Ils sont français et supporters d'Arsenal

  • A
  • A
Ils sont français et supporters d'Arsenal
@ REUTERS
Partagez sur :

LIGUE DES CHAMPIONS - Arsenal, qui reçoit l'OM, peut compter sur de nombreux fans français.

Devant leur télé pour la plupart, au stade pour les plus chanceux, ces Français-là ne manqueraient pour rien au monde la rencontre entre Arsenal et Marseille, mardi, en Ligue des champions. Sauf qu'ils n'espéreront pas une réaction d'orgueil de l'OM, toujours "fanny" en C1. Non, ils soutiendront le club londonien, dont la cote d'amour en France est très forte. Explications.

Henry avec Arsenal (930x620)

© REUTERS

L'effet France 98. Pour comprendre l'attachement de nombreux Français à Arsenal, il faut remonter au plus grand succès du football hexagonal : la Coupe du monde 1998. Au coup de sifflet final, deux Gunners paradaient avec le Trophée Jules-Rimet : Emmanuel Petit et Patrick Vieira. Un an plus tard, Thierry Henry rejoignait le club du nord de Londres. Puis, l'année suivante, Robert Pires a suivi le même chemin.

"A la sortie de la Coupe du monde, j'avais 15 ans et j'étais un grand fan de Thierry Henry et j'ai commencé à suivre l'équipe avec l'arrivée d'Internet", explique Guillaume, 28 ans, membre de l'association Arsenal France, association Officielle des supporters francophones d'Arsenal. Les relais médiatiques post-Coupe du monde - le chroniqueur de Canal+, Pierre Ménès, alors journaliste à L'Equipe, n'a jamais caché son affection pour les Gunners, qu'il a suivis après 1998 - et la montée en puissance d'Internet accompagnent les succès de l'équipe de France et d'Arsenal, champion d'Angleterre en 1998, 2002 puis 2004.

Henry avec Wenger (930x620)

© REUTERS


"Je suis devenu fan d'Arsenal à 14 ans, en jouant à Fifa 2000. Il y avait Emmanuel Petit sur la jaquette", sourit chayza8, membre du forum de Gunners.fr, la communauté francophone d'Arsenal. Emmanuel Petit parti en 2000, Henry prend la relève, gagne un statut d'incontournable chez les Bleus et, 226 buts plus tard avec les Gunners, finit par avoir sa statue. "C'est presque une fierté qu'un joueur français soit le meilleur buteur du club (il a même été élu meilleur joueur de l'histoire, ndlr)", insiste Guillaume, de Strasbourg. "C'est historique et ça constitue un véritable pont entre le club d'Arsenal et les supporters français."

Wenger en conférence de presse (930x620)

© REUTERS

La patte Wenger. Outre Henry, qui a nourri les rêves des jeunes supporters d'Arsenal, une autre personnalité a facilité l'attachement de nos Frenchies aux Gunners : Arsène Wenger. "Arsène who ?", titrait la presse anglaise à l'arrivée du technicien alsacien en 1996. Dix-sept ans plus tard, il est toujours là. "Évidemment, le club existait déjà avant Wenger et il sera toujours là après lui. Néanmoins, on ne peut pas nier que c'est grâce à son travail et à celui de son staff que nous en sommes là aujourd'hui'", relève fabregas26. Dans le discours des fans, la notion de fidélité revient souvent, comme celles de "beau jeu", de "club sain" ou de "formation".

"Ce qui m'a attiré d'abord à Arsenal, c'est qu'un manager français puisse entraîner un club aussi illustre et qu'il réussisse à y imposer sa patte, avec un jeu fluide, porté vers l'avant", souligne Lucien, d'Aix-en-Provence, qui a découvert Wenger et Henry quand le duo sévissait à Monaco. Déçus par le jeu pratiqué en Ligue 1, ces supporters ont été séduits par la personnalité de Wenger, un "fabricant de stars" (Jonathan), un "homme qui accorde plus d'importance aux joueurs qu'à l'argent (Bertrand), "qui ne les empile pas" (RemRemGj).

"Pour moi, le fait qu'il n'ait rien gagné depuis 2005 n'enlève rien au fait qu'il est au-dessus du lot", insiste encore chayza8. "Il a su insuffler une philosophie de jeu à l'équipe, avec un jeu offensif, agréable à regarder et des valeurs." Des valeurs sur la pelouse mais aussi en dehors. "C'est avec la surmédiatisation  et la montée en puissance financière de Chelsea et plus récemment de Manchester City que j'ai fini par m'attacher aux valeurs d'Arsenal. Un club propre, comme j'aime à le définir", insiste Pass The Ball. "C'est finalement plus par dégoût des autres clubs que je voue aujourd'hui une passion pour Arsenal."

Giroud à l'Emirates (930x620)

© REUTERS

D'Highbury à l'Emirates. Être un club à part, qui mise sur la stabilité, n'empêche pas Arsenal d'être moderne. En 2006, le club a déménagé du vétuste Highbury au flambant neuf Emirates Stadium, du nom de la compagnie aérienne de Dubaï. C'est aujourd'hui dans ce stade de 60.000 places que les plus fervents (et les plus chanceux) des supporters français vont vivre leur passion.

C'est le cas notamment de Francis Peyrat, président de l'association officielle des supporters francophones d'Arsenal, qui compte aussi plusieurs fans habitant en Suisse ou en Belgique. "J'ai découvert le football anglais quand je regardais Stade 2 avec mon père. Ces extraits de match m'ont donné envie d'en savoir, d'en voir toujours plus", explique Francis, qui s'est régalé des exploits de Freddie Ljungberg ou Dennis Bergkamp. "Et, plus tard, quand j'ai déménagé à Londres, je me suis évidemment installé dans le quartier du stade, à Highbury."

Aujourd'hui, son association, créée en 2007, permet aux fans d'assister à certaines rencontres à l'Emirates, dans une partie du stade réservée pour les associations étrangères, comme il existe en France des places réservées pour les associations régionales de supporters. Pour les fans, ces déplacements restent évidemment chose rare, car onéreuse. En passant par Arsenal France, il en coûtera 106 euros pour l'un des matches phares de la saison (Manchester, Liverpool, etc.), transports non compris. Mais ceux qui l'ont vécu parle d'un "rêve de gosse réalisé" (David) et ceux qui ne l'ont pas encore vécu d'"objectif" ou de "projet".

Wilshere (930x620)

© REUTERS

Espoirs anglais. Aujourd'hui, l'envie des fans est d'autant plus vive qu'Arsenal pointe en tête du championnat d'Angleterre mais également de son groupe de Ligue des champions et ce, malgré les atermoiements lors du mercato puis la défaite inaugurale face à Aston Villa. Cette réussite n'étonne pas les supporters, qui, aujourd'hui, grâce aux sites de fans, aux comptes Facebook ou aux fils Twitter, ne manquent plus rien de l'actualité de leur club. "Rien ou presque n'a changé à Arsenal, contrairement aux autres clubs", souligne fabregas26. "Chelsea, Manchester United et Manchester City ont tous les trois changé de manager. Il y a donc une période d'adaptation."

Ce qui n'a pas changé non plus à Arsenal depuis le début du siècle, c'est l'appel aux joueurs français. Il y a certes eu des échecs mais, aujourd'hui, Bacary Sagna, Laurent Koscielny et Olivier Giroud sont des cadres de l'équipe, tout comme le revenant Mathieu Flamini. L'arrêt Bosman sur la libre circulation des joueurs a changé l'identification aux équipes et, mardi, Arsenal devrait présenter à peine un joueur français de moins que l'OM (4 contre 5). Et beaucoup plus que le PSG.

Özil avec Arsenal (930x620)

© REUTERS

Par ailleurs, Arsenal est redevenu ces dernières années une pépinière de talents, notamment britanniques : Walcott, Gibbs, Wilshere (photo en haut), Ramsey, Jenkinson, Oxlade-Chamberlain. Aujourd'hui, les supporters, pour qui la "francophilie" du club compte moins qu'auparavant, espèrent que ces jeunes et Mesut Özil (photo), la recrue la plus chère de l'histoire du club ("un coup grandiose" pour Maxime), permettront aux Gunners d'inscrire une nouvelle ligne à leur palmarès. Quand bien même, comme le dit Cyril, "les supporters d'Arsenal sont des gens qui supportent leur équipe parce qu'ils l'aiment et non parce qu'elle gagne".