Mercato : les confidences des agents

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Mercato : les confidences des agents
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FOOT - Dans les dernières heures du mercato, coups de bluff et mauvaises surprises sont légion.

C’est le grand rush dans le championnat de France de Ligue 1. Dans les dernières heures du mercato, les rumeurs prennent forme, les clubs font le forcing et les agents de joueurs passent les derniers coups de fil décisifs. Un seul but, amener le contrat signé en bonne et due forme sur le bureau de la Ligue de football professionnel (LFP) avant l’heure fatidique. Aucun retard n’est toléré, même pour les plus grands clubs comme l'OM et le PSG. Le 31 janvier à minuit (pas une minute de plus), la boutique n’accepte plus aucun échange ni achat de dernière minute. Les agents de joueurs sont les mieux placés pour parler de ces instants décisifs. Europe1.fr les a contactés et raconte leurs confidences.

Des petits détails qui changent tout

Des contrats signés à la dernière seconde ou des revirements inattendus, les agents connaissent bien. Le cas de Pascal Feindouno, l’an passé, est l'un des plus marquants. L’ancien attaquant de Bordeaux et Saint-Etienne s’ennuie ferme dans le club saoudien d’Al-Nassr (5 matches et 2 buts en un peu moins de six mois). Il souhaite revenir en Europe. Ça tombe bien, le club anglais de Wigan le veut. Le 31 janvier 2011, il rentre en avion pour discuter avec les dirigeants britanniques. Mais dans l’intervalle, l’AS Monaco prend les devants et son agent réussit à le faire signer sur le tarmac de l’aéroport à… 23h50. Dans les neuf minutes restantes, le fax sera envoyé à la LFP pour homologation.

Ce fameux fax de dernière minute peut parfois s’avérer capricieux. L’an passé, Cologne se met d’accord avec le club d’Hambourg pour acheter l’attaquant camerounais Eric-Maxime Choupo-Moting. Le joueur signe son contrat. Ne reste plus qu’à envoyer le fax. Mais à cause d’un télécopieur récalcitrant, la Ligue recevra le document avec deux minutes de retard. Résultat sans appel : contrat annulé !

"Avoir les nerfs solides"

Dans ces dernières 24h, le stress est donc palpable. "Quand il y a par exemple bagarre entre deux clubs pour un joueur, la gestion du temps est fondamentale", raconte Bruno Satin, agent de joueurs chez IMG, groupe qui gère des grands joueurs comme Gérard Piqué au Barça. "Il faut avoir suffisamment de nerfs pour ne pas céder tout de suite et surtout bien évaluer si tel ou tel club est bien intéressé". Et comme dans beaucoup de métiers, ce sont les désillusions qui bâtissent l’expérience.

Dacourt
Le célèbre Luciano Moggi, ancien directeur de la Juventus Turin, avait pour habitude de faire sonner tous les téléphones des agents. Une stratégie simple et un but plutôt clair : mettre en alerte les agents pour bloquer le marché. "A l’époque, il m’avait fait une proposition de 20 millions d’euros pour le joueur Olivier Dacourt", révèle Bruno Satin. "Au dernier moment, il m’a rappelé et prétexté que les conditions du contrat ne lui convenaient pas". Une déception pour l’agent mais aussi pour le joueur qui restera finalement à Leeds, un club anglais sur le déclin. Cette déconvenue est devenue sa jurisprudence personnelle. Depuis, il a appris à demander des preuves tangibles aux clubs. "Maintenant, je peux toujours montrer au moins un mail ou un fax à mes joueurs pour leur prouver l’intérêt réel d’un club".

"Le bluff fait partie du jeu"

Les déconvenues sont nombreuses en fin de mercato mais il existe aussi des bonnes surprises. En janvier 2008, le milieu de terrain de Libourne Charles Kaboré intéresse l’OM. Son agent, Christophe Hutteau, reçoit la visite de José Anigo, directeur sportif du club phocéen, pour superviser le joueur. "Pendant le match, j’ai reçu un coup de fil d’un dirigeant de Barcelone. Il voulait Kaboré. José Anigo a entendu la conversation. Il a donc immédiatement comparé les numéros de téléphone pour voir si je ne bluffais pas. La minute suivante, il appelait Pape Diouf (alors président de l’Olympique de Marseille, ndlr) pour finaliser le transfert".

>>> Lire ici le décryptage sur le mercato

Pour essayer parfois de faire pencher la balance en leur faveur, certains savent avancer leurs pions au bon moment. Comme dans une partie de poker, les ruses débarquent à la table des négociations. "Bien sûr que le bluff existe", explique un agent qui a préféré conserver son anonymat. "Pour mettre la pression sur un club, vous pouvez expliquer aux dirigeants que votre joueur intéresse d’autres équipes, ça peut les pousser à prendre une décision". Christophe Hutteau, lui, est catégorique. "Je ne bluffe jamais. Ce n’est pas ma façon de travailler". Dans ce métier, tous les agents se connaissent et les mauvaises manières sont vite repérées. "Tu peux bluffer les gens une fois mais pas deux. Mais c’est sûr qu’il existe des roublards dans ce métier".

Lucho
Dans les 24 dernières heures du mercato, les clubs de foot réussissent parfois de très bons coups. Comme le FC Porto qui vient de racheter Lucho Gonzalez pour deux millions d’euros. Il y a deux ans et demi, le club portugais l’avait cédé à l’OM pour… 24 millions. Mais comme dans n’importe quel marché, il y a aussi les erreurs, celles qu’on regrette quelques années plus tard. "En arrivant à Marseille, Deschamps ne faisait plus beaucoup jouer Mathieu Valbuena", raconte son agent,  Christophe Hutteau. "Six mois plus tard, Monaco aurait pu le récupérer pour deux millions d’euros. Mais au dernier moment, les dirigeants monégasques se sont rétractés". Deux ans plus tard, cette anecdote fait plutôt sourire Christophe Hutteau. Et pour cause, Mathieu Valbuena n'a plus tout à fait le même prix sur le marché...