10/11/2017 - 11h32

LA PHOTO - Fekir brandit son maillot, l’"ultime affront" pour les supporters des Verts

© PHILIPPE DESMAZES / AFP

Chaque semaine, Europe1.fr vous raconte les coulisses d’une photo dans l’objectif d’un photographe de l’AFP.

C’est un cliché qui a été abondamment commenté. Il montre Nabil Fekir brandissant son maillot après avoir inscrit le cinquième but de Lyon dimanche soir lors de la victoire historique (5-0) de son équipe sur la pelouse de l’ennemi intime, Saint-Etienne. Echaudés par le geste du joueur de l’OL, plusieurs supporters de l’ASSE ont envahi  le terrain, provoquant une longue suspension du match.

Ce match bouillant, Philippe Desmazes l’a suivi en sa qualité de photographe de l’AFP. Il est notamment l’auteur de la photo, reprise par de nombreux médias, montrant le geste de Nabil Fekir. Il raconte pour Europe1.fr "une ambiance électrique", dans le cadre particulier que représente un match de football, et sa certitude immédiate que la célébration de l’attaquant lyonnais allait faire du bruit. Beaucoup de bruit.

• Choisir le moment

"Dès qu’il y a un but, on fait des photos. Ça se passe très, très vite. Là, Fekir a marqué, il s’est avancé vers nous, il a quitté son maillot, il a présenté le maillot à la tribune. On était trois-quatre photographes, on a fait plus ou moins la même photo. Après ça bouge, on voit moins bien. J’ai très vite envoyé la photo, parce que je savais que ça allait faire parler.

Vu la physionomie du match, le fait que Saint-Etienne était déjà mené 4-0, le geste de Fekir, c’était l’ultime affront, la fierté était touchée. On n’a pas forcément le temps de réfléchir, mais quand j’ai vu qu’il enlevait son maillot, Je n’ai pas été surpris qu’il y ait des débordements. Cela dit, le kop qui est descendu sur le terrain, c’était celui situé de l’autre côté de l’endroit où j’étais, et qui est généralement un peu plus dur. En fait, j’ai été étonné que de mon côté, le kop ne cherche pas lui aussi à passer par-dessus les barrières."

• Décrire une ambiance

"L’ambiance était chaude, mais de toute façon, tous les derbys entre Lyon et Saint-Etienne sont électriques. Saint-Etienne, c’est un vrai stade de football, avec des vrais supporters. Après, je ne répèterai pas les mots qu’ils prononcent, qui ne sont pas toujours d’une élégance énorme.

Quand l’attaquant lyonnais leur a montré son maillot, j’ai ressenti leur colère

Au moment du but de Fekir, ils avaient déjà pris un gros coup au moral, parce qu’ils étaient déjà menés 4-0, mais ils continuaient à crier, à chanter, à réclamer un but de leur équipe. Mais quand l’attaquant lyonnais leur a montré son maillot, j’ai ressenti leur colère.

Il y avait eu déjà quelques accrochages. J’avais ainsi envoyé une photo quand l’entraîneur lyonnais Bruno Génésio est entré sur le terrain après un tacle sur Fekir qui était particulièrement appuyé, voire dur.

Il y avait les CRS sur le côté. Et je les ai trouvés très performants, parce qu’en fait, j’ai vu le kop qui commençait à sauter les publicités et entrer sur le terrain, et ils sont très vite intervenus. Surtout, ils étaient vraiment très nombreux, peut-être 200. C’était énorme. Ils ont barré la moitié du terrain, de suite. D’ailleurs, j’ai évidemment fait quelques photos."


• Réfléchir au cadrage

"J’étais placé à 4-5 mètres du poteau de corner. Les photographes se situent sur le premier tiers de la partie qui est entre le coin et les poteaux. On est toujours excentré par rapport aux buts, parce que sinon les cages peuvent nous cacher des choses. Au moment du cinquième but, je n’avais pas grand-chose en termes de célébration. Les deux premiers buts en première période étaient de l’autre côté du terrain, et pour les deux suivants, en seconde période, les joueurs étaient partis de l’autre côté. Là, Nabil Fekir est venu du bon côté."

• Les contraintes particulières d’un match de football

"Le match de foot, c’est un exercice particulier. Il faut être vigilant. Bon, bien sûr, ça va d’un camp à un autre, mais maintenant, avec les téléobjectifs, on arrive aussi à faire des photos de l’autre camp. Ce qu’on fait, à l’AFP et dans les agences internationales, c’est envoyer les photos au fur et à mesure. On est très, très rapide là-dessus, c’est notre façon de travailler. C’est assez automatisé, mais enfin il faut le faire. On fait ça d’une main, on tient l’appareil de l’autre."

Dans ce genre de match, on est un peu inquiet, forcément

"Après, dans ce genre de match, on est un peu inquiet, forcément. On sait qu’en cas de débordements, il faut en priorité protéger le matériel, ne pas se le faire voler. Il faut aussi faire attention aux jets de projectiles. Pendant un temps, des personnes jetaient des briquets, mais ça se fait moins. Ça m’est déjà arrivé. Lancé d’une tribune, ça fait un petit choc. Mais on a quand même l’habitude de faire des matchs de foot, on n’est plus étonné de la violence des supporters. Après, si ça tournait vraiment mal, on partirait en courant, mais ça ne m’est encore jamais arrivé. La morale terrible de cette histoire, c’est que s’il n’y avait pas la police, les barrières, on a l’impression que les gens seraient prêts à se tuer."