Brésil : les footballeurs derrière les manifestants

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Brésil : les footballeurs derrière les manifestants
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FOOT - Certains joueurs de la Seleçao ont décidé d'apporter leur soutien aux manifestants.

Joueurs brésiliens à l'entraînement (930x620)

© REUTERS

Quatre jours après son entrée réussie dans la Coupe des Confédérations, avec une victoire face au Japon à la clé (3-0), le Brésil affronte le Mexique, mercredi soir, à Fortaleza, dans le cadre de la deuxième journée de la compétition. Cette rencontre va se dérouler dans une atmosphère forcément singulière, alors que des manifestations d'envergure ont eu lieu ces derniers jours dans les rues des principales villes du pays. Mardi soir, ils étaient 50.000 dans les rues de Sao Paulo. Lundi, ils étaient 200.000 à battre le pavé à Rio. Manifestant contre la vie chère et la hausse des prix des transports publics, ils remettent en cause également les dépenses engagées pour l'organisation de la Coupe du monde 2014. Une mobilisation que les joueurs ne pouvaient ignorer.

"Pour un Brésil honnête, pour un Brésil heureux"

Lundi, le latéral brésilien Marcelo avait assuré que ce qui se passait à l'extérieur ne "l'affectait pas". Mais en 48 heures, la contestation a pris une telle ampleur que les stars de la Seleçao n'ont pas pu ignorer plus longtemps la réalité de la rue. Et, quelques heures seulement après la déclaration du joueur du Real, Dani Alves, le défenseur brésilien du... Barça, a posté sur son compte Instagram une photo reprenant le drapeau brésilien et sa devise : "ordre et progrès". "Ordre et progrès sans violence, en paix, pour un Brésil éduqué, pour la santé au Brésil, pour un Brésil honnête, pour un Brésil heureux", a-t-il commenté.



Hulk en conférence de presse (930x620)

© MAXPPP

Le champion d'Espagne a ouvert la voie à ses coéquipiers. Mardi, lors des conférences de presse d'avant-match, David Luiz et Hulk ont également commenté la situation. "Je suis en faveur des manifestations sans violence", a ainsi insisté David Luiz. "Les citoyens ont le droit d'exprimer leurs opinions, le fait qu'ils ne sont pas contents, c'est une manière pour atteindre leurs revendications et améliorer la situation du pays." A l'image de David Luiz, qui évolue au club londonien de Chelsea, et que l'on dit proche du PSG, Hulk (photo) a conscience du décalage qui existe entre leur vie de footballeur et celle des milliers de manifestants. "Aujourd'hui, j'ai une position sociale privilégiée, mais je n'oublie pas que je viens d'un milieu pauvre", a souligné le joueur du Zénith Saint-Pétersbourg, originaire de la région défavorisée du Nordeste, où se situe Fortaleza.

Malgré l'éloignement, David Luiz s'est défendu d'avoir des œillères. "Je suis brésilien, même si je vis à l'étranger (à Londres, donc), et j'espère toujours que le Brésil progresse. Les manifestants luttent pour la santé et l'éducation. On a besoin d'unité. Nous espérons que nous arriverons à un consensus et que l'avenir sera meilleur. Bien sûr, nous ne sommes pas heureux quand on voit de la violence." Dimanche, en marge du premier match de la Coupe des Confédérations disputé à Rio de Janeiro, entre l'Italie et le Mexique, la police a en effet utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants.

"Complète liberté" pour les joueurs

Fred avec le Brésil (930x1240)

© MAXPPP

Comme David Luiz, l'avant-centre de la Seleçao, Fred, a apporté son soutien à la contestation mais rejeté tout recours à la violence. "Je suis totalement en faveur de la manifestation, à partir du moment où elle est démocratique et pacifique", a insisté l'ancien joueur de l'OL. "Je suis très fier de voir le peuple en train de lutter pour changer les conditions des transports, de la santé, de l'éducation et de tant d'autres problèmes. (...) Et ce n'est pas possible autrement, sinon j'irais contre mon origine humble puisque ma famille et moi avons aussi souffert de la précarité des services publics. Mon grand souci est que la protestation soit légitime, sans violence, toujours concentrée sur la lutte pour les droits sans perdre la raison. Presque tout se justifie pour un meilleur Brésil, sauf le vandalisme."

De son côté, le sélectionneur Luiz Felipe Scolari, qui fut champion du monde en 2002 avec la Seleçao, s'est borné à estimer ces manifestations "normales dans une démocratie". "Les joueurs ont une complète liberté pour donner leur opinion sur quelque sujet que ce soit, chacun assumant bien sûr sa responsabilité", a-t-il insisté. "Nous n'interdisons rien, mais il faut aussi prendre en compte les intérêts de la sélection. C'est intéressant de voir que les sportifs s'expriment, et que cette séparation (d'avec l'extérieur) a cessé d'exister". Reste à savoir maintenant si, après l'avoir évoqué en conférence de presse, les joueurs brésiliens vont faire référence sur le terrain au climat social de leur pays, via la célébration d'un but ou un discours d'après-match. Cela aurait sans doute un plus grand retentissement encore.