"Dopage et récupération, c’est bidon"

  • A
  • A
"Dopage et récupération, c’est bidon"
@ MAXPPP
Partagez sur :

L'AVIS DE - Jean-Pierre Paclet, ex-médecin des Bleus, estime que dopage et récupération sont incompatibles.

Bernd Schuster, entraîneur de Malaga (930x620)

© REUTERS

L’entraîneur du club espagnol de Malaga, l'ancien international allemand Bernd Schuster (photo), a lancé un pavé dans la mare lundi, en affirmant qu’il n’était pas contre le dopage dans le cadre de la récupération d’une blessure. Joint par Europe 1, Jean-Pierre Paclet, ancien médecin de l’équipe de France (de 2004 à 2008), qui avait émis des doutes sur les données sanguines des Bleus champions du monde et d'Europe, en 1998 et 2000, revient sur les déclarations de l’entraîneur allemand.

Que pensez-vous des propos de Bernd Schuster ? "Soigner un sportif, un footballeur en particulier, implique deux choses : 1. le soigner parfaitement. 2. le soigner le plus rapidement possible. C’est ça les deux règles de la traumatologie du sport. Pour gagner un peu de temps, utiliser des produits dopants, peut-être, mais j’aimerais bien savoir lesquels ? C’est un peu bidon comme explication dans la mesure où il n’y pas de produits qui accélèrent la cicatrisation. Il faut faire la différence entre la médecine de réparation et la médecine de préparation."

Mais la limite est parfois ténue... "C’est vrai, la frontière est tellement limite que c’est extrêmement dangereux. A partir de quel moment on décrète qu’un joueur est blessé ? C’est très, très difficile à préciser. Il y a d’ailleurs eu une époque où certains praticiens défendaient leur positions en disant : "j'ai un sportif qui est épuisé, qui a son taux de testostérone anormalement bas, donc je le rééquilibre (en injectant de la testostérone ndlr)." On a longtemps parlé de rééquilibrage biologique du sport de haut niveau. C’était, à l’évidence, une pratique dopante, puisque, pour retrouver un taux normal de testostérone, un sportif doit être logiquement mis au repos pendant 4-5 jours."

Seriez-vous pour ce genre de pratique ? "Sur le fond, ce qu’explique Bernd Schuster n’est pas complètement aberrant : on a le droit de soigner quelqu’un qui est blessé. Mais, d’un point de vue éthique, philosophique, jamais je ne ferais ça. Faire par exemple une anesthésie locale pour permettre à un joueur de disputer une finale de Coupe du monde, oui. Ce n’est pas une pratique dopante, c’est une pratique thérapeutique agressive et un peu à risque. Le dopage, c’est plutôt lié à l’amélioration des performances. Mais dans le terme de "récupération", il faut se méfier de certaines pratiques très borderline."