Des "Bronzés" aux "Experts", comment le handball français est devenu une machine à gagner

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Des "Bronzés" aux "Experts", comment le handball français est devenu une machine à gagner
Des "Bronzés" aux "Experts", en passant par les "Costauds", les handballeurs français ont construit leur succès titre après titre, génération après génération.@ AFP
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GÉNÉRATIONS DORÉES - En remportant un sixième sacre mondial, dimanche face à la Norvège (33-26), les handballeurs français ont forgé un peu plus la légende bâtie par leurs glorieux aînés. 

C’est l’histoire d’une équipe qui gagne. Des Jeux olympiques de Barcelone, en 1992, au Mondial 2017 en France, le handball français n’a cessé de s’affirmer, titre après titre, exploit après exploit, comme LA référence internationale. En décrochant une sixième étoile de champion du monde, dimanche face à la Norvège (33-26), les Bleus ont récolté les fruits d’un travail démarré il y a plus de trente ans.

Costantini, le chef de chantier. En 1985, l'équipe de France est loin d’être aussi compétitive qu’aujourd’hui. Les Bleus évoluent au troisième échelon de la hiérarchie planétaire, et disputent le Mondial C. Daniel Costantini, champion de France 1975 et 1984 avec le Stade Marseillais Université Club, reprend les rênes de la sélection et change radicalement de méthodes. La révolution est en marche : la France réintègre le groupe A mondial en 1990 et se qualifie cette même année pour le championnat du monde.

Les "Bronzés" tracent la voie. Mais c’est en 1992 que les Bleus font leur entrée dans la cour des grands. Et elle est fracassante. Aux JO de Barcelone, les "Bronzés" – en référence au film du même nom et aux teintures blondes des joueurs – décrochent la médaille de bronze, et les mâchoires de beaucoup d’observateurs. Le premier podium international de l’équipe de France en appellera bien d’autres.

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À la surprise générale, les "Bronzés" décrochent la médaille d'argent aux Jeux de Barcelone, en 1992. © CHRISTOPHE SALMON / AFP


Sept mois plus tard, les Bleus, emmenés notamment par Frédéric Volle, Philippe Gardent ou encore Philippe Médard, confirment en effet leur (nouveau) statut en Suède. Sèchement battus par la Russie en finale du Mondial, l’équipe doit se contenter d’une médaille d’argent. On ne les y reprendra plus.

Les "Barjots" montrent l’exemple. Car deux ans plus tard, les Français se donnent un nouveau surnom : les "Barjots". Un peu fous, Stéphane Stoecklin, Jackson Richardson, Pascal Mahé (le père de Kentin, actuel joueur de l’équipe de France) et les autres ne rigolent pourtant pas sur le terrain. Toujours sous la houlette de Costantini, ils décrochent en Islande le tout premier titre mondial du sport collectif français, bien avant leurs homologues footballeurs en 1998.

2001-2017 : la boucle est bouclée. Il faut pourtant attendre six ans pour que le handball français les sommets. Daniel Costantini entraîne une dernière fois les Bleus au Mondial 2001, disputé à domicile. Ses joueurs renversent la Suède au terme d’une finale légendaire (28-25 après prolongation). À l’issue de la rencontre, le sélectionneur dira de ses joueurs qu’ils ont été "costauds" : un nouveau surnom est né. Sur le parquet du vieux Palais Omnisports de Paris-Bercy, Didier Dinart et Guillaume Gille, actuels sélectionneurs des Bleus, font la fête. À leurs côtés, deux "jeunots" sont également présents : Thierry Omeyer et Daniel Narcisse, 24 et 21 ans (40 et 37 aujourd’hui). Luc Abalo, alors âgé de 16 ans, regarde le spectacle depuis les tribunes, tout comme Michaël Guigou, 19 ans à l’époque. Nikola Karabatic, 16 ans lui aussi, est devant sa télé.

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Dans leur jardin de Paris-Bercy, les "Costauds" sont sacrés champions du monde en 2001. Parmi eux, Thierry Omeyer (en 3e position) et Daniel Narcisse (8e), ainsi que l'actuel sélectionneur des Bleus Didier Dinart (5e). © FRANCOIS XAVIER MARIT / AFP



"Tout est né grâce à eux". "C'est grâce à la génération de 2001 qu'on peut faire ça aujourd'hui, ils nous ont fait rêver", a souligné l'aîné des frères Karabatic, sacré meilleur joueur du Mondial 2017 après la victoire finale, dimanche. Il n'est d'ailleurs pas le seul à évoqué cette continuité à travers les époques. "Les anciens nous ont montré la voie, ils ont montré que le handball français était capable de gagner. Tout est né grâce à eux", a également glissé Michaël Guigou. "C’est la victoire de tout le monde".

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Daniel Narcisse et Didier Dinart, anciens coéquipiers et désormais joueur et coach de l'équipe de France. © GERARD MALIE / AFP


Les "Experts" cueillent les fruits. Oui, cette victoire est aussi celle de Daniel Costantini, donc. Elle est aussi celle de Claude Onesta, qui prend la relève en 2001 à la tête de la sélection. C’est avec lui que, cinq ans plus tard, les Bleus deviennent une véritable machine à gagner. Champions olympiques pour la première fois à Pékin, les "Experts" écrasent tout sur leur passage. Entre 2008 et 2017, ils glanent huit trophées sur les douze possibles, faisant de la France la nation la plus titrée du hand masculin mondial, avec onze titres internationaux.

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Le sacre olympique à Pékin, en 2008, marque le début d'une ère d'hégémonie sans partage ou presque pour le handball français. © PHILIPPE HUGUEN / AFP


La continuité, clé de la réussite tricolore. Cette dernière victoire face à la Norvège dimanche est cette fois à mettre au crédit de Didier Dinart. La transmission s’est faite à merveille entre l’ancien et le nouveau coach des Bleus (le troisième seulement depuis 1985, donc). Cela faisait bientôt quatre ans que le Guadeloupéen, 40 ans et 379 sélections, œuvrait dans l'encadrement de l'équipe de France. Claude Onesta lui a laissé les clefs du camion, fin septembre, pour devenir manager général. "On était dans la continuité d'un processus engagé par Claude Onesta. Je me suis rajouté à quelque chose qui fonctionnait déjà très bien », a d’ailleurs noté le co-sélectionneur Guillaume Gille, l’euphorie du sacre passée.

Des sélectionneurs aux joueurs. Un passage de relais parfaitement réussi, à l’image de l’effectif, où tauliers et jeunes pépites cohabitent à merveille. Grâce à la qualité de la formation française, la relève semble assurée. En témoigne la réussite de Nedim Remili, Ludovic Fabregas ou encore Dika Mem. Un jour viendra où ces petits nouveaux devront à leur tour passer le relais.