Foot : Johan Cruyff, la révolution permanente

  • A
  • A
Foot : Johan Cruyff, la révolution permanente
Joueur à l'Ajax Amsterdam et avec les Pays-Bas, puis entraîneur au FC Barcelone, Johan Cruyff a marqué son époque. @ Photos AFP
Partagez sur :

Le Néerlandais, décédé des suites d'un cancer, a laissé une empreinte indélébile sur le monde du ballon rond. 

Le football a perdu l'un de ses plus beaux apôtres. Johan Cruyff est mort jeudi à l'âge de 68 ans, des suites d'un cancer. Il restera, pour des générations d'amoureux du ballon rond, une immense icône et un précurseur. Joueur, le longiligne milieu offensif néerlandais, doté d'un talent et d'une classe folle, a incarné mieux que personne le "football total" de l'Ajax Amsterdam et des Pays-Bas. "C'était le meilleur joueur de tous les temps", a dit de lui Michel Platini, autre légende du jeu.

Puis, passé sur le banc de touche avec le même succès, Cruyff a transmis ses préceptes au FC Barcelone, théorisant le style "barcelonais". "Il a marqué son époque en tant qu'entraîneur, comme en tant que joueur. Il a eu deux carrières fabuleuses", a résumé Raymond Domenech, interrogé sur Europe 1. Portrait d'un révolutionnaire de son sport.

  • A l'Ajax : le chef d'orchestre d'une équipe mythique

Première étape de la "révolution" Cruyff : Amsterdam. Avec l'Ajax, club de sa ville natale, le fragile Johan (1, 80m pour 70 kg) se mue en terreur des terrains. Cruyff, milieu offensif, devient le chef d'orchestre d'une des plus belles équipes de l'histoire du foot. Avec les "Blanc et Rouge", il pratique le fameux "football total", principe de jeu ultra-offensif basé sur le mouvement et la polyvalence. Poussé par ce vent nouveau, l'Ajax balaye l'Europe du foot : le club néerlandais remporte la Coupe d'Europe des clubs champions trois fois de suite, en 1971, 72 et 73.

Au sein de cette armada néerlandaise, Cruyff est le rouage essentiel d'une génération dorée. Rapide, technique, buteur : avec le mythique numéro 14 dans le dos, il enchaîne les prestations de haut niveau. En 364 matches sous le maillot de son club formateur, l'ailier a inscrit 269 buts, dont certains extraordinaires. Le "Hollandais volant", au sommet de son art, est alors le meilleur joueur du monde. A tel point qu'il devient le premier à remporter à trois reprises le Ballon d'Or (1971, 73 et 74).

  • Avec les Pays-Bas : le plus illustre des "Oranje"

Leader de l'Ajax, Cruyff fut également le chef de file d'une autre équipe passée à la postérité : la sélection des Pays-Bas des années 1970. Avec ses compatriotes, il enchante les fans du monde entier lors du Mondial 1974, le seul auquel il participe. En Allemagne de l'Ouest, rien ne résiste aux "Oranje", mécanique parfaitement huilée…jusqu'en finale.

Opposés au pays hôte et ennemi intime, l'Allemagne de l'Ouest, les Néerlandais sont lancés sur la route d'un sacre annoncé. Cruyff, en capitaine exemplaire, obtient un penalty dès la première minute, transformé par son coéquipier, Johan Neeskens. Mais l'Allemagne de Beckenbauer se rebelle et renverse les Néerlandais : au final, la RFA s'impose 2 à 1. Cruyff est élu meilleur joueur du Mondial, mais son heure est passée. Malgré 33 buts en 48 sélections et des prestations légendaires, il ne remportera jamais le moindre titre avec les "Oranje".

  • Avec le FC Barcelone : le créateur et l'inspirateur

Retiré des terrains en 1984, après des expériences aux Etats-Unis puis une fin de carrière au Feyenoord Rotterdam, Johan Cruyff se prépare à bousculer une nouvelle fois les conventions de son sport. Cette fois-ci, il mène la révolution depuis le banc. Intransigeant et caractériel, le charismatique Néerlandais travaille ses gammes à l'Ajax d'Amsterdam, avant de signer sa grande œuvre. En 1988, Cruyff devient entraîneur de sa deuxième maison, le FC Barcelone, où il a évolué, déjà avec succès, en tant que joueur entre 1973 et 1978.

Sur le banc du club catalan, ce fumeur invétéré épris de liberté enchaîne les cigarettes et les victoires. Cruyff offre ainsi au Barça la première Coupe d'Europe des Clubs champions de son histoire, en 1992, avant de se retirer des bancs en 1996. Mais son héritage est immense : il transpose sa philosophie du football en Catalogne au point de créer et d'inspirer l'école "barcelonaise". Avec lui, le FC Barcelone devient le Barça, machine à bien jouer et à gagner. Ses fils spirituels, Pep Guardiola et Luis Enrique, vainqueurs avec brio de la Ligue des champions, peuvent en témoigner. Cruyff a disparu, mais son héritage, immense, lui survivra pour de longues années.