Juve-Naples, une affiche cache-misère

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Juve-Naples, une affiche cache-misère
La Juve de Pirlo s'est adjugée la Supercoupe face au "Napoli" de Marek Hamsik au stadium national de Bejing.@ Reuters
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FOOT - Le choc de samedi soir en Serie A est une bouffée d'oxygène pour le foot italien.

Deux noms mythiques, deux équipes au jeu séduisant, 1ere et 2e du classement de Serie A, un stade tout neuf, le Juventus Turin - Naples de samedi soir (18h00) est un sommet, un vrai. Si haut qu'il va dissimuler pour un temps tous les problèmes que connaît actuellement le football italien, entre paris truqués, désaffection des tribunes, fuite des talents et perte de compétitivité.

Europe1.fr a demandé à Alessandra Bianchi, spécialiste du football italien, de nous faire le tour du propriétaire.

• Petites "magouilles" à l'italienne. L'Italie est récidiviste en la matière. Après le scandale du "Totonero" (le loto sportif noir) dans les années 80 et le "Calciopoli" en 2006, le championnat est à nouveau ébranlé par le "Calcioscommesse", une nouvelle affaire de matchs truqués. Tout est parti, en novembre 2010, d'une rencontre au sommet de…3e division italienne. Cinq joueurs se plaignent de maux de ventre. Une vilaine gastro-entérite d'automne ? L'avocat du club porte plainte et après enquête, on découvre en réalité qu'ils ont été intoxiqués par leur propre gardien de but  pour influer sur le résultat du match contre le modeste club de  Paganese.

paris truqués italie 930

© Reuters

La justice va tirer sur le fil et découvrir qu'un vaste réseau de paris illégaux touche les trois premières divisions. Quatorze rencontres de Serie A apparaissent suspectes. La première vague d'arrestations est lancée en juin 2011, dont celle de l'ancien international Giuseppe Signori. Plusieurs footballeurs se retrouvent en prison, comme le capitaine de la Lazio Rome, Stefano Mauri. Antonio Conte, entraîneur de la Juventus Turin championne d'Italie en titre, est suspendu quatre mois pour des faits remontant à la saison 2010-2011, quand il entraînait Sienne en Serie B. Indirectement, l'équipe d'Italie est également touchée puisque Domenico Criscito a dû renoncer à l'Euro 2012.

>>> A lire : Matchs truqués : pas d'Euro pour Criscito

Mais la "gueule de bois" italienne ne s'arrête pas là. Le 3 octobre dernier, les dirigeants de Naples ont vu la police financière débarquer pour effectuer une perquisition. En cause : les acquisitions et ventes de joueurs et les mouvements financiers qui leur sont liés. 

Thiago Silva et Zlatan Ibrahimovic (930x620)

© REUTERS

Des finances en rouge et noir. Au printemps dernier, un rapport remis à la Fédération italienne pointait du doigt le déficit accumulé des clubs italiens sur la dernière saison. Celui-ci s'élevait à 428 millions. Un trou qui s'est creusé de près de 23% par rapport à l'exercice précédent. Seuls trois clubs de Serie A présentaient des bilans positifs : Naples, Catane et Udinese. "Dans d'autres activités économiques, avec de tels chiffres, on parlerait de sociétés au bord de la faillite", avait alors déclaré le ministre des Sports italien, Piero Gnudi. Plus que jamais, les grands clubs de la péninsule vont devoir se serrer la ceinture s'ils veulent respecter les critères du far-play financier édictés par l'UEFA, à savoir présenter un bilan financier nul ou positif.

C'est l'explication que l'AC Milan a fournie pour justifier la vente l'été dernier de ses deux meilleurs joueurs au PSG, le défenseur brésilien Thiago Silva et l'attaquant suédois Zlatan Ibrahimovic. "Les clubs ne peuvent plus se permettre aujourd'hui de payer des salaires extravagants aux joueurs", explique Alessandra Bianchi. "Il faut se concentrer sur les jeunes talents du pays", ajoute-t-elle. Problème, là aussi, ça coince. Ainsi, le pays s'est ému du départ de Marco Verratti pour le PSG à l'âge de 19 ans seulement. Formé à Pescara, le jeune milieu de terrain n'a jamais évolué dans l'élite du championnat italien.

>>> A lire : Pourquoi le PSG peut la gagner

supporters italie 930-1000

© Reuters

• Une ambiance soporifique. C'est une enceinte mythique en Europe : le stade Giuseppe-Meazza, plus communément appelé, San Siro. Mais depuis plusieurs mois, il ne fait plus le plein. Le Milan AC a enregistré sa plus faible assistance en Serie A cette saison depuis l'arrivée de Berlusconi en 1986: 28.005 spectateurs contre Cagliari. Le nombre d'abonnées a lui chuté à 23.765 dans cet écrin qui peut accueillir près de 80.000 "tifosi". Lors du dernier derby face à l'ennemi juré de l'Inter, seulement 55.000 places ont été vendues... Pire encore, la Ligue des Champions remplit désormais moins qu'un Lille-Ajaccio lors de la 8e journée de L1 avec seulement 27.593 spectateurs. Quant à la majestueuse "Squadra Azzura", elle ne déchaîne plus les foules : 37.000 supporters sont venus applaudir Pirlo et les siens face au Danemark, mardi.

"En Italie, les stades sont vétustes et les spectateurs loin du terrain. Les prix pour faire les travaux sont trop élevés pour les clubs qui sont déjà en crise", analyse Alessandra Bianchi. "Les gens préfèrent regarder la télé à la maison, payer un abonnement 300 euros pour la saison, plutôt que d'aller au stade. C'est plus confortable", certifie Alessandra Bianchi. "Mais les Italiens ont toujours beaucoup d'amour pour le football. L'exemple même est celui de la Juventus. Le club a un stade tout neuf et c'est toujours à guichets fermés", conclut-elle.

>>> A lire : La Juve, Vieille Dame sémillante

milan 2003

© Reuters

• A la recherche d'une gloire passée. Et pourtant, il fut un temps pas si lointain où l'Italie régnait sur l'Europe du football. Ce temps-là est désormais révolu. Au coefficient UEFA, le pays est maintenant largement distancé par le trio de tête : Espagne, Angleterre et Allemagne. En conséquence, l'Italie ne dispose plus que de trois places en Ligue des champions contre quatre pour les pays de tête. Depuis la finale 100% italienne de 2003 entre l'AC Milan et la Juventus (0-0, 3-2 aux tab), trois de ses représentants seulement ont réussi à se glisser en finale en neuf éditions, pour deux victoires (Milan en 2007 et Inter en 2010). Mais la différence est surtout sensible en Ligue Europa. En effet, aucun représentant italien n'a réussi à se qualifier pour la finale de C3 depuis 1999 et la victoire de Parme sur l'OM (3-0).

La sélection nationale, éliminée au premier tour de l'Euro 2008 et de la Coupe du monde 2010, n'était guère brillante jusqu'au dernier Euro où elle a enthousiasmé observateurs et supporters en atteignant la finale. Ce n'est pas encore la "dolce vita" mais il y a de l'espoir.