La boxe est-elle un sport de vieux ?

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La boxe est-elle un sport de vieux ?
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QUADRA - Jean-Marc Mormeck va tenter, vendredi, de remporter un deuxième combat depuis son retour. A 42 ans.

Il y a trois semaines, l'Ukrainien Wladimir Klitschko a conservé sa couronne de champion du monde IBF des poids lourds à 38 ans et demi. Vendredi soir, Jean-Marc Mormeck tentera, à 42 ans, de faire un pas de plus vers un nouveau championnat du monde contre le Polonais Mateusz Masternak (de 15 ans son cadet).

Avant eux, George Foreman, Evander Holyfield ou encore Bernard Hopkins ont tutoyé les sommets au-delà des 40 ans. Et, la semaine dernière, en Russie, lors d'un combat qui tenait plus il est vrai du tragi-comique que du sportif, l'acteur Mickey Rourke est remonté sur le ring à l'âge de... 62 ans ! Alors, la boxe, un sport plus enclin à faire briller les anciens ?

Jean-Marc Mormeck (640x960)

© REUTERS

Plus vieux car plus tard. "Il n'y a pas tellement de boxeurs qui sont compétitifs au-delà de 40 ans", nuance le journaliste Jean-Philippe Lustyk, qui commentera le combat de Mormeck, vendredi soir, sur L'Equipe 21. "Dans une catégorie comme les lourds ou les lourds-légers, les boxeurs arrivent à maturité plus tardivement et sont encore très compétitifs au-delà de 35, 38 ans, 40 ans. Tout dépend de ce qui s'est passé dans les années précédentes, au cours de leur carrière, s'ils ont eu une longue carrière, usante, s'ils ont pris beaucoup de coups, subi des knockdowns, des K.-O., s'ils boxaient très souvent, voire trop souvent. Il y a des boxeurs vieux et abîmés, et il y a des boxeurs vieux sur leurs papiers d'identité mais qui sont moins usés et encore "jeunes". C'est le cas de Jean-Marc Mormeck."

Un sport à mi-temps. L'ancien champion du monde des lourds-légers (de 2002 à 2007), battu chez les lourds par Wladimir Klitschko en mars 2012 (photo ci-dessous), s'amuse qu'on lui rappelle si souvent son âge. "Maintenant, je ne risque plus jamais de l'oublier mon âge. Même quand j'aurai 52 ans, je dirai que j'ai 42 ans à force qu'on me le rappelle", sourit-il. "Vous savez, j'ai fait tout ce que j'ai voulu plus ou moins dans ma carrière. Aujourd'hui, un combat de plus ou un combat de moins, si ça s'arrête comme ça, c'est que ça doit s'arrêter comme ça."

Mormeck face à Klitschko (1280x640)

© REUTERS


Quand "JMM" dit qu'il a toujours fait ce qu'il veut au cours de sa carrière, ce n'est pas une formule toute faite. "La boxe ne ressemble à aucun autre sport puisque le calendrier, le boxeur peut lui-même l'établir quand il a un degré de notoriété et un palmarès fourni", souligne Jean-Philippe Lustyk. De retour en juin dernier après une première retraite de deux ans et demi, Mormeck s'est laissé une marge d'un peu plus de cinq mois entre ses deux premiers combats post-come-back. "En boxe, l'effort physique est important mais comme il ne boxe pas pendant plusieurs mois, il ne prend pas de coups. Il fait du travail foncier, travaille l'endurance, travaille l'explosivité et ensuite, il y a des mises de gants qui sont bien cadrées avec des nombres limitées de sparring-partner", explique le journaliste. "Mettre les gants, ça fatigue et ça use, et Jean-Marc a toujours eu l'intelligence de ne mettre les gants à l'entraînement avec parcimonie. C'est un facteur important qui explique sa longévité." La nature de la boxe, avec ses principes de négociations et de bourses, permet aux champions de se ménager des combats plus ou moins difficiles en fonction de leurs objectifs.

Peu de sports offrent ce calendrier "à la carte" (malgré tout, les Fédérations exigent de leurs champions de remettre leur couronne en jeu dans un laps de temps donné, ndlr), qui permet au corps de se reposer.  Mais, pour durer, il ne suffit pas de savoir gérer ces entre-deux combats. Comme dans les autres sports, "il y a trois éléments importants", insiste Jean-Philippe Lustyk. "Il y a l'envie, un élément indéniable dans des sports aussi durs que la boxe, en termes d'exigence et de dépassement de soi, l'hygiène de vie, je suis prêt à parier qu'à 50 ans, et j'exagère à peine, Jean-Marc aura encore des 'tablettes de chocolat'. Enfin, il y a l'approche de la compétition, se mettre toujours dans des conditions idéales, et c'est ce qui se passe pour Mormeck à 42 ans." 

Une faible concurrence. Fin observateur du monde de la boxe, Charles Villeneuve, l'une des grandes voix d'Europe 1, estime que cette présence des "quadras" au premier plan n'est pas seulement structurelle mais aussi conjoncturelle. "Il y a de moins en moins de grands champions en Europe de l'Ouest. La plupart des champions viennent aujourd'hui d'Asie, d’Amérique du Sud, d'Europe de l'Est, parce que c'est un sport extrêmement dur, qui a toujours permis à des gens venant de milieux extrêmement pauvres de progresser sur l'échelle sociale. En Occident, les places sont plus faciles à conquérir. Si les boxeurs plus âgés avaient des "foudres de guerre" sur leur chemin, je ne pense pas qu'ils continueraient. D'abord parce que, quand on prend une volée de coups de poing de manière régulière, ça vous laisse dans un état assez déplorable. Là, les combats sont tellement sporadiques, que vous pouvez tenir la cadence."

Horner avec du champagne (930x620)

Des risques accrus. On y vient. Est-il en effet raisonnable de continuer la boxe au-delà de 40 ans ? "Les boxeurs prennent des risques parce qu'ils n'ont pas de casque", insiste d'emblée le médecin du sport Jean-Pierre de Mondenard. "Il faut bien se rendre compte d'une chose : la boxe consiste à mettre K.-O. son adversaire, donc, en français, ça veut dire lui infliger un traumatisme crânien. Un cerveau n'est pas prêt à prendre des coups à répétition. Et, évidemment, à 40 ans, vous augmentez les risques d'abîmer votre cerveau." En boxe, l'expérience peut-elle être un atout pour vaincre mais aussi pour protéger son corps ? "Elle peut être un atout mais pas jusqu'à 40 ans", estime Jean-Pierre de Mondenard. Et Christopher Horner, qui a gagné le Tour d'Espagne à près de 42 ans (photo) ?

"La différence est qu'un cycliste s'entraîne toute l'année. Un boxeur ne se prépare que quelques mois en amont d'un combat, donc son corps est moins sollicité mais aussi moins préparé. Vous le voyez chez les lourds, avec des boxeurs qui ont de la graisse. On parle souvent de l'année de trop en cyclisme. A vélo, vous allez être largués mais avec les gants, vous allez prendre des coups, donc c'est différent. Et les coups sont plus douloureux à 40 ans qu'à 25. Le souci, c'est que personne ne leur dit d'arrêter..." En cas de défaite, Mormeck a indiqué qu'il arrêterait. Mais, en cas de victoire, il pourrait partir à la conquête d'une ceinture mondiale. A près de 43 ans.