La Nascar, une passion américaine

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La Nascar, une passion américaine
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A LA DECOUVERTE DE - La Nascar et ses bolides survitaminés incarnent la démesure américaine.

Jimmie Johnson (930x620)

© REUTERS

Les origines. La Nascar, championnat automobile le plus populaire aux Etats-Unis, qui s'ouvre lundi sur le mythique ovale de Daytona, a un père au nom qui nous est familier : Bill France. C'est lui qui créa la National Association for Stock Car Auto Racing (NASCAR), en 1948, et lança les bases d'un championnat organisé. Car des courses de stock-car, sauvages, il y en avait déjà dans les années 1930 du temps de la prohibition. Pour échapper aux forces de police, les contrebandiers d'alcool trafiquaient leurs véhicules et se donnaient rendez-vous pour des courses échevelées le long des côtes. En 1972, la Nascar se réorganisa autour de la Winston Cup, du nom d’une firme de tabac... Cet esprit de liberté, de marginalité et de virilité, continue de flotter sur la Nascar, dont la grande majorité des épreuves ont lieu dans la partie sud des Etats-Unis.

La voiture. Loin de la haute technologie qui prévaut en F1, les voitures de Nascar sont plus "brutales", avec un poids de 1.500 kilos pour 800 chevaux. Les bolides actuels n'ont plus grand-chose à voir avec les voitures de série des débuts. Les châssis sont construits spécifiquement pour la course et les voitures sont dotées de renforts afin de résister aux contacts qui font le sel de la course. Quatre grands constructeurs participent au championnat. Les firmes américains Chevrolet, Ford et Dodge ont été rejointes en 2007 par le Japonais Toyota, signe d'une volonté d'ouverture du marché à l'international.

Course de Nascar (930x620)

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Les courses. Quarante-trois voitures effectuant 500 tours de moins d'un kilomètre. Voilà résumé en une phrase la nature d'une course-type de Nascar. Préparez donc vos boules quiès. Trente-quatre des 36 épreuves de la saison ont lieu sur un ovale, avec plusieurs centaines de tours à effectuer (entre 300 et 600 en fonction de la longueur de la piste). L'autre spécificité qui surprend de l'autre côté de l'Atlantique, c'est la multiplication des drapeaux jaunes, qui stoppent la course et rappellent d'autres sports hachés, comme le football américain. En Nascar, un accident ou simplement une flaque d'huile peuvent venir ainsi bouleverser le classement dans les derniers tours. Bref, à l'instar du base-ball, la Nascar fait le pont entre deux notions phares du sport américain : le suspense et la longueur. Car une course dure en moyenne entre 3 et 3h30 (contre 1h30 environ pour une course de F1).

Le championnat. La Nascar comprend trois divisions : la Sprint Cup (niveau 1), la Nationwide Series (niveau 2) et le Camping World Truck Series (niveau 3). La Sprint Cup est évidemment le championnat le plus médiatisé, avec ses 36 courses étalées entre le 27 février et le 18 novembre. Autre spécificité américaine, le championnat se divise en deux parties : la saison régulière et "the chase". A l'issue des 26 premières épreuves de la saison, les douze meilleurs pilotes qualifiés pour "la chasse" se disputent le titre sur les dix dernières courses. Une façon de relancer l'intérêt sportif en nivelant les écarts construits en cours de saison. Outre les trois grandes catégories, il existe plusieurs séries locales où les pilotes ont l'habitude de se rôder.

La légende. La F1 a Ayrton Senna, la Nascar a Dale Earnhardt, premier pilote à avoir fait son entrée au Hall of Fame de la discipline. Septuple vainqueur de la Winston Cup, l'ancêtre de la Sprint Cup actuel, Dale Earnhardt s'est tué en 2001 à l'âge de 50 ans dans le dernier tour des Daytona 500. L'angle du contact avec le mur lui a été fatal. Son accident, comme celui d'Ayrton Senna, a eu valeur d'électrochoc pour la sécurité. Les pilotes sont dorénavant dotés du système HANS, protégeant leur cou. Si Bruno, le neveu d'Ayrton, assure la présence du nom Senna en F1, c'est le propre fils de Dale Earnhardt, Dale Earnhardt Jr, qui perpétue sa légende en Nascar, lui a qui avait fini deuxième de la course qui avait coûté la vie à son père.

L'histoire. Le livre d'or de la Nascar regorge de duels pour le moins houleux. L'un des exemples les plus fameux reste la passe d'armes que se sont livrés Darrell Waltrip et Rusty Wallace en 1989 sur la "Winston", course de prestige réunissant les meilleurs pilotes du moment. Dans le dernier tour, Wallace envoya Waltrip dans le décor et empocha les 200.000 dollars de récompense. Mais cette arrivée est restée légendaire pour ce qui s'est passé ensuite, les mécanos des deux pilotes en venant aux mains au pied du podium. Ces inimitiés et ces comportements à la limite entretiennent l'image de "good" ou "bad" guys dans le paddock et servent la théâtralisation de la discipline.

La All-Star Race 1989 se termine par un pugilat :

Danica Patrick, une fille en Nascar (930x620)

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Les figures. Jusqu'à très récemment, la Nascar a été un divertissement fait pour des Américains et par des Américains. L'arrivée du constructeur japonais Toyota et du pilote colombien Juan Pablo Montoya en 2007 ont élargi le public et l'audience du Nascar, y compris en Europe. Très populaire en F1, Montoya est devenu le premier pilote non nord-américain (américain ou canadien) à remporter une épreuve de Nascar, l'une des deux disputées en circuit. A 36 ans, l'ancien pilote McLaren va entamer cette année sa sixième saison en Sprint Cup. Autre figure des paddocks, Danica Patrick (photo) sera cette année l'une des rares femmes en venir en découdre avec les hommes en Nationwide series, mais aussi en Sprint Cup. Un défi à la mesure de la seule femme à avoir remporté une course dans une série majeure, en Indycar.

Le film d'action. Alors méconnu du grand public outre-Atlantique, la Nascar bénéficie en 1990 d'un immense coup de projecteur avec la sortie au cinéma du film à grand budget Jours de tonnerre, réalisé par Tony Scott et interprété par le coupe vedette Tom Cruise et Nicole Kidman. L'intrigue, qui rappelle les épisodes des BD de Michel Vaillant, est cousue de fil blanc mais les scènes de course, filmées à ras du sol, sont hyper-spectaculaires et contribuent à la popularisation du sport en dehors des frontières des Etats-Unis.

Jours de Tonnerre est sorti en octobre 1990 :

Le film d'animation. Seize ans après la sortie de Jours de tonnerre, la Nascar va plaire aux plus petits. Flash McQueen, le héros du film d'animation du studio Pixar, Cars, est en effet un champion abandonné de la discipline qui va retrouver la gloire lors de la Piston Cup, allusion directe à la Sprint Cup. Le film, succès public et critique, associe deux mythologies américaines, la Nascar, donc, mais aussi la Route 66, sur laquelle Flash McQueen va retrouver ses valeurs.

Cars offre la vedette à une voiture de Nascar :

Le merchandising. A la différence de la F1, il n'y a pas de n°1 en Nascar. Le champion en titre conserve son numéro. Cela aide à reconnaître les pilotes d'une saison sur l'autre (43 participants, ce n'est pas évident) et ça facilite également le marketing. Casquettes, tee-shirts, drapeaux, tout se vend aux alentours des circuits. Plus que tout autre sport américain, la Nascar est le règne de l'affichage commercial. Au sein d'une même écurie, chaque pilote peut bénéficier de son propre sponsor carrosserie, pour la plupart des géants américains de l'alimentation ou du commerce (Burger King, Diet Mountain Dew, The Home Depot, Caterpillar, Best buy,...), ce qui tend parfois à faire ressembler une course à la caravane du Tour de France. Cet empire commercial se marie avec une ambiance très conservatrice. Aux côtés des stands de merchandising, chaque spectateur peut inscrire une prière pour l'un de ses pilotes, avant d'aller s'installer dans un ovale de 100.000 places un hot-dog à la main. Start your engines ! ("Allumez vos moteurs !", phrase traditionnelle prononcée avant le tour de lancement).