Ajaccio-Bastia, Corse à Corse

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Ajaccio-Bastia, Corse à Corse
@ Montage MAXPPP
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LIGUE 1 - Le derby corse, de retour dans l'élite après sept ans d'absence, passionne toute une île.

C'est une drôle de spécificité de la Ligue 1. Alors que le grand bassin parisien ne compte qu'un club parmi l'élite (pour les étourdis, il s'agit du PSG), la Corse et ses 300.000 habitants en comptent deux : l'Athlétic club ajaccien (ACA) et le Sporting club de Bastia (SCB).

Les deux clubs, qui ne se sont plus affrontés depuis 2005 en Ligue 1, seront opposés dimanche à 14h, au stade François-Coty d'Ajaccio, dans le cadre de la 9e journée du championnat. Un derby que toute la Corse attend. "Ajaccio-Bastia, c'est d'abord un duel entre les deux clubs historiques de l'île, tous les deux centenaires", explique le journaliste Frédéric Bertocchini, qui commente les matches à Ajaccio sur Europe 1. "Bastia a été fondé en 1905 et Ajaccio en 1910. Le Gazélec Ajaccio (depuis cette saison en L2) est arrivé beaucoup plus tard."

Corse du Sud contre Haute-Corse

Supporters de Bastia (930x620)

© MAXPPP

Ajaccio-Bastia, c'est également un affrontement géographique, entre le sud de l'île et le Nord, entre la Corse du Sud et la Haute-Corse, un duel qui, quel que soit le niveau de compétition, a toujours été passionné. "Il n'y a jamais eu de haine viscérale entre les deux clubs mais si on remonte aux années 1920, 30, 40 et même 50, c'était 'au couteau'", poursuit Frédéric Bertocchini. On a eu des derbies dans l'histoire où l'arbitre jouait avec le revolver dans le short pour pouvoir arbitrer. C'était le derby du championnat régional de Corse, au niveau amateurs. Mais il y avait 3 ou 4.000 personnes au stade et une ambiance très chaude."

Le derby de dimanche devrait se disputer dans une atmosphère plus sereine, même si l'avant-match a été quelque peu agité autour du nombre de places allouées aux supporters bastiais. Logiquement limité à 5% de la capacité du stade François-Coty, soit 500 places environ (sur 10.800), il a été porté à 900 par les dirigeants de l'ACA. Encore trop peu pour les supporters bastiais. Finalement, ceux-ci ont pu également acheter des places en dehors de la partie de tribunes visiteurs et ils seront entre 2.500 et 3.000, dimanche, à venir supporter leur équipe.

Car c'est un fait, le Sporting, promu cette saison en Ligue 1, reste plus populaire que l'ACA. Avec 14.220 spectateurs, le SCB attire en moyenne deux fois plus de personnes que son rival local (7.340), avec le taux de remplissage du stade le plus élevé de France, même devant le PSG (88,9% contre 88,1%) ! "L'engouement pour Bastia tient à l'histoire du football en Corse", explique Jean-Paul Cappuri, chef des sports à Corse-Matin et commentateur des matches du SCB sur Europe 1. "L'ACA a carrément disparu de la carte du football à partir de 1973 car ils sont descendus en seconde division, puis en division d'honneur corse et même en promotion d'honneur dans les années 1980. Le Gazélec n'ayant jamais voulu franchir le pas du professionnalisme, le Sporting est devenu le club de toute la Corse, d'autant plus que cela a coïncidé avec son âge d'or : la finale de la Coupe de France en 1972, la troisième place du championnat à l'issue de la saison 1976-77 et l'épopée européenne la saison suivante avec la finale de la Coupe de l'UEFA."

Quatorze matches d'invincibilité à domicile

Guillermo Ochoa (930x620)

© MAXPPP

L'ACA doit également faire avec la présence dans sa ville d'un autre club, le Gazélec. "Bastia est un peu le club de tous les Corses, mais il est surtout le club de tous les Bastiais. Alors que l'ACA n'est pas le club de tous les Ajacciens", insiste Jean-Paul Cappuri. Et pourtant, l'ACA arrive à exister, grâce notamment à quelques coups sur le marché des transferts (le Mexicain Guillermo Ochoa l'an passé, le Roumain Adrian Mutu cette année) mais aussi à de bons résultats sportifs. En août dernier, il a ainsi entamé sa sixième saison parmi l'élite en dix ans et continue de gagner en sympathie et en considération.

"Ce derby est un peu le match entre le club historique et le club qui monte, qui monte", considère même Frédéric Bertocchini. "Il y a aujourd'hui 5.000 abonnés à Ajaccio (contre 10.000 à Bastia), ce qui correspond au nombre d'abonnés qu'avait le SCB la saison dernière, en Ligue 2. Il y a quelques années, il n'y avait que 700 abonnés à Ajaccio. D'année en année, l'ACA gagne des supporters." Et des matches aussi.

Car la réalité du terrain est celle-ci : l'ACA est favori de ce derby. A un point de Bastia au classement (en tenant compte de la pénalité de deux unités infligée en début d'exercice), l'ACA brille à domicile, où il a même tenu le PSG en échec (0-0). Il est invaincu à René-Coty depuis 14 matches de championnat et n'y a même pas encaissé le moindre but cette saison. En face, Bastia se distingue surtout en attaque (6e de Ligue 1). Voilà qui promet un match animé, à la fois sur le terrain mais également dans les tribunes, même si l'assassinat mardi de Me Antoine Sollacaro, qui était l'avocat de l'ACA et de son président, Alain Orsoni, a jeté un voile noir sur ce qui devait être la grande fête du football corse. "Ça a fait baisser la tension entourant le match", reconnaît Jean-Paul Cappuri. "Ça va faire l'effet d'un électrochoc qui incitera les gens à beaucoup plus de dignité et de retenue." Les festivités entourant la rencontre ont été annulées et une minute de silence sera observée à la mémoire de l'avocat, enterré vendredi.