Les multiples visages de Boudjellal
La saison 2012-13 sera peut-être celle de tous les succès pour le président Mourad Boudjellal. © MAXPPP

RUGBY - Le président toulonnais se livre dans une autobiographie à son image, sans concessions.

Boudjella livre (930x1240)

© Ed. de la Martinière

Ma mauvaise réputation. Le titre de l'autobiographie de Mourad Boudjellal, écrite avec le journaliste Arnaud Ramsay, dans les librairies jeudi 2 mai*, n'a évidemment pas été choisi au hasard. L'impayable président du RC toulonnais, finaliste de la prochaine Coupe d'Europe, est en effet un grand amateur de Georges Brassens. Derrière la frénésie du débit et l'attrait pour la polémique facile, Boudjellal est d'abord un passionné. De musique, de cinéma, de culture tout court. Et de rugby aussi, bien sûr. En cinq petites phrases, tour d'horizon d'une personnalité qui fascine autant qu'elle irrite.

Boudjellal avec Wilkinson (930x620)

© REUTERS

Le séducteur.

Tana Umaga, George Gregan, Victor Matfield, Andrew Mehrtens... : la liste des stars passées par le RCT depuis son arrivée aux affaires, en mai 2006, est impressionnante. Pour convaincre ses joueurs, des icônes pour la plupart, Boudjellal explique avoir payé de sa personne. Le plus bel exemple : Jonny Wilkinson (photo). "Il y a du Michael Jackson" en lui, dit d'abord Boudjellal, avant d'expliquer l'entreprise de séduction mise en place pour attirer le champion du monde 2003 sur la Rade. "Je les ai emmenés (sa fiancée et lui) à Toulon par l'autoroute et j'ai bifurqué à Hyères afin de passer encore par le bord de mer, où il pourrait habiter." Et puis, il y eut Sonny Bill Williams, ce joueur néo-zélandais venu du rugby à XIII qui avait mis ses employeurs en colère et tout le continent océanien en émoi en signant au RCT. Cela avait valu à Boudjellal l'inimitié de la presse néo-zélandaise qui avait publié une devinette au goût douteux : "quel est le point commun entre Sonny Bill Williams, Lady Di et les tours du 11-Septembre ? Réponse : les trois se sont fait enfler par un Arabe !".

Boudjellal avec un tee-shirt (930x1240)

© MAXPPP

Le pourfendeur. 

Le ton est rapidement donné. Dès le deuxième chapitre, intitulé "Ni Dieu ni maître", Boudjellal (ici avec un tee-shirt du Silence des Agneaux) met les choses au point : "la religion représente le totalitarisme des idées. Je suis arabe mais je ne suis ni musulman ni chrétien : je suis athée intégriste !" Voilà pour la précision, les provocations viennent après. Il compare d'abord le pape à Raël ("Au fond, il n'y a pas de différence entre Raël et le pape. L'un a vu les extraterrestres, l'autre a rencontré Dieu ! Au moins le fondateur du mouvement raëlien (...) peut-il dans sa secte coucher avec toutes les filles qui tournent autour de lui") puis, un peu plus loin, évoquant l'hypocrisie de la religion catholique, il s'interroge : "je serais curieux de savoir si le pape a des érections". La religion n'est évidemment pas la seule à prendre. Le "micromonde" de l'Ovalie, comme il l'appelle, taxé de passéisme, en prend aussi pour son grade.

Boudjellal et Guazzini (930x620)

© MAXPPP

L'innovateur.

Sans surprise, Boudjellal avoue une grande admiration pour Max Guazzini, l'ancien président du Stade Français, qui a bouleversé les codes du rugby en imposant la couleur rose au Stade français et en lançant les Dieux du Stade. Comme lui, Boudjellal aime innover. Avant les matches, il diffuse des messages sur écran géant (l'un, avec DSK, au lendemain de la Saint-Valentin, avait fait causer), fait chanter le "pilou-pilou" par des rappeurs ou diffuse de la musique rock. "Chez nous, on entend plus les Red Hot Chili Peppers, les Beatles ou Bruce Springsteen que le "Petit bonhomme en mousse" de Patrick Sébastien." A la tête du RCT, Boudjellal a également importé une façon de faire héritée de la BD. Le 31 décembre 1999, le fondateur des éditions Soleil avait édité un tome de "Lanfeust de Troy" en vente pour une journée seulement. Lors du titre de champion d'automne du RCT, il a fait fabriquer un tee-shirt en vente là encore pour une journée. La rareté créé la demande et la demande nourrit une offre plus importante... L'innovateur est aussi un entrepreneur.

Boudjellal avec des lunettes (930x620)

© MAXPPP

Le flambeur.

"En passant quinze jours en famille à Noël à l'île Maurice, j'ai dû dépenser davantage en deux semaines que ce qu'a gagné mon père durant toute sa vie." Maserati, Ferrari, montre Breitling en or sertie de diamants, Mourad Boudjellal ne tait pas ses signes extérieurs de richesse. Mieux, il les expose. Dans un chapitre évocateur, sans doute le plus fort du livre, intitulé "De la rue Baudin (la rue où il a grandi à Toulon) à Maxim's (le fameux restaurant parisien)", le président du RCT revient sur son rapport totalement décomplexé à la réussite et à l'argent (une rareté en France) mais aussi sur une enfance qui, si elle a rapidement été Rouge et Noir (les couleurs du RCT), n'a pas toujours été rose. Il parle des "accès de violence de son père envers sa mère" ou des repas où personne ne se parlait, une "torture". Il explique devoir ce qu'il est en partie à sa mère. "J'aurais pu virer voyou. Quand je n'avais pas envie d'aller à l'école, elle me forçait." Aujourd'hui, Mourad Boudjellal explique continuer à rendre régulièrement visite à sa mère et à sa sœur, qui habite toujours dans une HLM, à Toulon.

Boudjellal en tribunes (930x620)

© MAXPPP

Le provocateur.

"Ecoute, il n'est pas 19 heures, les magasins sont encore ouverts. Va t'acheter un cerveau et reviens !" Cette saillie, typiquement boudjellalienne, le président varois l'avait lancé à un spectateur "qui le cherchait" lors d'un déplacement à Oyonnax, en Pro D2. L'enfant de Toulon n'a jamais dévié de sa ligne de conduite ("extérioser ce que les autres intériorisent") en ayant toujours conscience qu'une bonne formule (si possible, provocante) fera toujours davantage parler qu'un discours réfléchi. Cela explique la fameuse "sodomie arbitrale" (après une défaite contre Clermont) ou encore la "karchérisation" de l'équipe de France de foot après l'Euro 2012. Ces provocations langagières, relativement classiques dans le monde du sport, il y avait déjà recours dans le monde plus policé de la BD, où il a construit sa fortune. "A Angoulême (au festival de BD), j'ai lancé un jour un pari à la con : si Soleil (sa maison d'édition) récoltait un prix, j'irais pisser sur l'emplacement de l'Association (une maison d'édition alternative). On a remporté un prix et j'ai honoré mon engagement, déversant sur leur stand la bouteille que je venais de remplir. Ils l'ont su ! Et ils n'ont pas aimé." Si le RCT venait à remporter le championnat de France ou la Coupe d'Europe (ou les deux !), toutes les folies sont donc imaginables.

*Ma mauvaise réputation, Mourad Boudjellal, avec Arnaud Ramsay, Ed. de la Martinière, 256 pages, 18 euros.