Ligue 1 : les entraîneurs étrangers, gages de succès ?

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Ligue 1 : les entraîneurs étrangers, gages de succès ?
Emery, Favre, Conceiçao et Jardim obtiennent tous de bons résultats avec leur club. Au tour de Rui Almeida ?@ AFP
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Lundi, le Portugais Rui Almeida a remplacé le local Fabrice Ciccolini sur le banc de Bastia. Une stratégie de plus en plus suivie par les clubs français.

Longtemps, la France a fait de la résistance. En fin de saison passée, après le licenciement de l’Espagnol Michel à l’OM, la Ligue 1 ne comptait plus qu’un seul coach étranger, en la personne de Leonardo Jardim, à Monaco. Depuis le recrutement lundi du Portugais Rui Almeida à Bastia, ils sont désormais cinq (voire six avec le Franco-uruguayen Pablo Correa à Nancy) à garnir les bancs de notre championnat. Et ce n’est pas un hasard.

Un podium à l’accent étranger. Il n’y a qu’à voir le podium pour s’en rendre compte : avec Leonardo Jardim donc, mais aussi l’Espagnol Unai Emery (PSG) et le Suisse Lucien Favre (OGC Nice), les entraîneurs étrangers règnent en maître sur la Ligue 1. Avant le sacre parisien de Carlo Ancelotti en 2012-2013, il faut pourtant remonter à 1994 pour voir un entraîneur étranger devenir champion de France. Là encore, il s’agissait du PSG, dirigé par Arthur Jorge, un Portugais… Tiens donc.

Après les gros clubs, les petits. Englués à la 19ème place du classement, les Bastiais ne connaîtront évidemment pas cette joie. Mais le club corse peut d’ores et déjà s’appuyer sur l’exemple nantais, jusque-là teinté de réussite. Depuis son arrivée chez les Canaris, un autre Lusitanien, Sergio Conceiçao, fait des petits miracles. Lorsqu’il prend les rênes de l’équipe en décembre dernier, le FC Nantes est lui aussi avant-dernier. Dix matches plus tard et une dernière victoire contre Dijon vendredi (3-1), le club a engrangé 20 points en championnat, soit plus que Nice (16 points sur la même période), Lyon (18), Marseille (18) ou Saint-Étienne (14). Seuls Monaco et Paris, avec 23 points pris lors des dix dernières rencontres, font mieux.

Une autre idée du football. Pourquoi les entraîneurs étrangers réussissent-ils mieux que leurs homologues français ? Il n’est pas ici question de généraliser – et l’échec passé de plusieurs d'entre eux en France vient nuancer ce constat – mais la venue d’un coach rompu aux autres championnats permet souvent de produire un électrochoc : les méthodes ne sont pas les mêmes, la culture tactique non plus. En 1998, n’avait-on pas vanté les mérites d’une sélection championne du monde dont les joueurs s’étaient aguerris à l’étranger, développant ainsi une nouvelle approche du football ? L’été prochain, Marcelo "El Loco" Bielsa développera la sienne, si particulière, du côté de Lille.

Un développement à l’international. Au-delà du seul plan sportif, avoir un coach étranger peut également permettre de développer l’attractivité de sa marque hors des frontières hexagonales. Beaucoup de dirigeants ou d’investisseurs, lesquels sont de plus en plus souvent eux-mêmes étrangers, ne regardent plus le passeport de l’entraîneur mais plutôt son palmarès et son talent. Le Paris Saint-Germain a ainsi décidé de se séparer de Laurent Blanc l’été dernier afin de franchir un cap en Ligue des champions, en recrutant le Basque Unai Emery, triple champion d’Europe avec le Séville FC. Et la stratégie a déjà fait ses preuves par le passé : l’OM, seul club français à avoir gagné la Coupe aux grandes oreilles en 1993, avait alors à sa tête le Belge Raymond Goethals.

L’Italie, le contre-exemple. Dans les autres championnats, les exemples sont également nombreux. Sur les vingt clubs de Premier League, douze sont entraînés par des étrangers (depuis le départ de l’Italien Claudio Ranieri de Leicester, la semaine dernière). En Espagne, ils sont sept techniciens étrangers, tout comme en Allemagne. L’Italie fait quant à elle figure d’exception. Seuls le Portugais Paulo Sousa à la Fiorentina et le Serbe Sinisa Mihajlovic au Torino ont réussi à se faire une place. Parmi les cinq grands championnats européens, la Serie A est d’ailleurs le seul championnat dont le leader n’est pas dirigé par un coach étranger.

Un phénomène qui dérange en Angleterre

En Premier League, plusieurs coachs sont déjà montés au créneau, estimant que les qualités des entraîneurs britanniques sont minimisées. C’est notamment le cas de Ryan Giggs, qui avait assuré l'intérim sur le banc de Manchester United en 2014 entre David Moyes et Louis Van Gaal et qui n’a toujours pas trouvé de banc dans le rôle de numéro un. "Il y a beaucoup d'entraîneurs étrangers de qualité en Premier League, mais aussi beaucoup d'entraîneurs britanniques. Sauf que ces derniers n'ont pas vraiment les mêmes chances de prouver leur valeur", a confié à la BBC l’ancienne gloire des Red Devils, la semaine dernière. "Il y a trop d'étrangers à l'heure actuelle et les entraîneurs britanniques n'ont probablement pas les mêmes chances", a-t-il estimé. "C'est comme ça, ils arrivent dans le pays, ils sont sexy, ils sont nouveaux, ils brillent", a pour sa part ironisé Tony Pulis, le manager gallois de West Bromwich, dans le Birmingham Mail. "La Premier League veut être le meilleur championnat du monde, mais il faut se limiter à 40-50% d'entraîneurs étrangers", avait même avancé Arsène Wenger la saison passée. "Je ne souhaite pas que la Premier League soit exclusivement entraînée par des étrangers", avait dit l’Alsacien… lui-même étranger, donc.