Lutte antidopage : la prime à l'investigation ?

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Lutte antidopage : la prime à l'investigation ?
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STRATÉGIE - Le laboratoire de référence en France, celui de Châtenay-Malabry, est en perte de vitesse.

Pour la première fois de son histoire, l'Agence mondiale antidopage (AMA) a tenu ce week-end son comité exécutif à Paris. L'AMA, organisation internationale indépendante financée en partie par les Etats, est repartie de Paris avec la promesse d'une enveloppe de 20 millions de dollars, soit 16 millions d'euros, à consacrer à la recherche. Sur cette somme, la France, louée par ailleurs pour son accueil, n'a fourni "qu'une" promesse de 150.000 euros, soit à peine 1% de la somme totale. Ce chiffre traduit un changement de paradigme dans la lutte antidopage à la française : l'investigation semble désormais avoir pris le pas sur la recherche.

Priorité faite à l'investigation. En déplacement devant l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp), vendredi dernier, le ministre des Sports, Patrick Kanner, n'a pas dit autre chose : "le plus important désormais, c'est l'investigation. Parce que ce qui est grave dans le dopage, c'est moins ce qui concerne le sport de haut niveau que la facilité avec laquelle on accède à des produits, notamment sur Internet. Ça fait froid dans le dos."

La traque des trafiquants, sur la dizaine de milliers de sites Internet, mais également de manière plus traditionnelle, est au cœur de la mission antidopage de l'Oclaesp, service de la Gendarmerie nationale qui compte 70 collaborateurs, dont quatre enquêteurs et un conseiller technique entièrement occupés par l'antidopage. Parmi eux, on retrouve l'ancien journaliste de L'Equipe, Damien Ressiot, spécialiste des affaires de dopage. C'est lui qui, en 2005, avait révélé les tests positifs de Lance Armstrong sur le Tour de France 1999, des tests mis au point par le  département des analyses de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), plus connu sous le nom de laboratoire de Châtenay-Malabry.

Laboratoire de Châtenay-Malabry (1280x640)

© MAXPPP

La recherche antidopage en difficulté. Depuis quelques années maintenant, le "labo" de Châtenay-Malabry, symbole de la lutte contre le dopage dans les années 2000, est en perte de vitesse. Faute d'investissements notamment, Châtenay est aujourd'hui distancé par d'autres laboratoires, comme Lausanne, Cologne, Gand ou Barcelone, qui ont acquis de nouveaux outils de recherche et formalisé de nouveaux tests de dépistage, comme l'hormone de croissance ou l'Aicar. "Le laboratoire de Châtenay-Malabry a été l'un des grands leaders sur le plan mondial en matière d'expertise et de recherche", souligne l'ex-ministre des Sports Valérie Fourneyron, qui s'installera le 1er janvier prochain à la tête du comité médical de l'AMA. "En même temps, on sait que dans le contexte de concurrence entre les labos antidopage, il y a nécessité de maintenir constamment ce haut niveau de recherche et d'expertise. Cela dit, c'est un laboratoire qui a eu ses problèmes mais qui est toujours accrédité par l'AMA."

Patrick Kanner en visite au labo de Châtenay (960x640)

© MAXPPP

Le risque du déclassement du laboratoire de Châtenay-Malabry. Toujours accrédité par l'AMA, oui, mais cette certification, qui concerne 32 laboratoires à travers le monde, a failli être retirée au seul laboratoire français reconnu. "C'était fin 2010, mais nous avons remédié à cela en nous équipant du matériel nécessaire", a souligné le président de l'AFLD, Bruno Genevois. Le ministre des Sports, en visite au "labo" le 7 novembre dernier (photo) s'est lui aussi voulu rassurant : "on peut toujours multiplier les moyens, toutes les équipes que nous avons rencontrées à Châtenay-Malabry nous disent que c'est l'un des laboratoires les plus performants au niveau mondial, même si nous savons encore une fois que la technique de dopage progresse plus vite que la technique antidopage".

Mais certaines voix s'élèvent pour dénoncer le manque de moyens alloués au laboratoire de Châtenay-Malabry. "Aujourd'hui, ni Floyd Landis (vainqueur déchu du Tour de France 2006 après un contrôle positif à la testostérone, il avait également piraté les ordinateurs du laboratoire, ndlr), ni Lance Armstrong n'auraient de soucis à se faire", insiste un ancien collaborateur de l'AFLD, interrogé par l'AFP.

Un changement de direction en 2015. L'agence a immédiatement réagi à ces critiques et publié un communiqué dans lequel elle estime "qu'il est inexact de parler d’absence de publications, et de mise au point de nouvelles méthodes de détection".

Pourtant, certaines réserves émanent du sein même de l'AFLD. Cité par l'AFP, Jean-Pierre Goullé, membre du collège de l'agence depuis 2007, estime ainsi qu'il "faut un chimiste, un analyste à la tête d'un laboratoire de ce genre" afin de le relancer. En place depuis 2010, Françoise Lasne, qui a atteint l'âge de la retraite, doit quitter son poste au 31 décembre. La candidature la plus avancée émane de la n°2 du laboratoire antidopage d'Athènes et elle est loin de faire l'unanimité. Un temps cauchemar des tricheurs, la recherche française antidopage française se cherche actuellement un nouveau souffle.

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