L'Autriche, la "République du ski"

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L'Autriche, la "République du ski"
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SKI - L'Autriche accueille jusqu'au 17 février les Mondiaux de ski alpin. Une religion là-bas.

Ted Ligety à Schladming (930x620)

© REUTERS

Mercredi matin, pour la première épreuve masculine de la 42e édition des championnats du monde de ski, les neuvièmes organisés en Autriche, ils étaient plusieurs dizaines de milliers réunis en bas de la piste du Planai, à Schladming, pour assister à la victoire de l'Américain Ted Ligety (photo) dans le Super-G devant le Français Gauthier de Teissières, deuxième. Il faisait froid, certains n'ont aperçu qu'une spatule et pourtant, ils n'auraient raté ça pour rien au monde. "C'est vrai que le ski, c'est un peu particulier à suivre pour un spectateur", concède Anthony Thomas-Commin, envoyé spécial de L'Equipe pour la compétition. "Sur les épreuves de vitesse, comme le Super-G ou la descente, les gens regardent une grande partie de la course sur un écran géant."

Pourquoi, dès lors, faire le déplacement plutôt que de regarder la compétition tranquillement au coin du feu ? "Ce n'est clairement pas le sport où tu vois le mieux en tant que spectateur. Mais les gens se déplacent pour deux raisons : d'abord, pour pouvoir dire "j'y étais" et ensuite pour participer à une fête collective, dans un cadre sympa, au milieu des montagnes, loin des grands stades plantés au milieu de nulle part. C'est toujours grisant de se retrouver avec 30.000 personnes qui crient ou qui hurlent quand un ou une Autrichienne est en tête."

"Comparable à l'ambiance du Tour"

Cérémonie d'ouverture des Mondiaux de ski (930x620)

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Car les Autrichiens fondus de ski sont davantage supporters que spectateurs. "Ils vont supporter leur équipe nationale comme les gens vont au Stade de France supporter l'équipe de France de foot", souligne le président de la Fédération française de ski (FFS), Michel Vion, qui connaît bien Schladming pour y être devenu champion du monde du combiné en 1982. "Ce sont des gens, peut-être amoureux de sport, mais qui viennent avant tout pour participer à un événement. C'est comparable au Tour de France. On est en haut d'un col, on ne voit rien ou pas grand-chose mais on y va quand même. C'est la même chose avec le ski de fond en Norvège. On sort en famille, avec le pique-nique. On vient même parfois camper la veille. C'est une culture et une tradition. On voit ça aussi en France mais le nombre n'est pas le même."

Ajoutons qu'en Autriche, la place dans l'aire d'arrivée est payante alors qu'en France, le ski demeure gratuit, comme le cyclisme sur route. Comment expliquer, dès lors, une telle différence d'engouement ? "Je répondrai par une autre question : "comment expliquer l'engouement des spectateurs pour le foot en France ?"", s'amuse Julien Lizeroux, double médaillé d'argent aux Mondiaux de Val-d'Isère en 2009. "Le ski est le sport n°1 en Autriche. Les supporters sont très chauvins mais ils connaissent tous les skieurs. Ce sont de vrais passionnés."

Un loisir et un sport régional en France

Dans l'Hexagone, le ski arrive loin derrière les sports collectifs. "En France, le ski est d'abord considéré comme une activité loisir", souligne Anthony Thomas-Commin. "Le grand public ne suit pas les compétitions de ski au fil des semaines. Et les spectateurs ne sont pas des gens qui vont se déplacer des quatre coins de la France. Le ski est d'abord un sport régional, un peu comme le rugby, historiquement implanté dans le sud-ouest. Le ski intéresse lui un public qui vient essentiellement des Alpes. Si tu es breton ou nordiste, il n'y a pas beaucoup d'athlètes auxquels tu peux t''identifier et des compétitions que tu peux aller voir facilement alors qu'en Autriche, il y a des courses dans tout le pays, de l'Ouest, à Sölden, jusqu'au nord de Vienne." A tel point que l'Autriche est souvent surnommée la "République du ski".

Supporters à Schladming (930x620)

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Supporters plus que spectateurs, les Autrichiens sont aussi des acteurs de la course. "C'est particulier, on voit le public, on entend la clameur, comme un joueur de foot sur un terrain", explique Michel Vion. "Pour ce qui est de Schladming, je connais bien la piste et depuis le départ du slalom, on ne voit pas l'arrivée parce qu'il y a une espèce de grosse bosse en milieu de parcours. S'il y a un bon point intermédiaire ou une sortie de piste, on le perçoit grâce à la clameur de la foule. C'est impressionnant."

Cette ambiance transcende les skieurs, comme le confirme Julien Lizeroux  : "pour nous, c'est enivrant d'entendre la clameur et de voir tous ces milliers de spectateurs." Pour pimenter le tout, deux épreuves de ces Mondiaux seront disputées à la tombée de la nuit : le slalom du super-combiné hommes, lundi prochain, et l'épreuve par équipes le lendemain. Mais le grand rendez-vous pour la station de Schladming, 4.500 habitants à l'année, est prévu pour le dernier jour de compétition, le dimanche 17 février, avec le slalom hommes. Ils seront alors dix fois plus nombreux à avoir payé leur place pour pousser Marcel Hirscher, Mario Matt ou encore Manfred Pranger vers la médaille d'or.