Bleus : tout ce qui n'a pas été

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Bleus : tout ce qui n'a pas été
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EQUIPE DE FRANCE - Face à l'Espagne mardi (0-1), la mécanique française a montré ses limites.

L'heureux concours de circonstances de vendredi dernier (victoire face à la Géorgie, match nul de l'Espagne contre la Finlande) avait ravivé les espoirs les plus fous autour de l'équipe de France : celui de la voir (pratiquement) décrocher son billet pour le mondial brésilien dès mardi soir. Mais le choc face à l'Espagne, perdu 1-0, a rappelé que les Bleus souffrait encore de plusieurs maux, plus ou mois curables. Tout d'horizon de toutes les choses qui n'ont pas fonctionné mardi soir.

Jallet face à l'Espagne (930x620)

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Latéraux aux abonnés absents. Les oreilles de Christophe Jallet ont dû siffler. En tribunes comme dans les salles de rédaction, le latéral parisien a été moqué pour sa performance de faible niveau. Incapable de faire la différence devant (mis à part un centre bien ajusté pour Benzema en début de match), il a surtout manqué d'assurance derrière, malgré quelques dégagements fort à propos. Mais l'histoire retiendra que, sur le seul but de la rencontre, l'ancien Lorientais a été dépassé dans son dos par Monreal, le soi-disant maillon faible espagnol, qui a offert le but à Pedro. Tout aussi peu dangereux offensivement, Patrice Evra, préféré à Gaël Clichy, a lui pris un bouillon terrible dans la dernière demi-heure après l'entrée en jeu du remuant Jesus Navas.

Benzema ne marque plus. On a pu croire un instant que les retrouvailles avec ses coéquipiers du Real (Ramos, Arbeloa et Xabi Alonso) allaient réveiller l'instinct de buteur de Karim Benzema. Que nenni. L'avant-centre tricolore a réitéré sa performance de vendredi, face à la Géorgie. A savoir de la bonne volonté, de la disponibilité aussi mais du déchet dans le dernier geste, voire dans l'avant-dernier. "Benz" ne s'est créé en tout et pour tout qu'une seule vraie occasion mais sa frappe au quart d'heure de jeu sur un centre de Jallet n'a pas attrapé le cadre. Epargné vendredi, Benzema, l'oeil gauche gonflé après un choc sur un duel aérien avec Sergio Busquets, a cette fois dû subir les sifflets du Stade de France lors de son remplacement par Moussa Sissoko, avec un compteur buts en Bleu bloqué depuis 13 matches et 1012 minutes. A lire :Benzema, ça devient gênant

Ribéry face à Valdes (930x620)

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Ribéry, le réalisme en moins. Percutant sur son côté gauche, Franck Ribéry a été un des seuls (le seul ?) à perturber le bel ordonnancement espagnol. Le joueur du Bayern Munich, concerné et motivé, a été à l'origine de la plupart des meilleures actions tricolores. Réconcilié avec le public du Stade de France, qui l'a chaudement applaudi à plusieurs reprises, le n°7 tricolore a fait preuve de talent et de pugnacité, comme souvent. Mais il a manqué un duel crucial avec le gardien espagnol Victor Valdes juste avant la pause, en poussant trop loin son ballon. A l'instar d'un Ronaldo sous le maillot portugais, Ribéry a ensuite essayé de sauver la patrie en danger mais son tir de la 84e minute a fui le cadre. Ribéry est sans conteste le joueur de classe mondiale dont la France a besoin mais il n'en est pas encore son buteur providentiel.

Lloris face à l'Espagne (930x620)

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Lloris la main molle, les pieds vagabonds. Vendredi dernier, Hugo Lloris avait failli concéder un but sur une tête géorgienne en relâchant le ballon. Cette fois, le gardien de Tottenham n'a pas eu le temps de se reprendre et son intervention en deux temps sur le but victorieux de Pedro s'est révélée inefficace. Il n'est pas (directement) en cause sur ce but, mais on pouvait espérer d'un gardien de son niveau qu'il sorte un geste miraculeux, celui qui sauve. Ce qui n'a pas été le cas. Le capitaine des Bleus aurait également pu occasionner un penalty pour une sortie mal maîtrisée dans les pieds du même Pedro, à la demi-heure de jeu. Mais l'arbitre de la rencontre, Viktor Kassai, a sans aucun doute considéré que le joueur du Barça avait anticipé sa chute et a décidé de ne pas siffler la sanction suprême en faveur de l'Espagne.

Pogba

Pogba voit rouge. En choisissant de titulariser Paul Pogba au poste de sentinelle, juste devant la défense, Didier Deschamps avait pris le risque d'exposer son jeune milieu de terrain, 20 ans. Ça n'a pas loupé. Dès les premières minutes de jeu, les Espagnols ont exercé un pressing très haut sur le joueur de la Juventus Turin. Jusqu'à un quart d'heure de la fin, Pogba s'en est parfaitement sorti en faisant preuve d'une étonnante maîtrise, à la fois dans les petits espaces et dans la relance. Mais deux cartons jaunes pris en deux minutes (l'un pour une charge spectaculaire dans le dos de Xabi Alonso, l'autre pour une semelle sur Xavi) ont ruiné sa rencontre et donné peut-être raison à ceux qui doutaient de l'opportunité de titulariser le Juventino pour ce match si important, lui qui avait débuté en Bleu quatre jours plus tôt.

Giroud l'oublié. Est-ce que Didier Deschamps a espéré que l'histoire se répète ? Toujours est-il que l'attaquant d'Arsenal, buteur de la dernière seconde au match aller en Espagne (1-1), après avoir fait son entrée en jeu à la 88e minute, est apparu sur la pelouse du Stade de France dans le temps supplémentaire. En moins de trois minutes, il n'a eu que trois-quatre ballons casse-croûte à se mettre sous la dent. Frustrant, alors que son impact physique et son jeu de tête auraient peut-être pu ébranler la solide défense espagnole.

L'impasse tactique. A l'inverse du match face à la Géorgie, que la France avait disputé dans un dispositif en 4-4-2 avec deux attaquants (Benzema et Giroud), le sélectionneur avait cette fois décidé de débuter la rencontre en 4-3-3 avec un seul attaquant de pointe. Sans grand succès. Après l'ouverture du score de l'Espagne, "DD" a essayé le même coup qu'à l'aller en faisant entrer Jérémy Ménez à la place de Yohan Cabaye (décevant) et en passant du 4-3-3 à trois milieux défensifs à un 4-2-3-1 avec un meneur de jeu, Mathieu Valbuena, et deux ailiers, Ribéry et Ménez. Mais l'exclusion de Pogba huit minutes plus tard a fait voler en éclats ce dispositif tactique, qui avait tant perturbé les Espagnols lors de la dernière demi-heure à Madrid (1-1).

Valbuena face à l'Espagne (930x620)

© MAXPPP

Le manque de liant. On peut lire une statistique assez effrayante dans les colonnes du quotidien L'Equipe, mercredi. Le meilleur passeur français, Mathieu Valbuena, a réussi 31 passes quand les trois milieux espagnols (Xabi Alonso, Xavi et Busquets) dépassent tous les trois les 100 passes réussies... Voilà qui met des chiffres sur une domination collective de tous les instants. En résumé : l'Espagne est une équipe composée de joueurs de classe mondiale tandis que la France, qui regroupe Ribéry, joueurs moyens et joueurs en devenir, cherche encore à acquérir un vécu commun et donc, du liant. D'où ce gouffre statistique.

Au Stade du froid. Certes, il ne faisait pas très chaud, mardi soir, au Stade de France. Mais, pour ce match qui aurait pu être décisif pour la qualification à la Coupe du monde, les spectateurs-supporters français se sont montrés bien discrets, laissant le plus souvent la parole aux quelques milliers de fans de la Roja, disséminés un peu partout. Et quand le public s'est manifesté, c'était pour entamer une Ola ou faire des Olé sur l'un des rares beaux mouvements français. Décalé.

Et le résultat... Les Bleus étaient à l'aéroport pour le Brésil. Ils en ont été chassés par les Espagnols. Repoussés à la deuxième place du groupe I, les joueurs de Didier Deschamps peuvent déjà s'attendre à disputer les barrages, sachant qu'on voit mal les Espagnols se faire piéger une deuxième fois lors de leurs trois matches restants (en Finlande, face à la Biélorussie puis à la Géorgie). Bref, si le vol pour Rio n'est pas annulé, il est tout cas bien retardé.