6,16 m : pourquoi Lavillenie va-t-il si haut ?

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6,16 m : pourquoi Lavillenie va-t-il si haut ?
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DÉCRYPTAGE - Jean-Claude Perrin revient sur le record du monde de Renaud Lavillenie à 6,16 m.

Samedi, à Donetsk, Renaud Lavillenie a marqué l'histoire de l'athlétisme en effaçant des tablettes le fameux record à 6,15 m de Sergueï Bubka. Jean-Claude Perrin, qui fut notamment l'entraîneur de Pierre Quinon, champion olympique en 1984 à Los Angeles, décrypte pour Europe1.fr la performance du sauteur clermontois. Une performance exceptionnelle, mais pas si étonnante, qui s'explique par différents facteurs.

Lavillenie explose de joie (930x620)

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Les facteurs morphologiques : Alors que le "Tsar" Bubka impressionnait du haut de son mètre 83, Lavillenie a dû composer avec son mètre 77. Six centimètres de moins que le sauteur français a su transcender pour aller un centimètre plus haut. "Il n'a pas un grand gabarit, pas un grand poids de corps", souligne Jean-Claude Perrin. "Mais il a su compenser avec des facteurs athlétiques : la vitesse, la détente, l'impulsion, le décollage. Il a une approche très rapide et très rythmée dans les derniers mètres." Mais, pour le consultant Europe 1, la réussite de Lavillenie réside avant tout sur son approche spécifique du saut. "Ce qui fait la différence, et qu'il est très difficile de mesurer, c'est la technique et l'empreinte humaine que l'athlète parvient à imprimer à son geste. L'énorme avantage de Lavillenie, c'est qu'il a un geste et une technique qui lui sont propres. Lors du franchissement, il réalise un mouvement que les gymnastes de cirque ont du mal à reproduire."

Renaud Lavillenie franchit 6,16 m :

Les facteurs psychologiques : Malgré les échecs et les déceptions - sa non-sélection pour les JO de Pékin, ses échecs répétés lors des Mondiaux en plein air, la non-homologation de son saut à 6,07 m en mars 2013 -, Lavillenie a toujours su rebondir, avec une volonté décuplée. "La grande force de Lavillenie, c'est son équilibre nerveux", estime Jean-Claude Perrin. "Il est animé d'une détermination très forte." Cette détermination lui donne l'influx pour s'attaquer à des barres impossibles avec de nouvelles perches. Dans la foulée de son record du monde, samedi, Lavillenie a d'ailleurs eu le courage (ou la folie) de tenter une barre à 6,21 m, se blessant légèrement au pied gauche... Casse-cou invétéré, le champion français est également un amateur de sensations fortes à moto... ( >> A LIRE : Lavillenie, de la perche à la moto)

Bubka avec Lavillenie (930x620)

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Les facteurs techniques : Pour expliquer la nouvelle réussite de Lavillenie, on a beaucoup parlé de son changement de perches, et notamment de leur taille. Il est ainsi passé d'un levier de 5,05 m à un de 5,15 m. Ce qui fait toute la différence ? "C'est une explication importante, mais elle n'est pas la seule", estime Jean-Claude Perrin. "Il ne suffit pas de prendre du levier, il faut l'adapter à son saut. Pour passer de 6,05 m à 6,15 m, c'est un autre saut, un autre mouvement. Et cet hiver, il a franchi une étape dans ce domaine, dans l'adaptation au saut à 6,15 m." La perche s'est améliorée, la qualité des pointes également, mais cela ne fait évidement pas tout. Le deuxième meilleur performeur de l'hiver, le Britannique Lake Cutts, qui ne dispose pas a priori d'un matériel moins performant, a franchi 5,83 m. Soit 33 centimètres de moins que Lavillenie.

Les autres facteurs : Cette étape du saut à 6,15 m (et plus si affinités, donc), Lavillenie l'a franchie avec un nouvel entraîneur, Philippe d'Encausse, qui a pris la succession de Damien Inocencio en fin d'année 2012, année où Lavillenie fut pourtant sacré champion olympique.  C'est dire la motivation de l'athlète, jamais rassasié et connu également pour avoir installé un sautoir dans son jardin. Signe du destin, peut-être, mais D'Encausse, lui-même ancien sauteur, était du concours de Donetsk en 1993, quand Bubka avait franchi 6,15 m...

Les performances de Lavillenie aujourd'hui sont d'autant plus remarquables que, comme Bubka à son époque, il n'a pas de rival à sa hauteur. L'Allemand Raphaël Holzdeppe, qui lui a ravi le titre de champion du monde l'an dernier, possède un meilleur saut à 5,91 m, soit 25 centimètres de moins que le Français. Et, a priori, Lavillenie devrait continuer à progresser. "Il est sur une courbe linéaire et il n'a pas de raison de s'arrêter là", insiste le consultant d'Europe 1. "Je maintiens qu'il peut franchir 6,20 m voire 6,25 m."

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