaussures".


"Je n’ai jamais regretté de m’être lancé dans cette aventure", expliquait Maurice Herzog en 2007, toujours au micro Europe 1 de Jacques Pradel. "J’ai perdu peut-être certaines choses, notamment sur mon propre corps, mais j’ai gagné tellement sur d’autres plans ! Je suis devenu un homme complet. Je crois m’être amélioré, je ne regrette absolument rien. Je suis heureux de cette aventure extraordinaire qui a enrichi et auréolé mon existence".

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Bien des années plus tard, Louis Lachenal, son compagnon de cordée, a sérieusement égratigné le mythe en expliquant notamment avoir "agi en guide" et poursuivi l'ascension au-delà de ses limites parce qu'il était persuadé que Maurice Herzog, décidé à atteindre le sommet, ne reviendrait pas vivant s'il partait seul. Sa fille, Félicité, tape encore plus fort l'été dernier. Dans son roman ("Un héros"), elle qualifie notamment son père de menteur et d'"hémiplégique de la pensée".

Maurice Herzog s'est éteint jeudi soir, dans sa maison de repos de Neuilly, à l'âge de 93 ans. On ne connaîtra sûrement jamais tous les détails de cette ascension. Mais malgré le doute, l'Annapurna portera à jamais le nom de Maurice Herzog.