Le sport amateur à l'épreuve de la radicalisation djihadiste

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L'Ile-de-France organise des formations auprès de ses clubs de sports pour apprendre aux membres à repérer "les signaux faibles" d'une radicalisation.

L'ENQUÊTE DU 8H

Comment détecter la radicalisation religieuse ? La question se pose dans des domaines d'activités toujours plus variés. Jusque dans le milieu sportif. Les rapports de police se multiplient et plusieurs ligues ont créé des chartes de laïcité. Les clubs de sports amateurs ne font pas exception à la règle et deviennent même des lieux de détection privilégiés.

Tous les sports sont concernés. Des dizaines de cas de personnes radicalisées sont déjà remontés ces dernières années aux services de renseignement. Une note du service de renseignement territorial évoquait déjà l'existence d'individus radicalisés dans les clubs de sport en 2015. Mais rien à voir avec ceux qui font des prières sur le terrain qui relèvent d'une religiosité affirmée. Les personnes repérées sont celles qui adoptent des formes violentes d'action et que l'on retrouve parfois en Syrie ou en Irak.

"On ne savait pas exactement comment y faire face". Quasiment toutes les disciplines sont concernées, mais le phénomène touche surtout le foot en salle, les sports de combats et la musculation. Dans sa salle de sport, Eric a connu des personnes radicalisées qui essayaient d'embrigader des jeunes en leur parlant du djihad et en les incitant à consulter des sites extrémistes. "On a vu des cas soit de tentatives de détournement par un éducateur, soit de gens qui basculaient", raconte-t-il au micro d'Europe 1. "Ça nous touche forcément, parce que ce sont des gens avec lesquels on a grandi qui, finalement, ont pris un autre chemin que le nôtre. On était face à ce type d'événement et on ne savait pas exactement comment y faire face." 

Une formation pour repérer les "signaux faibles". Alors pour lutter contre ce phénomène, la région Ile-de-France innove. Ces derniers jours, elle a formé ses ligues sportives à la détection des personnes radicalisées. Car le club de sport, où chacun des licenciés est connu, est un poste d'observation idéal pour repérer des comportements dangereux.

"On va travailler avec une grille d'analyse des signaux faibles", explique Médéric Chapitaux, l'un des rares sociologues à travailler sur le sujet, qui anime l'une de ces formations. Parmi ces signes, "on a la modification du langage associé à un prosélytisme. Et la rupture avec les amis n'est pas anodine non plus. Des traumatismes personnels amenant à une frustration, il faut faire attention à ça."

"Ce ne sont que des indicateurs". Mais le spécialiste met en garde. Il ne faut pas non plus sur-interpréter ces signes. "Ce ne sont que des indicateurs. Ce n'est pas parce que quelqu'un demande un temps de prière qu'on ouvre le dispositif de signalement à toutes les forces de l'ordre de France. C'est toute la difficulté de ce type de problématique qu'il faut remettre dans un contexte et ne pas stigmatiser", prévient-il. 

Des formations bientôt modèles ? Et en parallèle, l'Ile-de-France a lancé d'autres formations sur la laïcité dans le sport avec le soutien d'associations. Des dispositions que d'autres régions pourraient appliquer rapidement.