Lièvremont, un goût d’inachevé

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Lièvremont, un goût d’inachevé
@ REUTERS
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COUPE DU MONDE - Le sélectionneur des Bleus a donné sa dernière conférence de presse, lundi.

Il est 14 heures lundi à Auckland, Marc Lièvremont se présente à la presse pour la dernière fois. Après la finale perdue d’un tout petit point (8-7) dimanche contre les Blacks, le sélectionneur des Bleus est revenu sur ses quatre ans à la tête de l’équipe de France. Entre sincérité et amertume, avec quelques dernières petites piques pour ses détracteurs et non sans une pointe d’humour, Marc Lièvremont a fait du Marc Lièvremont. Pour la dernière fois. 

Beaucoup d’émotion

Arrivé avec un polo noir très sobre et une moustache qu’il a promis de bientôt raser, le désormais ex-coach des Bleus a commencé sa "der" par une plaisanterie. "Je n'étais pas obligé (de vous parler). Mon contrat a pris fin dimanche. Mais, j'avais peur que vous me manquiez…" Et de poursuivre : "quoi qu'il arrive, je peux vous assurer que vous n'allez pas beaucoup me voir et m'entendre dans les semaines à venir". Dans les semaines à venir, il souhaite prendre du repos et se retrouver en famille. 

Mais Marc Lièvremont ne voulait pas non plus bâcler sa copie. Pour son dernier face-à-face avec les journalistes, il s’est appliqué. Un gros sanglot dans la voix, il a d’abord tenu à remercier son staff. "A l'image de ces quatre mois ensemble et à l'image de cette promenade, dimanche, sur le Mont Eden, de cette Marseillaise chantée à tue-tête, si près du paradis, je voudrais les remercier". Assis au fond de la salle, Didier Retière, l’entraîneur des avants, n’a pu retenir ses larmes.

Lièvremont-2

Seul contre tous

L’ancien troisième ligne du XV de France est revenu sur l’ensemble de la Coupe du monde. Visiblement affecté par les critiques, il a réglé ses comptes. Railler une dernière fois ceux qui l’ont blessé : "je vais vous laisser et laisser les nombreux consultants qui ont tant argumenté en permanence pour dire à quel point cette équipe de France était minable, et expliquer comment elle a réussi en étant si minable à faire trembler les All Blacks sur leur terre pendant 80 minutes". 

Toujours très spontané, Marc Lièvremont ne s’est pas caché derrière des mauvaises explications. Il est notamment revenu sur la relation compliquée qui s’est instaurée ces derniers jours avec ses joueurs. "Ils se sont responsabilisés. Je crois même qu'ils m'ont fait la gueule toute la semaine dernière suite à ma dernière sortie". Sur le fameux épisode des "sales gosses", il a également apporté quelques précisions : "les sales gosses, c’est comme ça que j’appelle mes enfants, enfin les miens, les vrais. Il y avait une part d’affection mais le timing n’était pas forcément très bon. Et je pense que les joueurs m’en ont voulu à juste titre. Ils étaient suffisamment assaillis, seuls contre tous pour que j'en rajoute une couche. Mais bon tout ça, c’est anecdotique".

Après la finale, tous les joueurs n’ont pas embrassé leur entraîneur. Visiblement blessé par cette désaffection, Marc Lièvremont leur a adressé un dernier message : "j'ai toujours eu du respect et de l'affection pour mes joueurs. J'espère que les jours ou les semaines passant, la totalité du groupe gardera un minimum d'estime pour moi". 

Un bilan contrasté

Il y a quatre ans, lorsqu’il a repris les rênes de l’équipe de France, il rêvait d’un rugby idéal. Mais très vite, il s’est heurté aux réalités du monde professionnel. Il a beaucoup essayé, utilisé 82 joueurs, changé très souvent sa charnière. Avec 27 victoires et 18 défaites en quatre ans, Marc Lièvremont n’a pas un très bon bilan (seul Jacques Fouroux avait fait moins bien dans les années 1980, ndlr). Mais il reste le plus beau. Le grand Chelem en 2010 et surtout cette finale. Même si la défaite (8-7) sera dure à digérer, il a gagné le respect du monde du rugby.  

Pour sa "der", pas question donc de se montrer autrement. Pas question non plus d’oublier ses idéaux : "je crois être un petit peu idéaliste et j’espère le meilleur pour le rugby français. J'ose espérer que les dirigeants sauront enfin s'entendre pour un rugby français plus fort". Après avoir tenté de décrypter la langue Lièvremont, après avoir décortiqué ses moindres faits et gestes, le personnage est peut-être un peu moins compliqué qu’il n’y paraît. Marc Lièvremont est tout simplement entier. Et même s’il n’a pas toujours su maîtriser sa communication, il a eu au moins le mérite de montrer une belle image du rugby français.