Les Bleus face au "modèle allemand"

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Les Bleus face au "modèle allemand"
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EQUIPE DE FRANCE - Les Bleus sont outsiders face à l'Allemagne, mercredi. Mais pourquoi donc ?

"Nous sommes les outsiders." La sentence est signée Laurent Blanc, à quelques heures du match amical qui va opposer les Bleus à l'Allemagne, mercredi soir, à Brême. Les chiffres lui donnent raison. Il y a d'abord le classement Fifa, établi sur les résultats obtenus sur les huit dernières années. L'Allemagne est deuxième, derrière l'Espagne, tandis que la France est seulement 17e, coincée entre la Suisse et la Suède. Mais ce sont surtout les dernières qualifications à l'Euro qui ont mis en évidence le fossé entre les deux équipes. Les Allemands ont remporté leurs dix matches, avec 34 buts marqués et seulement sept encaissés (France : 6 victoires, 3 nuls, une défaite, 15 buts inscrits, 4 encaissés). Et, tandis que les Bleus frôlaient l'indigence face à la Belgique, en novembre dernier, lors de leur dernier match amical, les joueurs de Joachim Löw dominaient avec brio les Pays-Bas, finalistes du dernier Mondial (3-0). Mais qu'est-ce qui fait leur force ? Explications avec le technicien franco-allemand Gernot Rohr, au micro d'Europe 1.

Klose, 930

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Un effectif équilibré. "L'Allemagne a actuellement la meilleure équipe en Europe, très jeune et très créative." C'est le président de l'UEFA lui-même, Michel Platini, qui le dit. Car, même si l'Espagne, championne du monde et d'Europe en titre, reste officiellement n°1, l'Allemagne continue de monter en puissance, boostée par sa jeunesse et sa génération dorée des années 1988-89. "On bénéficie du bon travail effectué dans les centres du formation depuis une bonne dizaine d'années", explique Gernot Rohr. "Il y a un peu partout, que ce soit à Dortmund ou ailleurs, de jeunes joueurs capables de faire la différence (Götze, Müller, Reus, Kroos ndlr), des joueurs formés dans le pays". Cette génération dorée est encadrée par quelques joueurs d'expérience, comme l'éternel buteur Miroslav Klose, 33 ans, 113 sélections et 63 buts au compteur (photo, ici en 2010). Absents face aux Bleus sur blessure, Per Mertesacker, 27 ans, Lukas Podolski, 26 ans, Bastian Schweinsteiger, 27 ans, et Philipp Lahm, l'habituel capitaine, 28 ans, sont également des cadres d'envergure. Enfin, le Mondial 2010 avait entériné un onze allemand multiethnique, avec l'explosion au haut niveau de Mesut Özil, d'origine turque, de Sami Khedira, dont le père est tunisien, de Jérôme Boateng, d'origine ghanéenne, ou encore de Cacau, né au Brésil. Cette synthèse entre talents émergents et confirmés, de tous horizons, la France n'arrive pas à la mener, faute notamment de leaders, comme le symbolisent les constantes hésitations autour du capitanat.

L'Allemagne domine les Pays-Bas en amical :

L'Allemagne prépare son coup

Un sélectionneur installé. "L'Allemagne dispose d'un sélectionneur qui a fait ses preuves." Laurent Blanc en a conscience. Même s'il est invaincu à la tête des Bleus depuis dix-sept matches, son vis-à-vis sur le banc, mercredi soir, peut, lui, se targuer d'un bilan autrement plus flatteur, à tous les niveaux. "L'Allemagne a trouvé avec Joachim Löw un sélectionneur avec des considérations techniques très modernes, avec la défense en zone, un jeu tourné vers l'avant, et surtout des résultats qui sont depuis quelque temps époustouflants", estime Gernot Rohr. Löw, adjoint de Jürgen Klinsmann lors de la Coupe du monde 2006, a su faire fructifier le beau parcours à domicile de la Mannschaft (demi-finale perdue face à l'Italie). Contrairement à Blanc, Löw n'a en effet pas eu à construire sur les ruines d'un échec sportif et humain, comme le fut la Coupe du monde 2010 des Bleus. Ses deux tournois, aboutis sur le plan du jeu (finale de l'Euro en 2008 et demi-finale du Mondial 2010), ont perpétué le travail entamé par Klinsmann, tout en allant un peu plus haut... Lors du dernier Mondial, l'Allemagne a ainsi réalisé quelques matches d'anthologie, le huitième de finale face à l'Angleterre (4-1) et le quart de finale face à l'Argentine (4-0), avant de tomber sur un coup de pied arrêté, face à l'Espagne (1-0). Résultat : Löw conserve toute la confiance de ses dirigeants. "Il faut que les choses soient claires : même si cela ne devait pas bien fonctionner sportivement lors du Championnat d'Europe, Löw doit impérativement rester à son poste", a ainsi déclaré mardi Theo Zwanziger, le président de la Fédération allemande de football. Ce n'est pas exactement le discours que tient Noël Le Graët sur Laurent Blanc...

L'Allemagne écrase l'Argentine au Mondial 2010 :

L'Allemagne, c'est du tout cuit

Une philosophie repensée. La rigueur, le physique, le réalisme. Toutes ces notions qui ont été pendant longtemps accolées au football allemand sont aujourd'hui passées de mode. L'Allemagne a fait sa révolution. "Elle propose aujourd'hui le jeu le plus agréable à regarder avec l'Espagne, un jeu qui n'est plus basé sur la puissance et sur la force physique, mais davantage sur la technique, le mouvement, les passes courtes, avec un engagement des défenseurs vers l'avant et un état d'esprit toujours irréprochable." C'est ce changement des mentalités qui a permis à l'Allemagne de se renouveler après l'échec de l'Euro 2004 et une élimination au premier tour. "Au niveau du jeu, on n'est pas au niveau des Allemands", a d'ailleurs tranché Blanc. Alors qu'est-ce qui cloche ? Il y a plusieurs explications possibles. Pour Platini, la France manque simplement de talents. "On a deux ou trois très bons joueurs comme Karim Benzema et Franck Ribéry, mais le reste, c'est moyen." Blanc, qui souffre depuis deux ans de l'écart entre ce qu'il voudrait voir sur le terrain et ce qu'il voit, pointe lui deux raisons principales : le déficit de performances de ses cadres (Ribéry est trois fois moins efficace en termes de buts avec les Bleus qu'avec le Bayern Munich) et le manque d'expérience de ses troupes. Pour résumer, une philosophie de jeu, c'est bien, mais encore faut-il avoir les bons maîtres pour la prodiguer...

Marco Reus (930x620)

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Une atmosphère enjouée. Et si, finalement, la sélection allemande recueillait les fruits d'un championnat en plein essor ? "La Bundesliga est l'un des meilleurs championnats européens, avec des stades pleins et chauffés, jamais un match remis et un certain confort pour les spectateurs depuis l'organisation de la Coupe du monde 2006. Les gens viennent au stade, le jeu est attractif et l'état d'esprit est tourné vers l'avant." Sur les 20 joueurs retenus par Löw pour le match de mercredi, 17 jouent en Bundesliga (ici Marco Reus, du Borussia Möchengladbach, 14 Bleus sur 23 évoluent en France), se connaissent mieux et goûtent chaque week-end aux ambiances surchauffées : plus de 40.000 spectateurs de moyenne et des buts à la pelle (2,82 par match contre 2,50 en France). Pour Klaus Allofs, manager du Werder Brême, hôte de la rencontre de mercredi soir, l'Allemagne bénéficie de sa culture du ballon rond. "Ici, le foot est la première discipline sportive, mais aussi la deuxième, la troisième et la quatrième", souligne l'ancien meneur de jeu de l'OM dans les colonnes de France Football, mardi. "En France, à part Saint-Etienne et à Marseille, le foot n'est pas le sport numéro 1. Les Allemands, eux, ne pensent qu'à ça." L'Allemagne, nouveau pays du "football total" ?