Les clés de l'affaire Chafni

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Les clés de l'affaire Chafni
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DECRYPTAGE - Europe1.fr fait le point sur l'affaire qui a marqué la 18e journée, ce week-end.

A la 55e minute de jeu de Brest-Auxerre, samedi soir, Kamel Chafni reçoit un carton jaune puis un carton rouge après une vive altercation avec l'arbitre de la rencontre, Tony Chapron. Dans la foulée, le joueur auxerrois explique avoir été victime d'une insulte à connotation raciste de la part de l'un des assistants de Tony Chapron, Johann Perruaux, qui nie farouchement les mots qui lui sont attribués. Depuis, beaucoup de choses ont été dites. Presque autant qu'au bord du terrain, samedi soir, au Stade Francis-Le Blé. Europe1.fr fait le point.

Les faits. Tout débute par un fait de jeu relativement fréquent, la plainte d'un joueur à un arbitre assistant. Agacé que Johann Perruaux n'ait pas signalé une faute brestoise, le milieu de terrain auxerrois Kamel Chafni se rapproche de l'homme en rouge pour lui faire part de son mécontentement. L'arbitre assistant lui aurait alors lancé une insulte à connotation raciste. Chafni va alors s'en plaindre auprès de Tony Chapron. "Il me met un carton jaune sans essayer de comprendre, puis il me met un carton rouge alors qu'il y a eu insulte raciste", a regretté le joueur, dimanche, sur le plateau du Canal Football Club, sur Canal+. Après ce carton rouge direct, Chafni sort de ses gonds et adresse quelques mots à l'arbitre assistant. En rentrant aux vestiaires et devant les caméras de Foot+, il glisse : "on va régler ça en dehors du foot".

Kamel Chafni est exclu par Tony Chapron :

Les mots. Après Nicolas Anelka et Knysna, le football français pensait être débarrassé un temps des affaires liées à des insultes. Mais, à peine dix-huit mois plus tard, nous en sommes à nouveau à nous demander ce qui a été précisément dit. Dès sa sortie du terrain, Chafni accuse : l'arbitre assistant lui aurait dit "Dégage l'Arabe". Lors de sa conférence de presse d'après-match, le président de l'AJ Auxerre, Gérard Bourgoin, déclare : "le joueur a fait une déclaration sur l'honneur. Il semblerait que l'arbitre lui ait dit "Casse-toi l'Arabe". Si tel est le cas, c'est très grave." "Dégage" ou "Casse-toi", cela importe assez peu finalement. Il s'agit de savoir si Johann Perruaux y a ajouté l'origine ethnique de Chafni, franco-marocain né à Bordeaux. Et c'est là que ça coince. Pour le moment, personne ne confirme avoir entendu l'insulte raciste. Selon L'Equipe, l'équipier de Chafni, Roy Contout, qui a été le premier à le ceinturer, aurait entendu "Dégage" mais pas la fin de la phrase... Gênant, d'autant que les autres témoins potentiels ne sont pas beaucoup plus précis.

Kamel Chafni se dirige vers l'arbitre assistant :

Les témoins. "Il y a des joueurs de Brest qui ont entendu la même chose, donc je ne pense pas que ce soit une fantaisie du joueur", a dit Gérard Bourgoin quelques minutes après la rencontre. Comme le montre les images diffusées lors du 20-Heures de France 2, l'incident entre Chafni et l'arbitre assistant a eu lieu devant le banc de touche brestois. Dans L'Equipe, l'Auxerrois expliquait dimanche que les kinés d'Auxerre avaient tout entendu. "Je ne sais pas d'où ça sort, je ne lui ai même pas parlé, et je n'ai rien entendu", déclare pourtant, lundi, toujours dans L'Equipe, Nicolas Didry, l'un des deux kinés de Brest. "S'il y a eu des mots, on ne pouvait pas les entendre du banc de touche." Voilà deux témoins potentiels qui tombent à l'eau. Reste Larsen Touré. Le joueur brestois s'échauffait le long de la touche lorsque l'incident a eu lieu. "L'arbitre a pu dire d'autres choses à Chafni, mais je l'ai seulement entendu lui dire : "ferme ta gueule"." Aïe ! Mais le Brestois va plus loin. "On va discuter entre nous, moi et certains de l'équipe qui ont entendu, et on va témoigner." Alors que les joueurs auxerrois ont été priés de se taire, on se dirige vers un témoignage collectif de la part des Brestois.

Chafni face à l'arbitre assistant (930x620)

© MAXPPP

Les preuves. L'arbitre assistant ne semblant pas prêt à présenter ses excuses, cette affaire pourrait rapidement prendre un tournant judiciaire, avec plainte au pénal pour "injure à connotation raciale". Et comme Johann Perruaux nie les insultes qui lui sont imputées, le cas risque de se résumer à un duel version contre version. "Même si j'ai réagi vivement, suite aux contestations réitérées de M. Chafni et à son attitude agressive à mon égard, je nie formellement tout propos à caractère raciste", explique l'arbitre, lundi, dans un communiqué transmis par le syndicat d'arbitres SAFE. "Je tiens à la disposition de la justice, que M. Chafni a indiqué qu’il allait saisir, l’intégralité des pièces en ma possession." Et, par "pièces", Johann Perruaux pense avant tout "enregistrement". Le trio arbitral est effectivement équipé d'oreillettes sur un terrain mais la Ligue, organisatrice de la compétition, ne procéderait pas à l'enregistrement des matches. Si, comme l'affirme l'arbitre, cette preuve audio existe, elle mettra fin, à coup sûr, à la polémique.

Le joueur. En 157 matches de Ligue 1, Kamel Chafni a été exclu une fois : samedi, à Brest. Autant dire que le milieu de terrain auxerrois n'a pas vraiment la réputation d'être un joueur méchant sur un terrain. Ce qui étonne tous les observateurs, c'est donc la violence de sa réaction. "C'est impossible qu'il ait réagi de cette manière-là s'il n'y a rien eu de blessant en face. Il est certain qu'il a subi un outrage", a même affirmé Guy Roux, consultant Europe 1 et figure historique de l'AJA. A l'instar de Gérard Bourgoin, l'ancien entraîneur bourguignon salue le tempérament exemplaire du joueur. "Je connais bien Kamel Chafni, c'est un homme paisible, exemplaire, pas exalté du tout et très respecté à Auxerre."

Tony Chapron et Nolan Roux (930x620)

© MAXPPP

Les arbitres. Tony Chapron. Prononcez ce nom suffit à hérisser le poil de nombreux observateurs de la Ligue 1. En effet, depuis son arrivée chez les pros, en 1996, l'arbitre de la Ligue Rhône-Alpes s'est fait pas mal d'ennemis dans le milieu en raison d'une façon d'arbitrer singulière, avec une forte dose d'autoritarisme et, parfois, quelques insultes à la clé... Ces dernières années, Tony Chapron a été plusieurs fois au cœur de grosses polémiques. En mai 2009, le Valenciennois Rafael Schmitz l'accuse de lui avoir dit : "vous n'avez pas le niveau, l'année prochaine, on va vous envoyer en Ligue 2, on va vous enc... en deuxième mi-temps". En septembre 2010, lors du derby Lens-Lille, il exclut deux joueurs artésiens pour contestation, l'un qui l'avait applaudi, l'autre qui avait réclamé un carton. Lors de ce match, l'un de ses assistants s'était également écroulé au sol après avoir reçu... une boulette de papier. Samedi soir, Tony Chapron n'a, une fois de plus, pas hésité à évoluer hors des clous : sur la pelouse, d'abord, en dégainant deux cartons en dix secondes, puis, en dehors, en allant s'adresser aux médias après la rencontre, alors que le manager général des arbitres l'en avait dissuadé...

Les risques. Dans cette affaire, il y a déjà eu une sanction : le carton rouge adressé à Kamel Chafni. Exclu officiellement pour "propos ou gestes blessants, injurieux ou grossiers", selon la LFP, l'Auxerrois risque une suspension de plusieurs rencontres. Mais celui qui risque évidemment le plus gros reste Johann Perruaux, l'arbitre assistant. S'il était reconnu coupable de ce qui lui est reproché, il risque une radiation à vie. Et si l'histoire va devant les tribunaux, il pourrait être condamné également à une forte amende. Mais il envisage, lui aussi, de déposer plainte contre Chafni pour diffamation. Le match Chafni-Perruaux, qui a commencé à la 55e minute de Brest-Auxerre, samedi soir, ne fait sans doute que commencer.