Ligue des champions : le Chakhtior, si loin de Donetsk

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Ligue des champions : le Chakhtior, si loin de Donetsk
Les joueurs du Chakhtior Donetsk sont désormais habitués à évoluer loin de leurs bases.@ Sergeï LUPINSKY/AFP
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DÉLOCALISATION - Le Chakhtior Donetsk reçoit le PSG, mercredi soir, fort loin de son stade habituel, touché en partie par la guerre.

REPORTAGE

1.232 kilomètres. Voilà la distance qui sépare Donetsk, où le Chakhtior réside en temps normal, de Lviv, où le club ukrainien va recevoir le PSG, mercredi soir, lors de la 2e journée de la phase de groupes de la Ligue des champions. Le stade habituel du Chakhtior, la moderne Donbass Arena, construite pour l'Euro 2012, est inutilisable depuis le début d'année 2014 en raison conflit ukrainien. Il a même été endommagé par des tirs d'artillerie, au cœur de la bataille entre armée ukrainienne et séparatistes pro-russes. Le Chakhtior, qui pouvait compter sur 27.000 abonnés lors de sa dernière saison à la Donbass Arena, en 2013-14, évolue désormais devant des assemblées beaucoup plus réduites à Lviv. Quelques centaines de supporters du Chakthior feront le déplacement pour le match face au PSG mais les Orange et Noir ne soulèvent pas un grand enthousiasme dans cette partie du pays, plus proche du pouvoir ukrainien.

"Très difficile de s'organiser." "C'est très difficile (de ne pas jouer à Donetsk)", reconnaît le coach roumain du Chakthior, Mircea Lucescu. "Peut-être que les joueurs ne le sentent pas, parce qu'ils prennent l'avion pour venir s'entraîner, jouer les matches et qu'ensuite, ils rentrent chez eux. Mais pour nous, les responsables, c'est très difficile de s'organiser. On n'a pas trois ou quatre terrains d'entraînement, ni des moyens de récupération de haut niveau. On a réagi très vite pour continuer à être compétitif en championnat et en Ligue des champions. Mais il n'est pas facile de jouer tous ses matches à l'extérieur et sans ses supporters. Heureusement, on a en Ligue des champions le soutien des supporteurs de Lviv."

Vraiment ? Dans les rues de Lviv, les stands d'écharpes aux couleurs du club côtoient les tentes des milices qui recrutent et collectent des dons pour les combattants ukrainiens. Et le soutien au Chakhtior ne semble pas si évident... "Le Chakhtior Donetsk, pour nous, c'est l'équipe des terroristes, des séparatistes, une équipe qui représente une région qui nous a apporté beaucoup de mal", s'emporte ainsi Yaroslav au micro d'Europe 1. "La plupart des citoyens de Lviv supportent les équipes qui jouent contre le Chakhtior Donetsk." Ce désamour provient essentiellement de la personnalité controversée du propriétaire du Chakhtior, le milliardaire Rinat Akhmetov, coupable aux yeux des Ukrainiens d'avoir fait affaire avec les séparatistes.

La Donbass Arena (960x640)

La Donbass Arena, l'antre du Chakhtior Donetsk, en septembre 2014. (Philippe DESMAZES/AFP)


Une chose est acquise : depuis 2014, le club paie sportivement cet isolement géographique. La saison dernière, qu'ils ont intégralement joué hors de leurs bases, les joueurs du Chakhtior ont perdu le titre de champion d'Ukraine, sur lequel ils faisaient main basse depuis 2010. Et le club, qui mise toujours autant sur les joueurs brésiliens - ils sont encore dix dans l’effectif malgré les départs des stars Douglas Costa (Bayern Munich) et Luiz Adriano (AC Milan) - aura du mal encore cette saison à retrouver les derniers tours des coupes européennes, lui qui a remporté la Coupe de l'UEFA, ancêtre de la Ligue Europa, en 2009. La saison dernière, le Chakhtior a certes passé le cap des poules de la C1 mais a ensuite été humilié par le Bayern Munich en huitièmes de finale (0-0, 7-0).

"J'espère qu'on reviendra bientôt là-bas." Le coach du Chakhtior compte sur un rapide retour à la normale. "J'espère qu'on reviendra bientôt là-bas", a-t-il espéré, mardi, en conférence de presse, en faisant référence à la Donbass Arena. "On a des gens qui s'occupent de maintenir le stade en bon état. On pourrait jouer demain dans notre stade." En attendant, le PSG va évoluer mercredi dans une atmosphère bien singulière. Et dans un pays déchiré...